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	<title><![CDATA[Magnetic Storm]]></title>
	<description><![CDATA[Flux RSS des articles]]></description>
	<pubDate>Fri, 18 May 2012 11:52:04 +0200</pubDate>
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		<title><![CDATA[8]]></title>
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		<description><![CDATA[[Drizzt] C'est comme si quelqu'un avait coup&eacute; net le fabuleux &eacute;lan qui avait impuls&eacute; la N&eacute;buleuse jusqu'&agrave; pr&eacute;sent. Yavait de la vivacit&eacute;, de l'ambition et de la jovialit&eacute;. Yen avait m&ecirc;me plein les cales, &ccedil;a d&eacute;bordait de tous les c&ocirc;t&eacute;s. Le vaisseau pullulait de vie et la vomissait par...]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong><br/></strong></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong><br/></strong></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Drizzt] </strong><span style="font-weight: normal;">C'est comme si quelqu'un avait coup&eacute; net le fabuleux &eacute;lan qui avait impuls&eacute; la N&eacute;buleuse jusqu'&agrave; pr&eacute;sent. Yavait de la vivacit&eacute;, de l'ambition et de la jovialit&eacute;. Yen avait m&ecirc;me plein les cales, &ccedil;a d&eacute;bordait de tous les c&ocirc;t&eacute;s. Le vaisseau pullulait de vie et la vomissait par tous ses orifices. Et tout d'un coup, plus rien. Ils sont tous l&agrave; &agrave; maugr&eacute;er leurs humeurs, &agrave; penser trop fort et &agrave; parler trop bas. Ils ruminent leurs inqui&eacute;tudes. Jilal en rigolerait s&ucirc;rement s'il pouvait sortir de sa torpeur v&eacute;n&eacute;neuse ne serait-ce que quelques minutes. Il a &eacute;t&eacute; con de faire &ccedil;a. Il a &eacute;t&eacute; con, parce que &ccedil;a a eu un impact consid&eacute;rable sur tous les autres. Tout le monde ici a envie de croire qu'on pourra &ecirc;tre un noyau de vie, un n&oelig;ud de courage. Des Corsaires, bordel, des sillonneurs du Dehors dignes de ce nom. Et voil&agrave; que tout est remis en question&nbsp;! Et voil&agrave; que l'&eacute;quipage est boiteux. Il faut qu'ils d&eacute;passent &ccedil;a. Parce que sinon, c'est toute la structure qui s'englue. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Mais &ccedil;a, c'est pas mon probl&egrave;me. Moi, je dois soigner le gaillard. Et il est mal en point. Il a un poison sacr&eacute;ment coriace qui lui court dans les veines et qui s'applique &agrave; ronger impun&eacute;ment chaque particule de sa chair. Le venin, c'est la pire des saloperies. Une fois qu'il est venu t'infester de sa petite rengaine pernicieuse, impossible de l'emp&ecirc;cher de faire sa sale besogne et d'aller courir dans tout le reste de ton corps pour le tuer doucement. D'ailleurs &ccedil;a m'&eacute;tonne que Jilal soit toujours en vie. Il est plong&eacute; dans un de ces comas sournois et ind&eacute;cis. Entre la vie et la mort. Impossible de savoir quand il pourra se r&eacute;veiller. C'est sans doute mieux comme &ccedil;a. Je sais pas si j'aurais su lui faire comprendre qu'il avait sans doute plus que quelques heures devant lui. Je sais pas comment il aurait r&eacute;agi. S'il doit mourir, mieux vaut qu'il se d&eacute;merde pour le faire tout seul sans les conseils de personne.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je ne sais pas ce qu'il va advenir de lui. Pour le moment son corps est inerte. Comme une grosse bestiole gisant l&agrave;, dans la salle de soins. Mais je ferai tout ce que je peux. Pas par empathie, mais par d&eacute;votion. Parce que j'ai foi en notre &eacute;quipage, et que je crois au langage de survie du corps. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">M&ecirc;me &agrave; un cr&eacute;tin qui tenterait de planter son couteau dans le c&oelig;ur de son voisin et qui, dans le feu de l'action, entaillerait son propre doigt, m&ecirc;me &agrave; celui-l&agrave;, je lui mettrais un pansement. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Jinko] </strong><span style="font-weight: normal;">La vie &agrave; bord suivait son cours. Mais plus de la m&ecirc;me fa&ccedil;on. Un genre de malaise avait pris l'&eacute;quipage, une naus&eacute;e collective qui nous avait tous atteint, et la cause de tout cela &eacute;tait limpide&nbsp;: </span><em><span style="font-weight: normal;">aucun d'entre nous n'appr&eacute;ciait Jilal</span></em><span style="font-weight: normal;">. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Si la gouaille avait piqu&eacute; Elke, qui avait su gagner la sympathie de tous, sans doute tout le vaisseau se serait-il d&eacute;men&eacute;, encourag&eacute; et serr&eacute; les coudes pour surmonter cette rude &eacute;preuve. Si &ccedil;'avait &eacute;t&eacute; Elke, alors tous seraient all&eacute;s la voir, tous les jours, tous se seraient enqu&eacute;ris de son &eacute;tat de sant&eacute; aupr&egrave;s de Drizzt, et cela aurait g&eacute;n&eacute;r&eacute; des discussions passionn&eacute;es et pleines d'espoir &agrave; table. Si &ccedil;'avait &eacute;t&eacute; Elke, l'accident nous aurait ressoud&eacute;s et nous aurait unis plus que jamais. Mais il n'en avait pas &eacute;t&eacute; ainsi. L'accident avait frapp&eacute; l&agrave; o&ugrave; nous &eacute;tions vuln&eacute;rables et avait mis en &eacute;vidence ce probl&egrave;me&nbsp;: nous n'&eacute;tions pas un groupe uni, et n'avions rien de la grande famille que le Minist&egrave;re se plaisait tant &agrave; nous d&eacute;peindre avant le d&eacute;part. Depuis que Jilal avait perdu connaissance et gisait dans la salle de soins, un &eacute;trange malaise avait gagn&eacute; l'&eacute;quipage. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il &eacute;tait impossible d'&eacute;viter le sujet, mais difficile de l'aborder sans retomber syst&eacute;matiquement sur les m&ecirc;mes r&eacute;flexions, et la situation &eacute;tait pr&eacute;occupante. Au repas de midi de ce jour-l&agrave;, lendemain de l'accident, Neith arriva &agrave; table avec des nouvelles. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- On vient d'avoir un entretien avec le Minist&egrave;re, le capitaine, Drizzt et moi, annon&ccedil;a-t-il. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-weight: normal;">C'&eacute;tait presque devenu une habitude. Neith, de par son statut d'&eacute;metteur, &eacute;tait le colporteur d'informations &agrave; bord. Toutes les t&ecirc;tes se tourn&egrave;rent vers lui. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- On a &eacute;voqu&eacute; la possibilit&eacute; de revenir &agrave; Arrakas pour qu'il puisse b&eacute;n&eacute;ficier des soins n&eacute;cessaires le plus rapidement possible, annon&ccedil;a-t-il &agrave; l'assembl&eacute;e qui buvait ses paroles comme s'il s'agissait de la plus savoureuse des liqueurs. Apr&egrave;s tout, on n'en est qu'&agrave; une dizaine de jours, alors que trois semaines nous s&eacute;parent encore d'Amskin. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Et&nbsp;? Qu'est-ce qu'ils ont r&eacute;pondu&nbsp;? s'enquit Beo. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le visage de Neith se tordit dans un rictus amer. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Que l'on ne pouvait pas se le permettre. Et que, par ailleurs, ils &eacute;taient persuad&eacute;s que Jilal allait tenir jusqu'&agrave; Amskin. Ils ont dit qu'une fois l&agrave;-bas on pourrait le soigner et qu'il pourrait repartir sans aucun souci. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Bordel, c'est pas croyable&nbsp;! explosa Hakks. On a un membre de l'&eacute;quipage suspendu entre la vie et la mort et ils veulent qu'on continue &agrave; faire notre petit commerce comme si de rien n'&eacute;tait&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Des grognements de protestation commen&ccedil;aient &agrave; se faire entendre &agrave; table. Tous &eacute;taient indign&eacute;s par cette mesure du Minist&egrave;re. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Allons, calmez-vous&nbsp;! intervint Nabion. Je vous rappelle que le Minist&egrave;re suit les &eacute;quipages de Corsaires depuis de nombreuses ann&eacute;es, ils sait tr&egrave;s bien ce qu'il convient de faire ou non. Par ailleurs, Neith a oubli&eacute; de mentionner un &eacute;l&eacute;ment de notre conversation (tout en disant cela, Nabion fusilla l'&eacute;metteur du regard, qui reporta aussit&ocirc;t l'attention sur son assiette). Apparemment, un cas semblable a eu lieu il y a quelques ann&eacute;es et le Minist&egrave;re insiste sur le point que Jilal ne court pas de r&eacute;el danger. Il est peu probable qu'il sorte de son coma avant notre arriv&eacute;e &agrave; Amskin, cependant rien n'indique qu'il puisse y perdre la vie et... </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais on s'en fout&nbsp;! reprit Hakks, n'h&eacute;sitant pas &agrave; couper la parole au capitaine. Ils sont pas m&eacute;decins, qu'est-ce qu'ils en savent&nbsp;? Ils sont bien mignons, les gars du Minist&egrave;re, mais ce ne sont que des putains de traceurs qui nous suivent sans avoir la moindre id&eacute;e de ce qu'on vit&nbsp;! C'est pas avec une conf&eacute;rence radio par jour qu'ils vont pouvoir se rendre compte de ce qui se passe r&eacute;ellement &agrave; bord&nbsp;! On est dans une situation critique qui m&eacute;riterait qu'on suspende imm&eacute;diatement toutes nos activit&eacute;s. Il s'agit pas de profit, l&agrave;, merde, il s'agit d'une vie humaine&nbsp;! </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Pauvre Jilal... ajouta Beo, approuv&eacute; par les autres.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Certes... mais... euh... personne ici n'a rien &agrave; redire aux ordres du Minist&egrave;re, pas m&ecirc;me moi... alors...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">La phrase de Nabion se perdit dans le tumulte qui avait &eacute;clat&eacute; dans le r&eacute;fectoire. J'observai le capitaine se mordre la l&egrave;vre inf&eacute;rieure tandis que des d&eacute;bats &eacute;taient lanc&eacute;s un peu partout autour de la table. Un semblant de calme revint lorsque T&auml;her se leva avec vacarme. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais arr&ecirc;tez de vous prendre pour des justiciers, tous, merde&nbsp;! </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Tout le monde se tut et T&auml;her poursuivit, le regard enflamm&eacute; par une &eacute;toile de col&egrave;re. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Bien s&ucirc;r, c'est facile de se d&eacute;couvrir un grand c&oelig;ur pacifiste et engag&eacute; dans un moment pareil&nbsp;! Mais putain, tout le monde ici sait pertinemment que Jilal nous ex&egrave;cre tous&nbsp;! &Ccedil;a ne sert &agrave; rien de jouer les &eacute;quipages unis et solidaires et de faire comme si on s'aimait &eacute;perdument les uns les autres, on sait tr&egrave;s bien que c'est faux&nbsp;! Qui avait t&eacute;moign&eacute; ne serait-ce que d'une once de sympathie envers Jilal avant son accident, hein&nbsp;? Personne&nbsp;! </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">S'ensuivirent quelques secondes de silence, durant lesquelles aucun n'osa prendre la parole. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais T&auml;her... finit par d&eacute;clarer Lao. Ce n'est pas vraiment de &ccedil;a qu'il est question.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-weight: normal;">- Bien s&ucirc;r que si&nbsp;! protesta la pilote, qui, maintenant plus que jamais, semblait &ecirc;tre un fauve, sauvage et indocile. C'est m&ecirc;me exactement de &ccedil;a qu'il est question&nbsp;! A quoi &ccedil;a sert de jouer la com&eacute;die plus longtemps&nbsp;? J'en ai marre d'entendre parler de cette affaire. Toujours les m&ecirc;mes remarques, toujours les m&ecirc;mes opinions, sans jamais trop se positionner, sans jamais trop en dire. Ceux qui plaignent Jilal et se lamentent sur son sort ferment leur gueule parce qu'ils savent qu'il a fait exactement ce qu'il ne fallait pas faire et qu'il a m&eacute;rit&eacute; ce qui lui arrive, et ceux qui ont envie de crier au monde entier que de toute fa&ccedil;on, ce type n'est qu'un connard, ferment leur gueule aussi parce qu'ils savent que ce serait mal vu de l'incendier &eacute;tant donn&eacute; l'&eacute;tat critique dans lequel il se trouve&nbsp;! R&eacute;sultat&nbsp;: tout le monde en parle &agrave; voix basse, mais personne ne dit rien&nbsp;! Et tout le monde essaie de faire croire qu'on est un groupe solide, aimant et uni, et qu'on va affronter &ccedil;a tous ensemble. Mais c'est pas &ccedil;a la v&eacute;rit&eacute;, bordel. La v&eacute;rit&eacute; c'est qu'il nous sort par les trous de nez &agrave; tous, inutile de se voiler la face. &Ccedil;a me d&eacute;go&ucirc;te, cette fausse compassion dont on fait preuve. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais &ccedil;a ne change rien &agrave; ce qui est en jeu, &ccedil;a, T&auml;her, fit remarquer Elke. Ce qui compte c'est... </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-weight: normal;">- Mais bien s&ucirc;r que si&nbsp;! reprit T&auml;her sans laisser &agrave; Elke le temps de finir sa phrase. &Ccedil;a change tout, au contraire&nbsp;! &Ccedil;a change qu'on sait au nom de quoi on proteste, &ccedil;a change qu'on devient coh&eacute;rents dans nos esprits et dans nos actes, et qu'on va de l'avant en arr&ecirc;tant de se voiler la face&nbsp;! Alors on va affronter l'accident de Jilal, on va affronter ces enfoir&eacute;s du Minist&egrave;re, et pas parce que &laquo;&nbsp;oh mince, c'est quand m&ecirc;me triste ce qui nous arrive&nbsp;&raquo;, mais parce qu'on est un </span><em><span style="font-weight: normal;">groupe</span></em><span style="font-weight: normal;">, putain, et qu'on doit &ecirc;tre capable d'analyser les choses collectivement, et pas se faire sa petite opinion chacun dans son coin. J'ai aucune confiance envers le Minist&egrave;re, mais je suis s&ucirc;re qu'ils sont capables de tout faire foirer si on d&eacute;cide de leur d&eacute;sob&eacute;ir et de revenir &agrave; Arrakas. Alors on va faire ce qu'ils nous disent. On va aller &agrave; Amskin, on va faire attention &agrave; ce que Jilal y arrive en vie, et on va faire le point sur tout &ccedil;a. Mais &ccedil;a suffit, assez de fausses intentions et de discours mielleux. Si on veut &ecirc;tre un v&eacute;ritable &eacute;quipage, il va falloir commencer &agrave; &ecirc;tre sinc&egrave;res les uns envers les autres, et avec nous-m&ecirc;mes. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le visage de T&auml;her avait pris une teinte cramoisie, et elle avait r&eacute;cit&eacute; sa tirade d'une traite, comme si ses mots mena&ccedil;aient d'exploser et qu'elle devait s'en d&eacute;lester au plus vite. Elle semblait sur le point d'ajouter autre chose, mais finit par refermer sa bouche qu'elle avait gard&eacute;e grande ouverte, baisser les yeux, et se rasseoir. Personne ne fit aucun commentaire, et un lourd silence s'installa autour de la table. L'air de rien, les mots de T&auml;her avaient fait mouche, et lorsque nous quitt&acirc;mes le r&eacute;fectoire ce jour-l&agrave;, nous n'&eacute;tions plus tout &agrave; fait les m&ecirc;mes. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[T&auml;her] </strong><span style="font-weight: normal;">Personne n'avait protest&eacute; lorsque j'avais laiss&eacute; &eacute;clater mon indignation &agrave; table. Personne ne m'en avait reparl&eacute; non plus (ou personne n'avait os&eacute;?). A peine sortie du repas, je m'&eacute;tais h&acirc;t&eacute;e de regagner la cabine de pilotage afin de canaliser toute la pression que je sentais peser sur mes &eacute;paules sur mon gouvernail, lequel semblait prendre un malin plaisir &agrave; grincer &agrave; tout va, en &eacute;cho &agrave; mon esprit tourment&eacute;. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">La v&eacute;rit&eacute;, c'&eacute;tait que cette affaire m'oppressait terriblement. Je pensais chacun des mots que j'avais prononc&eacute;s tout &agrave; l'heure, mais j'avais regrett&eacute; ma prise de parole d&egrave;s l'instant suivant. J'&eacute;tais en pleine r&eacute;volution int&eacute;rieure, chamboul&eacute;e par l'accident, et tout ce que j'avais trouv&eacute; de mieux &agrave; faire, c'&eacute;tait de balancer tout &ccedil;a &agrave; la tronche des autres membres de l'&eacute;quipage. Non, d&eacute;cid&eacute;ment, ce n'&eacute;tait pas comme &ccedil;a que j'imaginais les choses. La pression que je ressentais s'&eacute;tait accumul&eacute;e, encore, encore et encore. Et j'avais tout laiss&eacute; &eacute;clater, l&agrave;, comme &ccedil;a, devant mes camarades, sans pouvoir retenir mes mots, sans m&ecirc;me en avoir l'envie. Encore une fois, j'avais c&eacute;d&eacute; &agrave; mes impulsions. A croire que c'&eacute;tait quelque chose de r&eacute;current, chez moi. Fallait bien le reconna&icirc;tre, j'&eacute;tais incapable de fermer ma gueule. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-weight: normal;">Je poussai un soupir et pris ma t&ecirc;te entre mes mains. J'avais du mal &agrave; comprendre pourquoi toute cette histoire m'affectait &agrave; ce point, moi qui habituellement savais faire preuve de sang-froid. Mais l'image de la veille ne semblait pas vouloir se d&eacute;loger de mon cr&acirc;ne. Je revivais constamment la sc&egrave;ne. Moi, joyeuse, souriant comme une gamine &agrave; laquelle on aurait offert un beau jouet, m&rsquo;entrela&ccedil;ant avec la gouaille. Le visage crisp&eacute; de Jilal. La d&eacute;tonation. Son corps tressautant, les spasmes qui parcouraient son corps avec une violence inou&iuml;e. L'&eacute;cume blanche qui lui &eacute;tait venue aux l&egrave;vres. J'avais beau faire mon possible pour regarder tout &ccedil;a d'un point de vue objectif - pourquoi est-ce qu'il avait fait &ccedil;a, bordel&nbsp;? C'&eacute;tait d'une stupidit&eacute; affligeante -, Jilal avait tout de m&ecirc;me agi ainsi en esp&eacute;rant </span><em><span style="font-weight: normal;">me prot&eacute;ger</span></em><span style="font-weight: normal;">. Et &ccedil;a, je n'arrivais tout simplement pas &agrave; l'encaisser. L'id&eacute;e effroyable qu'il puisse y rester ne me l&acirc;chait pas. Le pire dans tout &ccedil;a, c'&eacute;tait qu'&agrave; moi non plus, Jilal ne m'inspirait aucune sympathie. La rage qu'il semblait porter en lui m'avait toujours laiss&eacute;e dubitative et perplexe, mais jamais je n'avais cherch&eacute; en savoir plus &agrave; son sujet. C'&eacute;tait quelqu'un qui ne donnait pas envie d'aller vers lui, point final. Et l&agrave;, il allait mourir. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">A force de tourner en rond en ressassant ces lugubres pens&eacute;es, je finis par sentir une imp&eacute;rieuse n&eacute;cessit&eacute; de sortir de cette cabine et de marcher un peu. Comme je ne tenais pas non plus &agrave; tomber sur l'un de mes &eacute;quipiers et &agrave; affronter les regards des autres, j'&eacute;vitai soigneusement de me rendre sur le pont et d&eacute;cidai d'aller en salle de soins, o&ugrave; se trouvait Drizzt, sans doute en train d'examiner Jilal et de faire son possible pour le sortir de ce mauvais pas. Drizzt. Notre second &eacute;tait d'une neutralit&eacute; d&eacute;concertante &agrave; tout point de vue, mais on pourrait en dire ce qu'on en voudrait, il &eacute;tait certainement le seul &agrave; bord &agrave; ne jamais porter de jugement sur quoi que ce soit et &agrave; ne jamais s'impliquer, que ce f&ucirc;t dans une querelle ou dans un d&eacute;bat passionn&eacute;. Il &eacute;tait plus objectif et plus rationnel que quiconque, et c'&eacute;tait en cet instant ce dont j'avais le plus grand besoin. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Lorsque j'entrai dans la salle, il me salua d'un bref hochement de t&ecirc;te. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Jilal &eacute;tait l&agrave;, perdu au milieu de ses draps. Les yeux clos, sa respiration &eacute;tait si faible qu'elle en &eacute;tait presque imperceptible. Je m'avan&ccedil;ai doucement. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Comment va-t-il&nbsp;? m'enquis-je. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Drizzt marqua quelques instants de silence avant de me r&eacute;pondre. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Il est faible. Le poison paralyse son corps, on pourrait lui trancher un bras qu'il ne r&eacute;agirait m&ecirc;me pas. Il doit &ecirc;tre en train de faire des r&ecirc;ves d&eacute;lirants, comme les fi&eacute;vreux. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je me mordis la l&egrave;vre inf&eacute;rieure. Jamais Jilal n'avait sembl&eacute; plus vuln&eacute;rable qu'&agrave; pr&eacute;sent.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est pas &eacute;vident pour le nourrir, reprit Drizzt. Beo me donne chaque jour plusieurs sachets d'aliments r&eacute;duits en poudre, que je dois ensuite diluer dans de l'eau et lui faire avaler doucement pour qu'il ne s'&eacute;touffe pas. Un vrai ch&eacute;rubin. Inutile que je te donne les d&eacute;tails quant &agrave; l'&eacute;vacuation de ce qu'il ing&egrave;re. Il est tr&egrave;s mal en point, mais pour l'instant, il tient le coup, on dirait. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il &eacute;tait difficile de croire Drizzt sur parole. Jilal avait rev&ecirc;tu une p&acirc;leur effrayante et rien ne semblait attester que la vie habitait encore ce corps. On aurait dit un mort. Un putain de macchab&eacute;e qui faisait mine de respirer. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je tentai de ma&icirc;triser les &eacute;motions contradictoires qui m'envahissaient &agrave; la vue du corps du mousse. C'&eacute;tait si d&eacute;stabilisant de le voir l&agrave;, comme &ccedil;a, lui qui avait toujours cri&eacute; haut et fort que m&ecirc;me la pire des temp&ecirc;tes ne le ferait pas flancher. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- H&eacute;, t'inqui&egrave;tes pas, petite. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Drizzt me regardait maintenant, inexpressif, comme toujours. Quelqu'un d'autre aurait sans doute pos&eacute; sa main sur mon &eacute;paule en signe de soutien, lui se contentait d'&ecirc;tre l&agrave;, de me regarder et de me parler. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- T'as pas grand chose &agrave; voir dans tout &ccedil;a, en fin de compte. &Ccedil;a ne sert plus &agrave; rien de se morfondre maintenant. On en est l&agrave;, on va faire ce qu'on peut pour arranger les choses. Et au passage, peut-&ecirc;tre que quand il se r&eacute;veillerai il r&eacute;alisera sa connerie et que &ccedil;a le fera r&eacute;fl&eacute;chir un peu.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je tiquai &agrave; ces mots. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Tu penses qu'il va se r&eacute;veiller&nbsp;? marmonnai-je, peinant &agrave; masquer les tremblements de ma voix. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Drizzt haussa les &eacute;paules. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est encore trop t&ocirc;t pour le dire. Seul le temps nous l'apprendra. Mais pour le moment, il s'accroche, c'est ce qui compte. Il est coriace, le gaillard. N'importe qui aurait d&eacute;j&agrave; succomb&eacute;, mais lui il est toujours l&agrave;. Il a ses chances. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">J'acquies&ccedil;ai et laissai mon regard se perdre dans le vague. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Merci, murmurai-je. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Pourvu que tout se passe bien. Pourvu que tout se passe bien. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Beo] </strong><span style="font-weight: normal;">Heureusement qu'y avait la bouffe pour se changer les id&eacute;es, quand m&ecirc;me. Tchac, tchac. Deux coups de couteau. Un cuisseau de boltugue. Tchac, tchac. Une salade de lurrh&eacute;s. Une petite sauce de mon cru. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Et puis mon petit hublot, aussi, celui qu'&eacute;tait juste en face du four et qui me permettait de regarder l&agrave;-bas, Dehors, o&ugrave; des paysages de plus en plus bizarro&iuml;des se d&eacute;roulaient sous mes yeux. Ils rythmaient mes journ&eacute;es, ces paysages, avec leurs reliefs biscornus, leurs arbres tordus, leurs cr&eacute;atures &eacute;tranges. J'aimais bien &ccedil;a, moi. Je m'offrais des petites balades visuelles, comme &ccedil;a, et j'avais m&ecirc;me pas le temps de me rendre compte des heures qui s'&eacute;coulaient que la viande &eacute;tait d&eacute;j&agrave; enfourn&eacute;e. Sacr&eacute; p'tit monde, farouche et sauvageon. &Ccedil;a fleurait bon l'aventure, malgr&eacute; tout. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je fus tir&eacute; de mes pens&eacute;es par le grincement caract&eacute;ristique de la porte (faudrait que je pense &agrave; arranger &ccedil;a un de ces jours). Je me retournai. Tokus&nbsp;! Bah dis donc, plus le temps passait plus j'avais de visites improbables dans les cuisines. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Salut mon gars, le saluai-je en souriant. J'peux faire quelque chose pour toi&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Oh, je... non non, en fait je suis venu voir si je pouvais te filer un coup de main. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Interloqu&eacute;, je laissai quelques secondes cr&eacute;piter ma po&ecirc;l&eacute;e d'herbes aromatiques et de champignons d&eacute;j&agrave; bien trop rissol&eacute;s. Il avait pas l'air dans son assiette, le chasseur. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Bah, si tu veux tu peux ranger un peu tout le bordel que j'ai foutu, enfin ne t'emb&ecirc;te pas hein, je peux le faire. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Comme s'il tenait obstin&eacute;ment &agrave; m'aider, Tokus ne prit pas ma remarque en compte et se mit &agrave; manipuler mes ustensiles, &agrave; les soulever, les soupeser, les ranger un peu n'importe o&ugrave;, les rincer, les faire s'entrechoquer... Y avait quelque chose qui ne tournait pas rond chez lui, d&eacute;cid&eacute;ment&nbsp;! Lorsqu'il e&ucirc;t fait tomber pour la troisi&egrave;me fois la m&ecirc;me casserole, apr&egrave;s s'&ecirc;tre l&eacute;g&egrave;rement br&ucirc;l&eacute; en s'approchant trop pr&egrave;s du four, je me d&eacute;cidai &agrave; intervenir. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- H&eacute;, du calme, du calme... susurrai-je. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Tokus ne semblait pas dans son &eacute;tat normal. Lui qui &eacute;tait d'ordinaire si jovial et dynamique, il semblait en proie &agrave; une grande confusion et il lui &eacute;tait presque impossible d'aligner trois mouvements coh&eacute;rents. Il semblait tout vouloir faire trop vite, sa d&eacute;marche &eacute;tait pr&eacute;cipit&eacute;e, d&eacute;sarticul&eacute;e. Mais qu'est-ce qui lui arrivait donc&nbsp;?</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- A ce rythme l&agrave;, tu vas me casser toute ma vaisselle, fis-je en riant. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Tokus fit une tentative de sourire, qui &eacute;choua lamentablement. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Allez, dis-moi, qu'est-ce qui te tracasse&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Rien, je... bredouilla-t-il. Je voudrais juste pouvoir faire quelque chose &agrave; bord de ce maudit vaisseau, bordel&nbsp;! Faire mon boulot, c'est tout. C'est tout. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je levai un sourcil. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Justement, &ccedil;a c'est pas ton travail, c'est le mien, remarquai-je. C'est tr&egrave;s gentil &agrave; toi de vouloir me filer un coup de main mais j'avoue que je ne comprends pas trop... C'est &agrave; cause de l'accident de Jilal&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Ma question &eacute;tait stupide, en y repensant. Le regard que me lan&ccedil;a Tokus me fit regretter de l'avoir pos&eacute;e. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Quoi d'autre&nbsp;? maugr&eacute;a-t-il. Tout est &agrave; cause de l'accident, tout. Tout ce qui se passe sur ce vaisseau depuis hier d&eacute;coule directement de &ccedil;a. Me dis pas que tu t'as pas r&eacute;alis&eacute;&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le ton de Tokus en &eacute;tait presque agressif. Il sembla s'en rendre compte et eut l'air g&ecirc;n&eacute;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Excuse-moi, c'est pas de ta faute. &Ccedil;a me travaille, tout &ccedil;a...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- &hellip; Bah ouais, je vois &ccedil;a&nbsp;! m'exclamai-je. Moi qui croyais qu'vous riiez de tout, toi et Hakks, on dirait que j'avais tort finalement. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Oh, Hakks il s'en fiche, &ccedil;a lui pose pas plus de probl&egrave;mes que &ccedil;a &agrave; lui. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais enfin, de quoi tu parles&nbsp;? Explique-moi&nbsp;! demandai-je. Je comprends que tout le monde soit un peu chamboul&eacute;, mais pourquoi est-ce que &ccedil;a te rend nerveux &agrave; ce point&nbsp;?</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Tokus leva les yeux vers moi, interloqu&eacute;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais tu comprends pas&nbsp;? fit-il sur un ton que je ne lui connaissais pas. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il laissa s'&eacute;couler quelques secondes. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est de ma faute, tout &ccedil;a, Beo&nbsp;! C'est de ma faute bordel&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Hein&nbsp;? Comment &ccedil;a&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est moi qui ai propos&eacute; &agrave; tout le monde de monter sur le pont&nbsp;! Je comprends toujours pas pourquoi j'ai fait &ccedil;a d'ailleurs... je le savais parfaitement, en plus, que les gouailles &eacute;taient v&eacute;n&eacute;neuses, j'aurais pas du vous demander de venir les voir, je...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il d&eacute;glutit p&eacute;niblement. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je sais pas, j'ai pas suffisamment mis les autres en garde. C'&eacute;tait vraiment trop con de ma part. Je croyais que &ccedil;a allait faire plaisir aux autres, et puis moi &ccedil;a m'amusait, et... putain, j'ai vraiment &eacute;t&eacute; con. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Tokus semblait d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;. Comme c'&eacute;tait &eacute;trange de le voir dans cet &eacute;tat, lui qui s'&eacute;tait toujours d&eacute;brouill&eacute; en toute situation pour remonter le moral des troupes. Si m&ecirc;me lui avait perdu tout optimisme, alors o&ugrave; allait cet &eacute;quipage, c'est ce que je me demandais&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Attends, attends, marmonnai-je. Comment tu peux penser &ccedil;a&nbsp;? Tu nous a pr&eacute;venus, voyons, et je sais ce que je dis, j'&eacute;tais pr&eacute;sent dans la salle quand Hakks et toi vous &ecirc;tes arriv&eacute;s. A vous deux vous nous avez fait cette proposition, qui &eacute;tait des plus int&eacute;ressantes, et vous nous avez bel et bien mis en garde&nbsp;! Tu n'as rien &agrave; voir l&agrave;-dedans. C'est pas toi qui a tir&eacute; sur cette gouaille &agrave; ce que je sache&nbsp;? Bon. Tu n'as absolument rien &agrave; te reprocher. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-weight: normal;">- Non, tu ne comprends pas. Si Hakks et moi on n'avait pas pris l'initiative de vous amener sur le pont, rien de tout &ccedil;a ne serait arriv&eacute;. Rien du tout. Alors que ce soit moi qui ait tir&eacute; ou pas, c'est pareil&nbsp;: je suis responsable. Et puis j'ose m&ecirc;me pas imaginer comment &ccedil;a aurait pu tourner&nbsp;! Tu imagines ce qui se serait pass&eacute; si toutes les gouailles s'&eacute;taient senties menac&eacute;es et avaient balanc&eacute; leur dard sur tout ce qui se trouvait en travers de leur chemin&nbsp;? Si elles avaient paniqu&eacute; et nous avaient </span><em><span style="font-weight: normal;">tous</span></em><span style="font-weight: normal;"> piqu&eacute;s&nbsp;? &hellip; c'est juste monstrueux. Mais &ccedil;a ne me r&eacute;conforte m&ecirc;me pas de me dire que &ccedil;a aurait pu &ecirc;tre bien pire. Parce que j'ai mis en danger vos vies &agrave; tous, et maintenant l'un des n&ocirc;tres est &agrave; l'agonie &agrave; cause de moi. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-weight: normal;">- Arr&ecirc;te, tu d&eacute;lires&nbsp;! m'exclamai-je. Jilal est le seul &agrave; porter la faute&nbsp;! Et je suis pr&ecirc;t &agrave; te parier qu'il aurait agi de la sorte &agrave; un moment ou &agrave; un autre, ce gars se m&eacute;fie de tout ce qui bouge&nbsp;! &Ccedil;a aurait pu arriver n'importe quand&nbsp;! Et &ccedil;a serait arriv&eacute;, &agrave; n'en pas douter&nbsp;! Tu ne peux pas tout endosser juste parce que ce cr&eacute;tin n'a pas &eacute;cout&eacute; vos consignes.</span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais putain Beo, qu'est-ce qui va se passer s'il meurt&nbsp;? Jamais je vais r&eacute;ussir &agrave; porter &ccedil;a, bordel&nbsp;! M&ecirc;me s'il survit, jamais j'arriverai &agrave; le regarder dans les yeux apr&egrave;s &ccedil;a&nbsp;! </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Faut que tu te calmes, fis-je en tentant de le rass&eacute;r&eacute;ner. Tu d&eacute;lires. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Que je me calme&nbsp;?! Tu te rends pas compte, putain... je... je sais pas, &ccedil;a fait trop de choses d'un coup, je peux pas encaisser &ccedil;a.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">La conversation tournait d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment en rond. J'aurais bien voulu lui faire comprendre, &agrave; Tokus, qu'il n'y &eacute;tait pour rien (surtout que personne &agrave; bord ne lui attribuait la responsabilit&eacute; de l'accident, du moins &agrave; ce que je sache!) mais il &eacute;tait comme herm&eacute;tique &agrave; toutes mes paroles. Un mur. J'&eacute;tais en train de parler &agrave; un mur, un petit bout de caillou qui &eacute;tait au bord de la crise de nerfs. Pas que je ne voulais pas l'aider, le Toqu&eacute;, mais je compris rapidement que rien ne pouvait le calmer. Si ce n'&eacute;tait un petit secret de cuistot, bien entendu. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-weight: normal;">Il avait des cernes jusqu'aux pieds, &ccedil;a se voyait qu'il avait mal dormi la nuit pass&eacute;e, je lui proposai donc une infusion de thalisse (y a pas plus efficace pour donner sommeil!) bien dos&eacute;e et l'accompagnai jusqu'&agrave; sa cabine, o&ugrave; il finit par s'endormir d'un sommeil </span><span style="text-decoration: none;"><span style="font-weight: normal;">agit&eacute;.</span></span><span style="font-weight: normal;"> Le temps que je revienne aux cuisines, la moiti&eacute; de mes plats avait d&eacute;j&agrave; cram&eacute;.</span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">&Ccedil;a m'avait fait dr&ocirc;le de voir Tokus dans cet &eacute;tat. Et beaucoup de petits signes montraient que d'autres des Corsaires encaissaient assez mal le choc. On &eacute;tait pourtant partis sur des bonnes bases&nbsp;! Et tout &eacute;tait en train de se d&eacute;mantibuler sous mon nez. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Cette sc&egrave;ne me fit prendre une d&eacute;cision. Celle de faire tout mon possible pour all&eacute;ger le quotidien de tous &agrave; bord, tous sans exception. Au programme&nbsp;: me surpasser en cuisine, r&eacute;pandre toute la bonne humeur et la jovialit&eacute; que je r&eacute;ussirais &agrave; trouver, et soulager les autres dans la mesure du possible&nbsp;! Ce furent les r&eacute;flexions que je me fis, comme si c'&eacute;tait facile, comme s'il ne suffisait que d'un peu de bonne volont&eacute;. En tout cas, j'allais y mettre du mien, &ccedil;a ouais. A quoi est-ce que &ccedil;a rimait de se retrouver sur un vaisseau o&ugrave; tout l'&eacute;quipage broyait du noir&nbsp;?</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Elke] </strong><span style="font-weight: normal;">J'avais beau voir des moues charg&eacute;es d'ombres sur le visage de certains de mes compagnons, pour moi, il ne faisait aucun doute que l'&eacute;quipage &eacute;tait pr&ecirc;t &agrave; faire un grand pas en avant. Je m'en voulais presque d'entretenir de telles pens&eacute;es, comme si ce qui s'&eacute;tait pass&eacute; avait &eacute;t&eacute; b&eacute;n&eacute;fique et que la survenue de probl&egrave;mes m'enthousiasmait. L'accident de Jilal n'&eacute;tait pas le seul &eacute;l&eacute;ment de ce changement. Il y avaient les interrogations qui avaient commenc&eacute; &agrave; nous assaillir, ces myst&egrave;res et ces questions sans r&eacute;ponses, mis en &eacute;vidence par Sirus lors de nos discussions. Il y avaient les doutes entretenus par chacun quant &agrave; ses responsabilit&eacute;s &agrave; bord et ses capacit&eacute;s &agrave; les assumer. Il y avaient toutes ces petites difficult&eacute;s que nous avions rencontr&eacute;es, minimes pour l'instant, mais r&eacute;v&eacute;latrices de ce que serait notre lot quotidien dans les ann&eacute;es &agrave; venir. Si beaucoup arboraient une mine dubitative et l&eacute;g&egrave;rement angoiss&eacute;e, moi, en me gardant bien d'en faire part aux autres &ndash; ils m'auraient prise pour une cingl&eacute;e! &ndash; je trouvais cela formidable. Parce que &ccedil;a signifiait que nous rentrions dans l'aventure, la vraie, avec sa part d'impr&eacute;vus, avec tous les dangers et les ennuis qu'elle recelait. Et je trouvais &ccedil;a beau, bordel. De me dire que nous allions apprendre. Nous lancer, prendre des initiatives, nous casser la gueule et recommencer. Comme dans le conte de Hakks et Tokus. </span><em><span style="font-weight: normal;">Le temps est vie et la vie est lutte</span></em><span style="font-weight: normal;">. Ces paroles commen&ccedil;aient &agrave; prendre du sens pour moi, et j'avisai l'avenir avec confiance et d&eacute;termination. L'occasion nous &eacute;tait &agrave; pr&eacute;sent donn&eacute;e de faire nos preuves et de d&eacute;montrer nos capacit&eacute;s &agrave; r&eacute;soudre les probl&egrave;mes, et malgr&eacute; l'&eacute;pineuse situation dans laquelle nous nous trouvions en ce moment, je faisais preuve de beaucoup d'optimiste. On allait surmonter tout &ccedil;a, parce qu'on &eacute;tait des Corsaires et que c'&eacute;tait notre devoir. Surmonter, affronter, dompter. Et peut-&ecirc;tre vaincre, et triompher. Seule la suite nous le dirait. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Tokus] </strong><span style="font-weight: normal;">M&ecirc;me nos parties de chasse ne parvenaient pas &agrave; me d&eacute;lester de ma culpabilit&eacute;, elles qui d'ordinaire me permettaient d'oublier tous mes tracas. Nous &eacute;tions partis en milieu d'apr&egrave;s-midi, Hakks et moi, enfourchant ce bon vieux Raoul pour aller une fois de plus fr&ocirc;ler le ciel et provoquer l'horizon. Le paysage &eacute;tait grandiose. Grandiose et &eacute;trange. C'&eacute;tait une immense zone, aride et luxuriante &agrave; la fois, o&ugrave; se c&ocirc;toyaient des parcelles dess&eacute;ch&eacute;es et des oasis de vie regorgeant de verdure. Le contraste &eacute;tait saisissant. &Ccedil;&agrave; et l&agrave; se dressaient fi&egrave;rement de longs arbres tordus habill&eacute;s d'un &eacute;pais feuillage verdoyant, &eacute;merg&eacute;s on ne sait comment au milieu des herbes ocres m&eacute;lang&eacute;es au sable, &agrave; la terre et aux cailloux. A mi-chemin entre le d&eacute;sert et la jungle. Comme une immense fresque abstraite, une mosa&iuml;que naturelle dont l'&eacute;quilibre reposait sur cette dualit&eacute; farouche mais harmonieuse. C'&eacute;tait un bien &eacute;trange spectacle, et la vue imprenable sur ce Dehors morcel&eacute; me renvoyait &agrave; mes propres incoh&eacute;rences et &agrave; la temp&ecirc;te qui s&eacute;vissait dans mon cr&acirc;ne. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Hakks, quant &agrave; lui, pilotait l'engin avec insouciance, totalement &eacute;tranger &agrave; toutes mes pr&eacute;occupations, souriant au Dehors et &agrave; ses cr&eacute;atures, perdu dans une contemplation enfantine. La d&eacute;sinvolture dont il faisait preuve me sid&eacute;rait. Pire, elle me r&eacute;vulsait. Comment pouvait-il continuer &agrave; feindre l'&eacute;merveillement apr&egrave;s la terrible sc&egrave;ne de la veille&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Tu sais, Tokus... commen&ccedil;a-t-il, choisissant ses mots avec un soin tout particulier. T'es mon pote depuis des ann&eacute;es, et je t'estime plus que personne. Mais, par rapport &agrave; ce qui s'est pass&eacute; hier... je crois que c'est clair que t'as un probl&egrave;me pour canaliser ta col&egrave;re. C'est pas la premi&egrave;re fois que je te vois t'&eacute;nerver, on le sait tous les deux, mais l&agrave;, &ccedil;a aurait vraiment pu &ecirc;tre grave. Je sais pas si t'as r&eacute;alis&eacute; avec quelle fureur tu t'es jet&eacute; sur Jilal. On devient aveugle dans ces moments l&agrave;. Tu m'as vraiment fait peur tu sais. Je te dis &ccedil;a sans jugement de valeur, tu sais que je t'aime comme un fr&egrave;re, mais... &ccedil;a serait peut-&ecirc;tre bien d'en discuter et d'essayer d'apprendre &agrave; g&eacute;rer &ccedil;a, tu vois. Parce que hier, t'as totalement perdu le contr&ocirc;le de toi-m&ecirc;me. Et m&ecirc;me si je comprends pourquoi &ndash; c'est vrai qu'il a &eacute;t&eacute; con, le Jilal &ndash; c'est pas possible de continuer comme &ccedil;a, pas ici, pas avec les autres Corsaires. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je fus profond&eacute;ment choqu&eacute; par la remarque de Hakks, &agrave; tel point que j'en perdis mes mots. Comment est-ce qu'il pouvait me faire ce reproche avec toute la responsabilit&eacute; que j'endossais d&eacute;j&agrave;&nbsp;? Comment est-ce qu'il pouvait se permettre de me balancer &ccedil;a &agrave; la tronche, comme &ccedil;a, sans pr&eacute;avis&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il sembla noter mon h&eacute;b&eacute;tude et reprit, embarrass&eacute;&nbsp;:</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Vraiment, je veux pas que tu prennes &ccedil;a comme une critique. Tout le monde a de sales d&eacute;fauts, moi le premier d'ailleurs, je le sais bien. Je te dis &ccedil;a pour t'aider, mon vieux. On n'en est plus &agrave; se chamailler comme des gamins pour des broutilles, toi et moi, on peut se dire les choses comme elles sont. T'as &eacute;norm&eacute;ment de ressources et de qualit&eacute;s, et ce dont je viens de te parler, c'est un de tes seuls probl&egrave;mes, alors j'voudrais juste pouvoir t'aider &agrave;...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- J'en reviens pas&nbsp;! grommelai-je. Qu'est-ce que tu racontes, bordel, c'est quoi &ccedil;a, c'est une mani&egrave;re de te d&eacute;faire de ta culpabilit&eacute; en me la jetant &agrave; la gueule&nbsp;?</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Hakks, interloqu&eacute;, laissa s'&eacute;couler quelques secondes avant de r&eacute;pondre. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Non, Tokus, il ne s'agit pas de &ccedil;a, je voulais juste te...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais je m'en fous&nbsp;! r&eacute;torquai-je froidement. C'est quoi que tu veux&nbsp;? Me rendre seul et unique coupable de ce qui s'est pass&eacute;&nbsp;? Assume, putain. Tu dis qu'on n'en est plus &agrave; se chamailler pour que dalle, toi et moi, alors assume et affronte la v&eacute;rit&eacute; avec moi&nbsp;! Me laisse pas porter &ccedil;a tout seul, j'ai l'impression que t'en as rien &agrave; foutre&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- De quoi tu parles&nbsp;? s'enquit Hakks, visiblement pr&eacute;occup&eacute;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais de l'accident de Jilal, putain&nbsp;! De ce gars qui va mourir par notre faute&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Les sourcils de Hakks se fronc&egrave;rent. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-weight: normal;">- Tok', il faut que t'arr&ecirc;tes avec &ccedil;a, dit-il. </span><em><span style="font-weight: normal;">Ce n'est pas notre faute</span></em><span style="font-weight: normal;">, quand est-ce que tu vas comprendre &ccedil;a&nbsp;? Tu te rends malade tout seul, &ccedil;a suffit&nbsp;!</span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- J'en reviens pas que tu puisses te d&eacute;faire de ta part de responsabilit&eacute; comme &ccedil;a, murmurai-je. Tu te voiles la face. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Pas du tout&nbsp;! s'exclama-t-il. Simplement, je suis rationnel, contrairement &agrave; toi. Enfin, r&eacute;fl&eacute;chis, on a bien mis tout le monde en garde, plusieurs fois m&ecirc;me. Pour ce qui est du reste, on a simplement invit&eacute; les autres &agrave; partager un bon moment, qu'est-ce que &ccedil;a a de mal&nbsp;? Oui, c'est dramatique que &ccedil;a se soit pass&eacute; comme &ccedil;a, mais toi et moi on a tout fait pour que &ccedil;a n'arrive pas&nbsp;! </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- &laquo;&nbsp;Rationnel&nbsp;&raquo;&nbsp;! Tu es rationnel&nbsp;! Tu parles, &ccedil;a te passe des kilom&egrave;tres au-dessus de la t&ecirc;te, ouais. C'est pas de la rationalit&eacute;, &ccedil;a, c'est de l'&eacute;go&iuml;sme&nbsp;! Non seulement tout &ccedil;a ne te touche absolument pas, mais en plus tu trouves encore le moyen d'en rajouter une couche et de venir m'accuser. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Ma culpabilit&eacute; s'&eacute;tait mu&eacute;e en col&egrave;re &agrave; son &eacute;gard. J'&eacute;tais sid&eacute;r&eacute; par la mauvaise foi de mon compagnon. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais arr&ecirc;te Tokus&nbsp;! T'es pas dans ma t&ecirc;te putain&nbsp;! Bien s&ucirc;r que &ccedil;a me touche. On a un compagnon dans le coma, son &eacute;tat est grave, il va peut-&ecirc;tre y rester, &eacute;videmment que &ccedil;a me laisse pas de glace, j'suis pas un monstre&nbsp;! Mais tout &ccedil;a ne doit pas t'emp&ecirc;cher de faire la part des choses&nbsp;: Jilal a &eacute;t&eacute; con et il a fait exactement ce qu'on lui avait dit de ne pas faire. &Eacute;coute, je vais faire tout ce qui est en mon possible pour t'aider &agrave; passer ce cap, et...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Tu ne peux pas m'aider&nbsp;! Il s'agit pas de r&eacute;soudre une charade putain&nbsp;! Il s'agit de la vie d'un homme. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Faut pas que tu te laisses abattre comme &ccedil;a, si tout le monde r&eacute;agissait comme toi tout l'&eacute;quipage sombrerait dans la tristesse et la culpabilit&eacute;, et notre exp&eacute;rience de Corsaires s'arr&ecirc;terait l&agrave;&nbsp;! Bordel, Tokus, on le savait, qu'on allait vivre des choses difficiles, l'int&eacute;r&ecirc;t &eacute;tant justement de les surmonter. Ressaisis-toi. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">C'&eacute;tait facile &agrave; dire. Hakks et moi avions toujours eu le m&ecirc;me point de vue sur tout ou presque. Nous nous comprenions parfaitement, du moins, c'est ce que je pensais. Pour la premi&egrave;re fois, j'avais l'impression que mon fid&egrave;le compagnon &eacute;tait totalement en d&eacute;calage avec moi. Et je lui en voulais. Malgr&eacute; tous mes efforts pour r&eacute;primer ma col&egrave;re, je lui en voulais, c'&eacute;tait ind&eacute;niable. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je m'&eacute;tais pr&eacute;par&eacute; &agrave; beaucoup de choses, sifflai-je. Et m&ecirc;me &agrave; voir mourir un homme. Mais pas &agrave; le tuer. Et Jilal, s'il en vient &agrave; mourir, on l'aura tu&eacute; tous les deux, Hakks. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il resta interdit quelques instants. Je ne manquai pas de remarquer que ses poings se crispaient sur les manettes. Sa bouche se tordit en un rictus amer lorsqu'il pronon&ccedil;a ces paroles&nbsp;:</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ok. Laisse tomber. On rentre &agrave; la N&eacute;buleuse, tant pis pour la chasse, &ccedil;a peut attendre. Va faire un tour, occupe-toi, va hurler ton d&eacute;sespoir &agrave; la figure de proue si &ccedil;a te chante, tu reviendras me voir quand tu seras calm&eacute;, et l&agrave; je pourrai t'aider. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Et, sans ajouter un mot de plus, il fit demi-tour et revint vers le vaisseau. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Nabion] </strong><span style="font-weight: normal;">CARNET DE ROUTE&nbsp;: Jour 16</span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Voil&agrave; cinq jours que Jilal est plong&eacute; dans le coma, malgr&eacute; les efforts de Drizzt pour l'en tirer. Son &eacute;tat ne semble pas s'am&eacute;liorer, et l'incident a cr&eacute;&eacute; quelques tensions au sein de l'&eacute;quipage, qui s'en retrouve un peu morcel&eacute;. M&ecirc;me nos deux chasseurs, jusque-l&agrave; ins&eacute;parables, semblent quelque peu froiss&eacute;s et l'on ne les voit plus gu&egrave;re ensemble.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Cependant, gr&acirc;ce &agrave; la bonne volont&eacute; de certains, la situation reste tenable, et chacun fait tout son possible pour nous permettre d'arriver &agrave; Amskin dans les plus brefs d&eacute;lais. T&auml;her &eacute;courte de plus en plus ses nuits afin d'acc&eacute;l&eacute;rer le rythme de navigation et tient le coup malgr&eacute; la fatigue. La zone que nous traversons actuellement ne pr&eacute;sente &agrave; priori que peu de dangers, nous avons donc pris la d&eacute;cision de prendre de la vitesse. La N&eacute;buleuse file &agrave; pr&eacute;sent plus vite que jamais, et si tout se passe bien, nous devrions arriver &agrave; bon port dans un peu moins de deux semaines. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Jusqu'&agrave; pr&eacute;sent, nous n'avions correspondu avec Amskin que par langage wok, les signaux radiophoniques &eacute;tant trop faibles pour communiquer de vive voix. Nous nous trouvons &agrave; pr&eacute;sent suffisamment pr&egrave;s de la cit&eacute;-bulle pour converser r&eacute;ellement, et notre &eacute;metteur s'est entretenu ce matin avec le Minist&egrave;re d'Amskin, les informant de notre situation. Un gu&eacute;risseur sp&eacute;cialiste sera donc sur place lorsque nous arriverons afin de prodiguer &agrave; Jilal les soins n&eacute;cessaires dans les plus brefs d&eacute;lais. Notre s&eacute;jour l&agrave;-bas sera probablement prolong&eacute;, tout d&eacute;pend du temps que Jilal mettra &agrave; sortir de sa torpeur. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je suis convaincu que l'arriv&eacute;e &agrave; Amskin sera un v&eacute;ritable soulagement pour tout le monde et que les choses reprendront leur cours normal une fois que nous serons repartis. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Lazuli] </strong><span style="font-weight: normal;">Cet apr&egrave;s-midi, nous avons survol&eacute; l'Onde, ce fleuve immense qui prend source d'un bout &agrave; l'autre du continent. C'&eacute;tait magnifique. Comme un tapis liquide s'&eacute;tendant jusqu'&agrave; l'infini. Comme un long ruban scintillant dans lequel le ciel se serait noy&eacute;, g&eacute;n&eacute;rant de troublants reflets &agrave; la surface, o&ugrave; les couleurs dansaient et se d&eacute;ployaient en un millier de nuances fascinantes. On ne savait plus o&ugrave; &eacute;tait le ciel et o&ugrave; &eacute;tait l'eau. L'Onde semblait si profonde et si limpide que j'en aurais presque eu envie de sauter par-dessus la rampe et d'aller me gorger de ses larmes azur&eacute;es. C'&eacute;tait une vision f&eacute;erique qui m'apaisait, sans que je fus &agrave; m&ecirc;me de m'expliquer pourquoi. L'eau m'appelait avec force. L'eau qui brille, l'eau qui transpire, l'eau qui se rem&eacute;more et l'eau qui purge. J'&eacute;tais plong&eacute;e dans une profonde fascination pour le fleuve, sa beaut&eacute; mystique et tout ce qu'il m'&eacute;voquait, et me promis d'un jour me m&ecirc;ler &agrave; ces eaux. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Elke] </strong><span style="font-weight: normal;">Et le temps passe, passe, passe. Et plus il passe, plus le Dehors et le vaisseau deviennent familiers. &Ccedil;a ne fait que trois semaines que nous avons quitt&eacute; Arrakas, mais moi j'ai l'impression que &ccedil;a fait des ann&eacute;es d&eacute;j&agrave; que l'aventure nous fredonne sa petite m&eacute;lop&eacute;e envo&ucirc;tante. De nuit comme de jour, je l'entends, l&agrave;, siffler et r&eacute;sonner dans mes oreilles en se m&ecirc;lant au vrombissement des moteurs. Enfants du voyage que nous sommes, le monde est venu nous cueillir, et maintenant il n'a de cesse de se d&eacute;ployer devant nous, rev&ecirc;tant mille forme et mille couleurs, r&eacute;v&eacute;lant ses multiples humeurs. On est l&agrave;, perdus dans cette jungle des possibles qui s'ouvre &agrave; nous, farouche et foisonnante. Et on avance, l'air de rien. Parce que ce n'est pas nous qui prenons la route, c'est elle qui nous prend. Sans d&eacute;tours, sans fa&ccedil;ons, et sans nous laisser notre mot a dire. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-weight: normal;">Et moi je suis profond&eacute;ment charm&eacute;e par le c&oelig;ur de la route. </span>Par tous ces paysages qui d&eacute;filent sous nos yeux. Steppes arides, landes verdoyantes, fleuves tourbillonnants. Comme autant de petites voix qui nous murmurent &agrave; l'oreille leurs secrets enfouis. Jour apr&egrave;s jour, semaine apr&egrave;s semaine. Le Dehors file, la vie aussi. La lointaine rumeur d'Amskin, la cite espi&egrave;gle, se rapproche de jour en jour. Bient&ocirc;t nous y serons. Bient&ocirc;t je pourrais me d&eacute;lecter de son chant.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Neith] </strong>- Comment va-t-il ? Son &eacute;tat s'am&eacute;liore ?</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Quelques dizaines de minutes plus t&ocirc;t, je m'&eacute;tais gliss&eacute; comme de coutume dans la cabine de pilotage afin de tenir compagnie a T&auml;her. Mais depuis l'accident de Jilal, la jeune femme avait du mal &agrave; parler d'autre chose. La sc&egrave;ne tragique hantait son esprit.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je ne sais pas, fit-elle en soupirant, les mains crisp&eacute;es sur son gouvernail. Je n'ai pas eu le courage de retourner le voir depuis la derni&egrave;re fois. Nous ne sommes plus qu'&agrave; quelques jours d'Amskin, Drizzt pense qu'il tiendra jusque l&agrave;... mais son &eacute;tat ne cesse d'empirer. Il est de plus en plus difficile de le nourrir... &agrave; ce stade, s'il s'en sort, il risque de garder des s&eacute;quelles &agrave; vie.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Elle ne se rendait pas compte, T&auml;her, &agrave; quel point &ccedil;a me rendait malade de l'entendre parler d'un autre homme alors que moi j'&eacute;tais l&agrave; &agrave; crever de d&eacute;sir pour elle.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- J'ai tellement peur... murmura-t-elle. J'esp&egrave;re qu'il va s'en sortir.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Tout son corps fut pris d'un long frisson. Je me plus &agrave; la contempler, &agrave; la d&eacute;shabiller du regard.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je sais qu'il a fait de la merde, ajouta-t-elle, mais je me sens coupable, quelque part...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Passer mes mains dans sa folle crini&egrave;re. Faire courir mes doigts le long de son dos. M'impr&eacute;gner de son odeur et &eacute;couter sa respiration langoureuse.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Pourtant je sais que ce n'est pas vraiment de ma faute, mais...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Glisser mes mains dans son cou. L&eacute;g&egrave;rement. Juste assez pour la faire fr&eacute;mir. Parcourir le d&eacute;licat sillon de ses l&egrave;vres du bout de mes doigts. Enlacer sa nuque et enfouir ma t&ecirc;te &agrave; l'angle de son visage. D&eacute;poser un baiser sous sa gorge.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je ne sais pas si je r&eacute;ussirai &agrave; faire comme si de rien n'&eacute;tait, apr&egrave;s tout &ccedil;a... cette gouaille...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Laisser sa peau languir et s'&eacute;lectriser. Puis l'&eacute;treindre. Enrouler mes bras autour de son corps. Me perdre dans la gracieuse courbe de ses hanches. Caresser son visage. L'attirer contre moi.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Elle aurait pu le tuer. C'est un miracle qu'il soit encore en vie.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Baiser son front. Baiser son nez. Baiser son cou. Baiser sa bouche.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Qu'est ce que tu penses de tout &ccedil;a, toi, Neith?</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">J'en pense que l'obsession que tu t'es construite autour de ce petit merdeux t'emp&ecirc;che de tomber dans mes bras.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- J'en pense... que tout va s'arranger. Ne t'inqui&egrave;te pas.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">T&auml;her eut un sourire triste, et se retourna vers son gouvernail. D&eacute;&ccedil;ue. Elle &eacute;tait tr&egrave;s certainement d&eacute;&ccedil;ue par ma r&eacute;ponse pitoyable.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je m'en voulais de ne pas avoir su trouver les bons mots. Je m'en voulais d'&ecirc;tre incapable de r&eacute;fr&eacute;ner mon d&eacute;sir envers elle pour lui offrir ce dont elle avait le plus besoin en ce moment : du soutien et du r&eacute;confort. Je m'en voulais de lui avoir donn&eacute; cette r&eacute;ponse stupide.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je m'en voulais de ne pas &ecirc;tre assez bien pour elle.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Hakks] </strong>&Ccedil;a bouillonnait &agrave; bord. Les humeurs des uns et des autres grondaient et se perdaient dans le brouhaha collectif, qui prenait une dimension un peu trop tortur&eacute;e &agrave; mon go&ucirc;t. Quelques semaines de navigation &agrave; peine, et tout le monde perdait d&eacute;j&agrave; la boule&nbsp;! Bah dis donc, qu'est-ce que ce serait dans quelques ann&eacute;es&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je souris &agrave; cette pens&eacute;e, reluquant la lune moqueuse qui devait bien se rire de nous, tout l&agrave;-haut, &eacute;pingl&eacute;e sur son perchoir de ciel. J'avais moi aussi fini par abdiquer devant les charmes de la balade nocturne sur le pont, que de nombreux membres de l'&eacute;quipage pratiquaient &agrave; leurs heures perdues. Faut avouer que &ccedil;a avait du bon de se retrouver l&agrave;, seul, envelopp&eacute; de nuit, &agrave; brasser ses pens&eacute;es et ses humeurs. Le pont, qui de jour &eacute;tait le th&eacute;&acirc;tre de nos tribulations de Corsaires, devenait alors un espace intime, t&eacute;moin de quelques instants vol&eacute;s cach&eacute;s par le rideau de p&eacute;nombre. La sc&egrave;ne &eacute;tait parfaite. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">C'&eacute;tait l'occasion pour moi d'avouer au Dehors et &agrave; moi-m&ecirc;me ce que je me refusais de reconna&icirc;tre &agrave; la lueur du jour. La paire que nous formions, Tokus et moi, &eacute;tait le pilier principal de ma vie sociale &agrave; bord, et la dispute que nous avions eue quelques jours plus t&ocirc;t avait remodel&eacute; ma vision des choses. Ah, &ccedil;a, y avait pas &agrave; dire&nbsp;: j'&eacute;tais un peu perdu, sans l'autre Toqu&eacute;. On avait tous les deux une fa&ccedil;on de s'affirmer qui n'appartenait qu'&agrave; nous, port&eacute;e par notre complicit&eacute; et par notre v&eacute;cu. Ce n'&eacute;tait pas qu'un compagnon, c'&eacute;tait une projection de moi-m&ecirc;me, une extension de mon propre esprit. Mon plus fid&egrave;le ami, mon acolyte de toujours. Je savais qu'il en &eacute;tait de m&ecirc;me de son c&ocirc;t&eacute;. Nous &eacute;tions deux esprits dans un m&ecirc;me corps (ou peut-&ecirc;tre &eacute;tait-ce l'inverse?) et il en serait toujours ainsi. Et pour la premi&egrave;re fois, je ressentais le besoin d'exister &agrave; part enti&egrave;re, d'&ecirc;tre quelqu'un &agrave; son insu, de me r&eacute;v&eacute;ler &agrave; moi-m&ecirc;me et aux autres. La dispute, si elle m'avait attrist&eacute;, avait au moins eu le m&eacute;rite de mettre en &eacute;vidence un fait&nbsp;: nous n'&eacute;tions pas les m&ecirc;mes. Semblables, certes, mais pas identiques. N'y avait-il pas une fa&ccedil;on d'affirmer notre identit&eacute; propre tout en conservant cette dualit&eacute;&nbsp;? D'&ecirc;tre deux tout en restant un&nbsp;? J'optais pour le oui. Et c'est ce moment-l&agrave; qu'il choisit pour arriver en douce, louvoyant derri&egrave;re moi. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Salut, marmonna-t-il. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Quand on parl du loup&nbsp;! Je me retournai, un sourire flottant aux l&egrave;vres. Tiens donc. Lui aussi avait l'air d'avoir d&eacute;cid&eacute; qu'il &eacute;tait temps de se d&eacute;faire de sa culpabilit&eacute; de c&ocirc;t&eacute; pour me laisser lui apporter mon aide. Il &eacute;tait clair pour moi qu'il &eacute;tait venu dans le but d'en discuter. Quoi d'autre&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- T'as mis le temps, fis-je en souriant. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Bonne initiative de sa part, que j'appr&eacute;ciai &agrave; sa juste valeur. Ce serait peut-&ecirc;tre l&agrave; l'occasion de cr&eacute;er un nouvel &eacute;quilibre. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Sirus] </strong>Ils sont tous l&agrave;, &agrave; p&eacute;pier sur le moindre &eacute;v&eacute;nement, &agrave; commenter les actes des uns et des autres, comme si le monde entier gravitait autour de nous et de nos petits comm&eacute;rages. Je ne leur en tiens pas rigueur, il est si facile de se perdre dans les sentiers sinueux des liens, des amiti&eacute;s, des n&oelig;uds sociaux qui se font et se d&eacute;font. Notre N&eacute;buleuse n'est apr&egrave;s tout qu'une infernale machine &agrave; brasser de l'humanit&eacute;. Mais je n'arrive pas &agrave; me laisser prendre &agrave; ce jeu-l&agrave;. Analyser les &eacute;l&eacute;ments de notre vie de Corsaires ne m'int&eacute;resse pas, en revanche, plus le temps passe, et plus je me complais dans ma profonde conviction que le monde est un vertigineux myst&egrave;re mont&eacute; sur pilotis, dont les ramifications sont d&eacute;mesur&eacute;ment complexes et distordues. J'ai le sentiment que chacune des exp&eacute;riences que nous vivons rec&egrave;le une quantit&eacute; infinie de v&eacute;rit&eacute;s finement dissimul&eacute;es qu'il est possible faire &eacute;merger &agrave; force de r&eacute;flexion. Peu importe si cela doit prendre des ann&eacute;es, je les traquerai, et elles &eacute;clateront une &agrave; une comme des fruits m&ucirc;rs.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Les autres commencent &agrave; se remettre de l'accident de Jilal et de la d&eacute;ferlante d'&eacute;motions qu'il a g&eacute;n&eacute;r&eacute;e. Il aura fallu plus d'une semaine pour que l'&eacute;quipage retrouve un semblant de s&eacute;r&eacute;nit&eacute; suite &agrave; l'&eacute;pisode des gouailles, qui en est devenu presque symbolique pour moi. Quoi de plus repr&eacute;sentatif de notre situation que cet &eacute;v&eacute;nement&nbsp;? Il &eacute;tait temps qu'un incident de la sorte subvienne. Il &eacute;tait temps que l'h&eacute;b&eacute;tude et l'enthousiasme enfantins qui &eacute;taient les n&ocirc;tres jusqu'&agrave; pr&eacute;sent laissent leur place aux remises en questions et aux pr&eacute;occupations les plus s&eacute;rieuses. Les gouailles sont pour moi l'une des plus belles expressions de la d&eacute;mesure du Dehors. Aguicheuses, enchanteresses, l&rsquo;&oelig;il vif et le coup d'aile fluide et charg&eacute; de toute la beaut&eacute; de la vie animale, elles n'en restent pas moins v&eacute;n&eacute;neuses et par cette bipolarit&eacute; rappellent &agrave; chacun ce qu'il est tent&eacute; d'oublier&nbsp;: le Dehors est dangereux, il nous appelle autant qu'il nous menace. Il nous d&eacute;voile ses reliefs et ses beaut&eacute;s &agrave; chaque instant, mais demeure tel qu'il est, sauvage et hostile. Nous n'aurions pas d&ucirc; l'oublier. Peut-&ecirc;tre la conscience collective s'impr&eacute;gnera-t-elle de cette le&ccedil;on avec le temps. Peut-&ecirc;tre se rappelleront-ils toujours &agrave; pr&eacute;sent comment l'euphorie des d&eacute;buts s'est retourn&eacute;e contre nous. Il &eacute;tait, &agrave; mon sens, in&eacute;vitable de passer par l&agrave;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Ils ont tous r&eacute;agi comme je m'y attendais. Faire porter la faute &agrave; un individu isol&eacute; est toujours bien plus commode pour maintenir la coh&eacute;sion dans un groupe. Jilal est devenu la b&ecirc;te, le fautif, le fou. Comme si personne ne se rendait compte qu'il canalise &agrave; lui seul des caract&eacute;ristiques qui sont pr&eacute;sentes en chacun de nous. La peur les entrave et les oblige &agrave; fermer les yeux. Qui serait pr&ecirc;t &agrave; reconna&icirc;tre sa part bestiale&nbsp;? C'est terrifiant. Il est effroyable de se rendre compte &agrave; quel point nous ignorons tout de ces choses qui sommeillent en nous, comme des mauvaises herbes qui prolif&egrave;rent, l'air de rien, dans notre jungle int&eacute;rieure, et qui un jour finissent par tout envahir. Les autres ont peur de poser un nom sur ces maux. Peut-&ecirc;tre m&ecirc;me ignorent-ils qu'ils en portent eux aussi les germes. Jilal a beau &ecirc;tre ha&iuml; de tous, il est extr&ecirc;mement important pour l'&eacute;quipage. Inconsciemment, tous remettent leurs propres d&eacute;mons aux mains du mousse pour ne pas avoir &agrave; les dompter eux-m&ecirc;mes, et l'accusent de folie, d'inconscience, de brutalit&eacute;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">A quel point ces tendances sont-elles inscrites en chacun de nous&nbsp;? Nous avons tous une pr&eacute;disposition &agrave; laisser la b&ecirc;te qui gronde en nous prendre les r&ecirc;nes de notre conscience. Nous pourrions tous, sans exception, faire les mauvais choix, emprunter les mauvais chemins, et mener nos corps, nos &acirc;mes, et m&ecirc;me notre monde, &agrave; la perdition. Et cela arrivera un jour. J'ignore dans quelle mesure et avec quelle ampleur. Mais cela arrivera. On voudrait faire de nous, Corsaires, des spectateurs privil&eacute;gi&eacute;s du Dehors, on voudrait nous laisser le sillonner et nous gorger de ses tr&eacute;sors sans y toucher. Mais l'homme a un r&ocirc;le &agrave; jouer sur la nature, et le chantier a commenc&eacute;. Tout comme Jago dans le conte d'Hakks et Tokus, emportant avec lui la moiti&eacute; de sa tribu pour &eacute;riger des villes, tout comme Jilal face aux gouailles, chaque homme porte en lui des instincts de domination qui peuvent le mener loin, si loin. Bien plus loin encore que la perte d'une vie humaine, bien plus loin que la construction d'une ville. Voil&agrave; ce que Jilal incarne &agrave; bord. La d&eacute;testable repr&eacute;sentation de l'homme dans sa cupidit&eacute;, dans son avidit&eacute; de contr&ocirc;le et de pouvoir. A lui seul, il retranscrit fid&egrave;lement l'effroyable fascination que toutes ces chim&egrave;res exercent sur nous. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il ne faut pas analyser l'accident comme un ph&eacute;nom&egrave;ne isol&eacute;, mais comme un arch&eacute;type de nos tendances. Tr&egrave;s peu sont capables de ma&icirc;triser leur part d'ombres, et qu'adviendra-t-il alors si ce n'est pas un seul homme mais tout un peuple qui s'enivre de pouvoir&nbsp;? On ne sait rien du Dehors&nbsp;; on en est encore &agrave; cette phase pleine de frissons extatiques o&ugrave; l'on teste nos limites&nbsp;; mais que se passera-t-il lorsque nous serons en mesure de les repousser plus loin&nbsp;? Trop de choses nous entravent encore pour d&eacute;clamer notre mainmise sur le monde, pourtant je pressens que nous avan&ccedil;ons doucement vers une compr&eacute;hension plus profonde de ce qui nous entoure, et donc, in&eacute;luctablement, une conqu&ecirc;te. J'ai peur d'imaginer l'expression d&eacute;lirante de la folie qui nous prendrait alors. Car si un homme seul peut repr&eacute;senter une menace, alors celle que repr&eacute;sente un peuple tout entier est colossale, et je doute de notre capacit&eacute; &agrave; savoir nous arr&ecirc;ter si nous nous engageons sur un tel chemin. Quel serait alors le prix &agrave; payer&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Nous sommes dans un gigantesque laboratoire offert tout entier &agrave; nos mains inexpertes. C'est merveilleux. Et aussi terriblement dangereux. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Lao] </strong>Plus que deux jours avant l'arriv&eacute;e &agrave; Amskin. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Pr&eacute;cipitation soudaine avant le repos salvateur. C'est &eacute;trange parce que &ccedil;a ressemble beaucoup &agrave; l'id&eacute;e que je me faisais de l'atmosph&egrave;re globale juste avant une temp&ecirc;te magn&eacute;tique. Comme une tension ambigu&euml;, une vibration fr&eacute;n&eacute;tique gorg&eacute;e d'&eacute;nergie &eacute;lectrique d&eacute;vorante. C'est pour moi un grand myst&egrave;re que pareille chose puisse &eacute;maner d'&ecirc;tres humains. Comme si les humeurs de chacun, combin&eacute;es et extrapol&eacute;es &agrave; l'extr&ecirc;me, &eacute;taient en fait le r&eacute;sultat d'un flux &eacute;nerg&eacute;tique et &eacute;lectrique. Comme si le ph&eacute;nom&egrave;ne collectif devenait un ph&eacute;nom&egrave;ne<em> scientifique</em>. <span style="font-style: normal;">C'est intrigant, et fascinant. Je suis persuad&eacute; que, dans une certaine mesure, les hommes r&eacute;pondent aux m&ecirc;mes lois physiques que le monde, bien qu'ils aiment &agrave; croire qu'ils sont des entit&eacute;s uniques qui &eacute;voluent &agrave; leur propre rythme et suivent leur trajectoire, bien distincte de celle du Dehors. Comme c'est &eacute;trange de se consid&eacute;rer comme affranchi de toutes les contraintes de sa propre terre. </span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-style: normal; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">A les observer aujourd'hui d&eacute;ambuler &agrave; un rythme effr&eacute;n&eacute; sur le vaisseau, l'esprit en proie &agrave; une excitation sans pareille &agrave; l'id&eacute;e de l'arriv&eacute;e prochaine, force m'est de constater que l'homme, tout comme le Dehors, fonctionne de fa&ccedil;on cyclique. Je voudrais comprendre et &eacute;tudier cela de plus pr&egrave;s. Sans doute est-il possible de d&eacute;crypter les codes comportementaux de la m&ecirc;me fa&ccedil;on que les &eacute;quations m&eacute;t&eacute;orologiques. Il y a forc&eacute;ment quelque chose &agrave; comprendre derri&egrave;re tout cela. Peut-&ecirc;tre Amskin m'apportera-t-elle quelques r&eacute;ponses.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[T&auml;her] </strong>- Amskin en vue&nbsp;! beugla Dink, perch&eacute; sur le nid-de-pie. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">J'entendis r&eacute;sonner le cri depuis la cabine de pilotage et laissai un mince sourire s'&eacute;tirer sur mes l&egrave;vres, &eacute;clipsant les cernes qui s'&eacute;taient creus&eacute;es au coin de mes yeux ces derni&egrave;res semaines. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">L&agrave;-bas, au loin, &agrave; peine discernable au milieu des roches &eacute;parses et des herbes rouges, on distinguait une petite bulle grise contrastant avec l'environnement alentour. Le d&ocirc;me d'Amskin. Finalement, vue d'ici, la cit&eacute;-bulle &eacute;tait en tout point semblable &agrave; Arrakas. Un vulgaire caillou gris&acirc;tre abandonn&eacute; l&agrave;. Un caillou qui grossissait &agrave; chaque instant, qui enflait, gonflait comme une verrue purulente. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">La vision de la ville avait beau &ecirc;tre un soulagement, je ne pouvais m'emp&ecirc;cher d'appr&eacute;hender notre retour &agrave; la vie urbaine apr&egrave;s ce mois pass&eacute; &agrave; sillonner le Dehors. Lui au moins n'avait aucune pr&eacute;tention, il n'appartenait &agrave; personne et nous accueillait sans artifices. A Amskin, ce serait diff&eacute;rent. A Amskin, on nagerait et on se noierait dans un univers mont&eacute; de toutes pi&egrave;ces par des <em>autres</em>, des gens dont nous ne savions rien. C'&eacute;tait &agrave; la fois terriblement excitant, et aussi un peu intimidant.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Beo] </strong>- Bien&nbsp;! s'exclama Nabion, s'&eacute;tant lev&eacute; de sa chaise afin de se faire entendre de tous.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il dut surench&eacute;rir &agrave; coup de toussotements forc&eacute;s au vu de l'&eacute;quipage qui, dans sa grande majorit&eacute;, continuait &agrave; mastiquer avec entrain &ndash; faut dire que j'avais concoct&eacute; un menu dont j'&eacute;tais pas peu fier&nbsp;! On allait revenir &agrave; la civilisation, &ccedil;a se f&ecirc;tait, apr&egrave;s tout. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il finit par r&eacute;ussir &agrave; s'accaparer l'attention de l'assembl&eacute;e et s'&eacute;claircit bruyamment la gorge avant de reprendre. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Nous allons arriver &agrave; Amskin ce soir, probablement en fin de soir&eacute;e. C'est la premi&egrave;re fois que nous appareillons dans une ville &eacute;trang&egrave;re, je voudrais donc vous rappeler la proc&eacute;dure &agrave; suivre. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Oh, on la conna&icirc;t vous savez, s'exclama T&auml;her, riant aux &eacute;clats (peut-&ecirc;tre que j'avais un peu trop g&eacute;n&eacute;reusement distribu&eacute;es les rasades de liqueur d'elcarancia?). Plein de petites manip' tordues, tout &ccedil;a... mais on va s'en sortir, faut pas s'inqui&eacute;ter&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le rouge &eacute;tait mont&eacute; aux joues de la demoiselle, et pour la premi&egrave;re fois depuis plusieurs jours elle semblait heureuse et parfaitement d&eacute;tendue. Ah, bah &ccedil;a faisait plaisir &agrave; voir&nbsp;! Nabion se contenta de lui jeter un regard froid et poursuivit. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- L'apr&egrave;s-midi de navigation se d&eacute;roulera normalement, reprit-il, en revanche il est tr&egrave;s probable que la nuit soit d&eacute;j&agrave; tomb&eacute;e lorsque nous arriverons. Il vous faudra donc &ecirc;tre particuli&egrave;rement attentifs puisque le vaisseau sera soumis &agrave; des perturbations magn&eacute;tiques lorsque nous p&eacute;n&eacute;trerons dans la ville, de la m&ecirc;me fa&ccedil;on que cela s'est produit lors de notre d&eacute;part d'Arrakas. Une fois &agrave; l'int&eacute;rieur du d&ocirc;me, une &eacute;quipe nous recevra afin de nous aider &agrave; immobiliser la N&eacute;buleuse et &agrave; la stabiliser. Nous ne devrons pas quitter le vaisseau avant que toute la proc&eacute;dure soit boucl&eacute;e. Ce sera notre premi&egrave;re exp&eacute;rience de la sorte mais sachez qu'il en sera ainsi &agrave; chaque appareillage. Nous serons ensuite accueillis dans un refuge et ce pour la totalit&eacute; de notre s&eacute;jour. Durant ce laps de temps, personne n'aura acc&egrave;s au navire, sauf pour transf&eacute;rer les marchandises entrepos&eacute;es dans les cales &eacute;videmment. Bien. En raison de l'&eacute;tat de Jilal, il est probable que... ahem... que notre s&eacute;jour &agrave; Amskin soit prolong&eacute;. Vous aurez donc le loisir de d&eacute;couvrir la ville et de faire ce que bon vous semble. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Combien de temps on va rester l&agrave;-bas&nbsp;? s'enquit Neith. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je ne sais pas. Le gu&eacute;risseur qui se chargera de Jilal nous le dira lorsqu'il l'aura examin&eacute;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Trois semaines apr&egrave;s l'accident, le gaillard n'&eacute;tait toujours pas sorti de son coma, et malgr&eacute; l'excitation &eacute;vidente que nous ressentions tous &agrave; l'id&eacute;e de d&eacute;barquer dans une nouvelle ville &ndash; que dis-je, un nouveau monde! &ndash; tout le monde &eacute;tait relativement inquiet &agrave; son sujet. Son &eacute;tat n'avait cess&eacute; d'empirer de jour en jour et il &eacute;tait tr&egrave;s mal en point, d'apr&egrave;s Drizzt, qui se mettait &agrave; froncer les sourcils d&egrave;s qu'il abordait le sujet. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Nous aurons &eacute;galement des entrevues avec le Minist&egrave;re d'Amskin, ajouta Nabion. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ah, voil&agrave; qui promet d'&ecirc;tre int&eacute;ressant, fit Tokus avec sarcasme. Je me demande comment il est, leur petit Rasgutt &agrave; eux. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Moi, je me demandais quelles surprises culinaires ils pouvaient bien nous r&eacute;server, les gars du refuge&nbsp;! Encore fallait-il que ce soient de vrais cuisiniers, ah &ccedil;a, c'&eacute;tait pas donn&eacute; &agrave; tout le monde. Mais si j'en croyais les dire de mon vieux Tuteur, Bali, chaque ville apportait son lot de nouvelles saveurs.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Tous commenc&egrave;rent &agrave; discuter entre eux, enthousiasm&eacute;s par la perspective de d&eacute;couvrir Amskin. C'est que &ccedil;a allait nous faire un bien fou de d&eacute;couvrir autre chose&nbsp;! Je le sentais, jusqu'&agrave; l'int&eacute;rieur de mes os. Et on n'&eacute;tait pas au bout de nos surprises, &ccedil;a non. Une fois qu'on aurait vu Amskin, il nous resterait trois cit&eacute;-bulles, trois univers &agrave; d&eacute;couvrir, &agrave; explorer, &agrave; apprivoiser. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Moi j'ai surtout h&acirc;te de voir &agrave; quoi ressemblent les damoiselles amskines... murmura Hakks en souriant. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Eh bien, le s&eacute;jour s'annon&ccedil;ait plut&ocirc;t bien. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Elke] </strong>Il fait nuit noire. On devine Amskin plus qu'on ne la voit. Pourtant elle est l&agrave;, &agrave; une vingtaine de m&egrave;tres de nous, enferm&eacute;e sous son d&ocirc;me aux humeurs jalouses qui s'obstine &agrave; garder le secret quelques minutes encore. Mais on distingue d&eacute;j&agrave; le p&acirc;le halo des lumi&egrave;res qui semblent nous inviter &agrave; les rejoindre. Amskin est comme un immense lampion reluisant, un oasis lumineux &eacute;tincelant au c&oelig;ur du monde &eacute;teint. Ce qui de loin n'&eacute;tait qu'une vulgaire t&acirc;che grise obstruant le paysage est &agrave; pr&eacute;sent une bulle de vie flamboyante. C'est beau. On dirait que le d&ocirc;me transpire de bont&eacute; et de chaleur, on dirait qu'il nous regarde de son grand &oelig;il vitreux en nous murmurant des paroles de bienvenue. Je suis s&ucirc;re que si je le touchais je le sentirais ti&egrave;de et palpitant de vie sous ma paume. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le voil&agrave; qui commence &agrave; nous ouvrir ses portes.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Lazuli] </strong>Nous pass&acirc;mes les portes d'Amskin sans r&eacute;elle difficult&eacute;. Il y eut de violentes secousses et plus d'une fois la N&eacute;buleuse tressauta, faisant mine de piquer du nez et d'aller s'&eacute;craser contre le sol, mais je me sentais &eacute;tonnamment calme, contrairement au jour du d&eacute;part o&ugrave; j'avais eu si peur que je m'en &eacute;tais mordues les l&egrave;vres jusqu'au sang. Il y avait dans cette arriv&eacute;e quelque chose de solennel que je ne parvenais pas &agrave; m'expliquer. Indubitablement, c'&eacute;tait une nouvelle &eacute;tape que nous franchissions en m&ecirc;me temps que ces portes. Cette simple pens&eacute;e avait suffi &agrave; me tranquilliser et c'est presque avec &eacute;tonnement que r&eacute;alisai que les moteurs s'&eacute;taient arr&ecirc;t&eacute;s. Je me ruai vers la rambarde du pont, imit&eacute;e par plusieurs autres, afin de voir ce qui se passait en bas. On ne distinguait pas grand chose dans la p&eacute;nombre, mais quelques lueurs mouvantes m'indiqu&egrave;rent que des hommes &eacute;taient l&agrave;, juste en-dessous, lampe en main. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est bon, finit par crier une voix masculine qui m'&eacute;tait inconnue. On a pos&eacute; les cales, vous pouvez descendre&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Nabion fut le premier &agrave; franchir la passerelle, suivi par tous les autres. Je restai quelque peu en retrait, intimid&eacute;e par ces voix auxquelles il m'&eacute;tait toujours impossible d'associer des visages et par cette ville nouvelle qui avait les yeux riv&eacute;s sur nous. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je posai un pied &agrave; terre. Le capitaine &eacute;changea une poign&eacute;e de main vigoureuse avec un homme de carrure robuste. Il ne faisait aucun doute qu'il aurait pu broyer les phalanges de n'importe qui au vu du terrifiant artefact qui lui servait de main. Les deux hommes &eacute;chang&egrave;rent ensuite quelques paroles auxquelles je ne pr&ecirc;tai pas attention, trop intrigu&eacute;e que j'&eacute;tais par ce nouvel environnement dont je ne discernais quasiment rien dans la p&eacute;nombre. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Tout l'&eacute;quipage semblait plong&eacute; dans la m&ecirc;me torpeur. Personne ne savait quoi faire ni quoi dire. Alors, ils se taisaient. Deux hommes vinrent chercher Jilal. Mon estomac se tordit lorsque j'aper&ccedil;us le mousse, &eacute;tendu sur son brancard, p&acirc;le comme la mort. Les hommes l'emmen&egrave;rent. &laquo;&nbsp;Allez hop, toi t'es bon pour le gu&eacute;risseur&nbsp;!&nbsp;&raquo;. Ce fut tout. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Puis on nous amena au refuge. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Neith] </strong>- Soyez ici chez vous&nbsp;! s'exclama le tenancier du refuge en nous adressant un sourire mielleux. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je ne pus r&eacute;primer un rictus d&rsquo;&eacute;c&oelig;urement. Le bonhomme avait une petite voix fluette qui m'&eacute;tait d'ores et d&eacute;j&agrave; insupportable. Par ailleurs, il n'avait pas franchement une carrure impressionnante. De petite taille et d'une minceur extr&ecirc;me, il flottait dans ses v&ecirc;tements, et ses cheveux blonds mi-longs n'arrangeaient rien &agrave; l'affaire. L'aurais-je vu de dos que j'aurais jur&eacute; qu'il s'agissait d'une femme. Un petit bouc soigneusement taill&eacute; qui ornementait son menton contrastait avec son aspect g&eacute;n&eacute;ral, et les quelques rides qui creusaient son visage de-ci de-l&agrave; attestaient qu'il avait d&eacute;j&agrave; un certain &acirc;ge. Une cinquantaine d'ann&eacute;es, sans doute. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je suis Froher, le patron du refuge, c'est un plaisir de vous recevoir ici&nbsp;! </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Nous nous trouvions dans le salon. La temp&eacute;rature &eacute;tait d&eacute;licieusement ti&egrave;de, rehauss&eacute;e par un grand feu qui cr&eacute;pitait dans la chemin&eacute;e devant laquelle &eacute;taient dispos&eacute;s d'&eacute;normes fauteuils dans lesquels nous nous laiss&acirc;mes tomber en soupirant d'aise. Dans notre dos nous se trouvait une grande table en bois noir, derri&egrave;re laquelle tr&ocirc;nait une impressionnante biblioth&egrave;que, sans doute la plus grande que j'eus jamais vue. Enfin, le sol &eacute;tait presque int&eacute;gralement couvert d'&eacute;pais tapis dans lesquels nos pieds s'enfon&ccedil;aient &agrave; chaque pas. Le refuge &eacute;tait des plus chaleureux, c'&eacute;tait ind&eacute;niable. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Bon, j'imagine que vous avez fait une longue route et que vous n'avez aucune envie de m'&eacute;couter papoter, fit notre h&ocirc;te en riant. Pour les formalit&eacute;s, on verra demain, il est d&eacute;j&agrave; bien assez tard comme &ccedil;a&nbsp;! Les chambres sont &agrave; l'&eacute;tage, installez-vous, je vous appelle d'ici une dizaine de minutes le temps que le repas soit pr&ecirc;t. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Non content de prendre cong&eacute; de l'aubergiste, je me h&acirc;tai de monter &agrave; l'&eacute;tage, o&ugrave; j'eus l'excellente surprise de constater que nous disposions de chambres individuelles&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Apr&egrave;s un mois &agrave; bord de la N&eacute;buleuse, c'&eacute;tait un v&eacute;ritable bonheur d'avoir une pi&egrave;ce rien qu'&agrave; soi. J'allais pouvoir dormir sur mes deux oreilles&nbsp;! Beo aurait beau ronfler de toutes ses forces, Jinko pourrait se tourner et se retourner dans son lit en proie &agrave; ses insomnies, je ne les entendrais pas&nbsp;! Je me vautrai dans mon lit en poussant un soupir de soulagement. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">S'il y avait bien une chose qui ne me convenait pas &agrave; bord du vaisseau, c'&eacute;tait bien celle-l&agrave;. Combien de fois avais-je r&ecirc;v&eacute; de me retrouver seul dans une chambre&nbsp;! C'&eacute;tait parfois insupportable. Ah, la seule personne avec qui j'aurais pu partager la pi&egrave;ce avec un r&eacute;el bonheur, c'&eacute;tait bien T&auml;her. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[T&auml;her] </strong>Je sentis l'&eacute;pais matelas ployer sous mon corps. Et quel matelas&nbsp;! Mon lit &eacute;tait bien deux fois plus grand que celui que j'occupais dans ma cabine du vaisseau. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">&Ccedil;a sentait bon le bois et la vie ici. Cet endroit me plaisait d&eacute;j&agrave;. Ces derni&egrave;res semaines j'avais pilot&eacute; des heures durant, me poussant jusqu'&agrave; l'&eacute;puisement. Et l&agrave;, tout d'un coup, c'&eacute;tait comme si toute la pression qui pesait sur mes &eacute;paules s'&eacute;tait envol&eacute;e. Tout allait s'arranger. Jilal &eacute;tait entre de bonnes mains, nous &eacute;tions arriv&eacute;s &agrave; bon port, et j'allais avoir tout le temps n&eacute;cessaire pour me so&ucirc;ler de sommeil. Ouais, j'allais dormir jusqu'&agrave; en &ecirc;tre &eacute;c&oelig;ur&eacute;e&nbsp;! </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je glissai avec d&eacute;lices dans la somnolence.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Hakks] </strong>- Alors, qu'est-ce que vous nous avez servi l&agrave;&nbsp;? demanda Beo en examinant le contenu de son bol fumant. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je souris. Apr&egrave;s avoir confi&eacute; nos estomacs &agrave; Beo pendant un mois entier, nos h&ocirc;tes allaient sans doute avoir bien du mal &agrave; nous satisfaire&nbsp;! J'avalai quelques gorg&eacute;es de l'&eacute;paisse soupe, &eacute;changeai quelques &oelig;illades appuy&eacute;es avec Tokus, puis m'exclamai&nbsp;: </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais dis donc, c'est pas mauvais du tout&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Beo, r&eacute;ticent, fit la moue. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mh, un peu insipide, je pense qu'avec un peu plus d'herbes de...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Aaah, mauvais perdant, fit Tokus en riant. Reconnais que c'est tout de m&ecirc;me sacr&eacute;ment bon&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Comment est-ce que vous faites &ccedil;a&nbsp;? demanda Beo de mauvaise foi. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Sp&eacute;cialit&eacute; de chez nous&nbsp;! fit Foher en souriant. Je ne peux pas t'en dire plus, ce n'est pas moi qui cuisine, mais je suis s&ucirc;r que notre cuistot sera ravi de partager ses secrets culinaires avec toi. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Hum, eh bien, je pourrais peut-&ecirc;tre lui apprendre quelques subtilit&eacute;s du m&eacute;tier et... </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Dink lui ass&eacute;na un l&eacute;ger coup de coude. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Tu peux apprendre &agrave; faire ce plat sinon, fit-il. J'aime bien. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Bah &ccedil;a&nbsp;! C'&eacute;tait la premi&egrave;re fois que j'entendais Dink prendre la parole &agrave; table. Le mousse &eacute;tait d'ordinaire taciturne et un peu bougon, mais l'alcool que nous avaient servi nos h&ocirc;tes en ap&eacute;ritif (je me demande ce que &ccedil;a pouvait &ecirc;tre, en tout cas, c'&eacute;tait bien dos&eacute;!) avait d&eacute;li&eacute; les langues comme par magie et de somptueux sourires se dessinaient sur les visages de tous mes camarades. Nom d'un boltugue, ce que c'&eacute;tait bon d'&ecirc;tre l&agrave;&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">M&ecirc;me Nabion, qui ne s'autorisait que rarement un contact amical avec le reste de l'&eacute;quipage, semblait plus serein. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh bien, pour la nourriture comme pour tout le reste, je sens qu'on a beaucoup de choses &agrave; apprendre des amskins&nbsp;! d&eacute;clara-t-il, salu&eacute; par un large sourire de la part de Foher. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Oh, &ccedil;a oui, r&eacute;pondit-il. C'est un plaisir de vous avoir ici en tout cas&nbsp;! Les derniers &agrave; &ecirc;tre pass&eacute;s sont de Tsegaya, et, entre nous, ils sont pas franchement sympathiques. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ah, vous aussi vous trouvez que les arrakans sont sup&eacute;rieurement intelligents et agr&eacute;ables&nbsp;! s'exclama Elke en riant. Nous sommes donc d'accord&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">C'&eacute;tait curieux de constater &agrave; quel point le fait de se trouver ailleurs pouvait nous r&eacute;concilier avec notre cit&eacute;. Lorsque nous naviguions, aucun membre de l'&eacute;quipage n'avait manifest&eacute; son d&eacute;sir de revoir Arrakas, et voil&agrave; qu'&agrave; pr&eacute;sent nous revendiquions nos origines&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Foher partit dans un grand &eacute;clat de rire suraigu, d&eacute;clenchant automatiquement l'amusement g&eacute;n&eacute;ral (c'est qu'il avait un timbre de voix assez particulier, il fallait le reconna&icirc;tre). </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Oh, mais attends de voir Amskin&nbsp;! Nous avons plus d'une surprise pour vous, vous vous en rendrez compte. Vous savez, je suppose, qu'Amskin est surnomm&eacute;e &laquo;&nbsp;<em>Amskin l'espi&egrave;gle</em>&nbsp;&raquo;&nbsp;?</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ah&nbsp;! bougonna Beo. Ouais, j'ai jamais compris cette lubie de donner des petits noms aux villes. Arrakas la puissante, Tsegaya la secr&egrave;te... Qu'est-ce que ce serait si on appliquait &ccedil;a &agrave; tout le reste, hein&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Beo le voluptueux, Neith le prince dormeur, Nabion le nab... le magnifique, oui, le magnifique&nbsp;! chantonna Tokus d'un ton trop sirupeux pour &ecirc;tre s&eacute;rieux. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">M&ecirc;me Nabion &eacute;clata de rire&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh bien, vous d&eacute;couvrirez tr&egrave;s vite pourquoi l'on surnomme Amskin ainsi, reprit Foher. La cit&eacute; aime jouer avec ses occupants, vous aurez tout le loisir de vous en rendre compte. Ah, et bien s&ucirc;r, il faut que vous alliez visiter les mines&nbsp;! Ce sont elles qui font la fiert&eacute; d'Amskin, vous ne risquez pas d'&ecirc;tre d&eacute;&ccedil;us. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je suis int&eacute;ress&eacute;, approuva Sirus. O&ugrave; se trouvent-elles&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- A une heure et demie de la ville, au seuil des montagnes. Ces mines sont le principal moteur de l'&eacute;conomie amskine, et vous verrez qu'elles valent le coup d&rsquo;&oelig;il. Je m'arrangerai pour vous organiser une visite, je connais du monde, vous savez. Presque tout le monde sait qui je suis, &agrave; Amskin. D'ailleurs s'il vous arrive quoi que ce soit, n'h&eacute;sitez pas &agrave; faire appel &agrave; moi&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Foher bomba l&eacute;g&egrave;rement le torse, visiblement tr&egrave;s fier de son statut au sein de la ville. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je parie que toute la ville le conna&icirc;t parce qu'ils viennent tous se mettre la cuite ici&nbsp;! glissai-je &agrave; Tokus. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est ce que j'allais te sugg&eacute;rer. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Dites, personne n'a vu T&auml;her&nbsp;? demanda Neith, qui s'&eacute;tait lev&eacute; de sa chaise. Elle n'est pas l&agrave;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Elle est certainement en train de dormir, ce qui ne m'&eacute;tonne pas &eacute;tant donn&eacute; toute la fatigue qu'elle a accumul&eacute;e ces derni&egrave;res semaines&nbsp;! grommela Drizzt. Laisse-la se reposer tranquille. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ah&nbsp;! Tu es perdu, sans elle, hein&nbsp;? fit Beo en riant.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le visage de Neith vira au cramoisi et il se ratatina sur lui-m&ecirc;me en marmonnant. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- En tout cas, elle rate un tr&egrave;s bon repas, remarqua Lao. Si &ccedil;a ne d&eacute;range personne, je vais prendre sa part&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Sur ces mots, il se resservit all&egrave;grement. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Monsieur Foher&nbsp;! intervint Lazuli, qui semblait avoir longtemps h&eacute;sit&eacute; avant de prendre l'initiative d'interpeller notre h&ocirc;te. Qu'est-ce qu'il y a d'autre &agrave; voir, &agrave; Amskin&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Appelle moi simplement Foher, ma jolie. Eh bien, les mines, comme je vous l'ai dit. Je vous conseille &eacute;galement de faire un tour sur notre march&eacute; min&eacute;ral. Les roches que l'on extrait des mines sont avant tout utilis&eacute;es &agrave; des fins pratiques &ndash; faire marcher les gros moteurs de vos machines volantes, par exemple &ndash; mais bon nombre d'artisans amskins ont appris &agrave; les tailler afin de r&eacute;aliser toute une gamme de petits objets insolites. C'est tr&egrave;s int&eacute;ressant &agrave; voir et je suis s&ucirc;r que vous y trouverez quelque chose qui vous plaira. Je pense que vous pourriez aussi appr&eacute;cier une petite visite de la Coupole. Ah, et nous avons bien s&ucirc;r de ravissantes femmes de joie...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Sur cette derni&egrave;re d&eacute;claration, il plissa les yeux et nous adressa un large sourire quelque peu carnassier. L&agrave; au moins, il avait retenu l'attention de l'assembl&eacute;e, y avait pas &agrave; dire&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong>[Nabion] </strong>Les angoisses et les animosit&eacute;s s'&eacute;taient comme envol&eacute;es d&egrave;s que nous avions franchi les portes d'Amskin. Avec un plaisir non dissimul&eacute;, je regardai mes Corsaires, qui &eacute;taient tous l&agrave;, comme au premier jour, charg&eacute;s d'une bonne humeur sans &eacute;gal, enthousiastes et souriants. L'arriv&eacute;e avait soulag&eacute; tout le monde, comme je m'y attendais. C'&eacute;tait un vrai bonheur que de retrouver cette simple joie, celle d'&ecirc;tre ensemble, autour d'une table. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Notre h&ocirc;te resta discuter avec nous jusqu'&agrave; une heure avanc&eacute;e de la nuit, nous vantant les qualit&eacute;s d'Amskin, ses ruelles tortueuses qui perdaient les passagers et les menaient toujours &agrave; un endroit surprenant, ses tavernes anim&eacute;es, son industrie min&eacute;rale, ses activit&eacute;s et ses habitants... Il aimait sa ville, &ccedil;a ne faisait aucun doute. Il l'aimait si fort qu'il nous la faisait aimer &agrave; nous aussi, qui venions &agrave; peine d'y poser le pied. J'eus la sensation d'avoir rat&eacute; une &eacute;tape de ma vie. Pourquoi ne ressentais-je pas cet attachement si fort &agrave; Arrakas&nbsp;? On ne m'avait jamais appris &agrave; clamer les beaut&eacute;s de ma terre, et je ne lui en voyais d'ailleurs aucune. Pourtant, ind&eacute;niablement, le fait d'&ecirc;tre l&agrave; en territoire &eacute;tranger me rappelait d'o&ugrave; je venais. J'&eacute;tais arrakan, et surtout <em>je me sentais arrakan</em>, pour la toute premi&egrave;re fois. Comme c'&eacute;tait dr&ocirc;le de d&eacute;barquer ainsi chez d'autres gens. Ils n'avaient &agrave; priori rien de diff&eacute;rent de nous, et il y avait pourtant tant &agrave; apprendre d'eux. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; font-weight: normal;"><span style="font-family: georgia,palatino;">En allant me coucher ce soir-l&agrave;, je me sentis plus serein que jamais. </span></p><br /><br /><div class="article_sharebtns"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2F8-a30153187&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=65&amp;action=like&amp;font&amp;colorscheme=light&amp;height=21" scrolling="no" frameborder="0" style="border:none; overflow:hidden; width:65px; height:21px;" allowTransparency="true"><br /></iframe><iframe allowtransparency="true" frameborder="0" scrolling="no" src="http://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.html?url=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2F8-a30153187&amp;text=8&amp;count=none" style="width: 55px; height: 20px;"></iframe><span><g:plusone size="medium" count="true" href="http://magneticstorm.eklablog.com/8-a30153187"></g:plusone></span></div><br /><hr />Article original rédigé par Callirhoé et publié sur <a href="http://magneticstorm.eklablog.com">Magnetic Storm</a> <br /> Reproduction interdite sans autorisation]]></content:encoded>
		<pubDate>Sun, 08 Jan 2012 12:20:26 +0100</pubDate>
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		<dc:creator>Callirhoé</dc:creator>
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		<title><![CDATA[7]]></title>
		<link>http://magneticstorm.eklablog.com/7-a23506996</link>
		<description><![CDATA[[Lao] Ce matin-l&agrave;, la table du petit-d&eacute;jeuner, d'ordinaire &eacute;clair&eacute;e par les visages souriants des Corsaires enthousiasm&eacute;s par la perspective d'une nouvelle journ&eacute;e de d&eacute;couverte, &eacute;tait calme et les bouches semblaient r&eacute;ticentes &agrave; mener leur gymnastique quotidienne de discussion et de...]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong><br/></strong></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm; text-align: center;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong><br/></strong></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong><br/></strong></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Lao] </strong></span>Ce matin-l&agrave;, la table du petit-d&eacute;jeuner, d'ordinaire &eacute;clair&eacute;e par les visages souriants des Corsaires enthousiasm&eacute;s par la perspective d'une nouvelle journ&eacute;e de d&eacute;couverte, &eacute;tait calme et les bouches semblaient r&eacute;ticentes &agrave; mener leur gymnastique quotidienne de discussion et de d&eacute;bat. Elke, fid&egrave;le &agrave; elle-m&ecirc;me, distribuait les sourires et tentait d'inviter les autres &agrave; entamer cette journ&eacute;e comme il se devait&nbsp;: avec optimisme. Ce n'&eacute;tait pas la premi&egrave;re fois que j'observais ce comportement chez elle. La jeune femme semblait d&eacute;bordante d'une vitalit&eacute; bien plus grande encore que tous les autres, d'un dynamisme qu'elle voulait communicatif et dont elle ber&ccedil;ait tout l'&eacute;quipage. Elke &eacute;tait un moteur, de la m&ecirc;me fa&ccedil;on que ceux qu'elle manipulait et qu'elle ch&eacute;rissait tant. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">La N&eacute;buleuse, apr&egrave;s seulement quelques jours de navigation, avait d&eacute;j&agrave; trouv&eacute; ses codes et sa logique interne. Il &eacute;tait surprenant de voir &agrave; quel point le microcosme que nous formions s'&eacute;tait d&eacute;velopp&eacute; rapidement. A peine quinze jours en arri&egrave;re, notre &eacute;quipage n'&eacute;tait qu'un embryon, un petit bout de rien. Nous &eacute;tions tous des &eacute;trangers. Et voil&agrave; qu'en une poign&eacute;e de jours la m&eacute;canique complexe des groupes s'&eacute;tait mise en marche, m&eacute;canique dans laquelle chacune des quatorze personnes que nous &eacute;tions apportait son effluve personnel. Il y avait ceux qui portaient, qui entra&icirc;naient les autres derri&egrave;re eux et dont la voix trouvait pleinement sa r&eacute;sonance chez le reste de l'&eacute;quipage. Il y avait ceux qui restaient en retrait, ceux qui pr&eacute;f&eacute;raient se laisser porter. Ceux qui se voulaient r&eacute;fractaires mais qui &eacute;taient entra&icirc;n&eacute;s malgr&eacute; eux dans cette immuable logique. Et &agrave; l'inverse, ceux qui se voulaient meneurs mais que le groupe emportait et engloutissait, &agrave; la fa&ccedil;on d'une immense vague qui roulait inexorablement sur elle-m&ecirc;me sans tenir compte des fonctions ni des id&eacute;es. Qu'est-ce qui comptait, alors&nbsp;? Quels &eacute;taient les crit&egrave;res qui d&eacute;terminaient cet hi&eacute;rarchie implicite qui diff&eacute;rait en tout point de l'officielle&nbsp;? Jamais encore je ne m'&eacute;tais retrouv&eacute; si longtemps en pr&eacute;sence d'autres &ecirc;tres humains, et je trouvais cela fascinant. Fascinant et terriblement complexe. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Alors que les discussions autour de la table tournaient en rond, et ce malgr&eacute; la bonne volont&eacute; de notre m&eacute;canicienne, Neith fit son entr&eacute;e dans la salle et vint s'attabler avec nous, les yeux ourl&eacute;s de cernes. Il plongea sa t&ecirc;te dans ses mains en poussant un long soupir. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Pfffff, j'suis crev&eacute;...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Vois le bon c&ocirc;t&eacute; des choses, Neith, fit Hakks en souriant. Cette fois, au moins, tu t'es r&eacute;veill&eacute;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Neith lan&ccedil;a un regard meurtrier au chasseur. Il &eacute;tait devenu de notori&eacute;t&eacute; publique que le fameux &eacute;pisode de l'envol de la N&eacute;buleuse o&ugrave; Neith ne s'&eacute;tait pas r&eacute;veill&eacute; &eacute;tait un sujet d&eacute;licat, &agrave; &eacute;viter d'aborder avec lui. L'&eacute;metteur entretenait en outre une sorte de m&eacute;pris pour les chasseurs, que je n'avais pas manqu&eacute; de constater &agrave; plusieurs reprises, et sans doute Hakks en &eacute;tait-il parfaitement conscient lui aussi. La paire de trouble-f&ecirc;tes avait beau se faire passer pour des guignols, ils n'en &eacute;taient pas moins intelligents et semblaient comprendre naturellement beaucoup de choses qui &eacute;chappaient &agrave; tous les autres. Ce pourquoi, la raison de la remarque de Hakks m'&eacute;chappa. Elle ne pouvait qu'envenimer l'atmosph&egrave;re, et sembla franchement d&eacute;plac&eacute;e de la part du jeune homme qui avait pourtant pour habitude de d&eacute;samorcer les tensions entre les autres. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est tr&egrave;s fin, je te f&eacute;licite, r&eacute;torqua Neith en d&eacute;versant tout son m&eacute;pris dans ces quelques paroles. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il semblait sur le point d'ajouter quelque chose lorsque Drizzt, le second, assis un peu plus loin en train de siroter paisiblement un jus de noix de kal, intervint. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- R&eacute;fl&eacute;chissez une seconde avant de vous lancer dans une dispute aussi insens&eacute;e que celle-ci, dit-il simplement. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il avala une autre gorg&eacute;e de son breuvage, et ajouta&nbsp;:</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- On est tous un peu perturb&eacute;s par ce qui s'est pass&eacute; hier, mais faut pas se laisser aller &agrave; des enfantillages dans ce genre-l&agrave;, c'est &ccedil;a qui tue un &eacute;quipage. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il n'ajouta rien d'autre et se d&eacute;sint&eacute;ressa totalement de Hakks et Neith. Drizzt &eacute;tait un personnage &eacute;trange. Il semblait ne jamais s'investir &eacute;motionnellement dans quoi que ce soit (ce qui, loin d'&ecirc;tre un d&eacute;faut, en faisait un tr&egrave;s bon m&eacute;diateur &agrave; bord), et parlait tr&egrave;s peu, ce qui &eacute;tait peu commun pour une personne affect&eacute;e au poste de second. Paradoxalement, il d&eacute;gageait une imposante aura de s&ucirc;ret&eacute; qui incitait imm&eacute;diatement le respect, ce qui n'&eacute;tait par exemple pas le cas de Nabion. Drizzt &eacute;tait plus respect&eacute; &agrave; bord que le capitaine, et c'est pourquoi il n'eut rien d'autre &agrave; ajouter pour que le petit accrochage qui avait eu lieu en reste l&agrave;. Hakks eut l'intelligence de ne rien ajouter. Il avait l'habilet&eacute; de rebondir sur chaque parole prof&eacute;r&eacute;e et sur chaque &eacute;v&eacute;nement, mais dans ce cas-ci, &ccedil;'aurait r&eacute;ellement &eacute;t&eacute; hors de propos. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- &hellip; je me suis lev&eacute; tr&egrave;s t&ocirc;t, reprit Neith. Nabion est venu me chercher alors que le soleil n'&eacute;tait m&ecirc;me pas encore lev&eacute; pour avoir une conversation radio avec le Minist&egrave;re. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ah bon&nbsp;? fit T&auml;her, qui ne s'&eacute;tait pas manifest&eacute;e jusque l&agrave;. Pourquoi&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Par rapport &agrave; l'incident d'hier, bien s&ucirc;r, reprit Neith. Ils ont eu l'air tr&egrave;s int&eacute;ress&eacute;s et tr&egrave;s intrigu&eacute;s par tout &ccedil;a, apparemment un ph&eacute;nom&egrave;ne magn&eacute;tique de la sorte sort totalement de l'ordinaire. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Neith, en abordant ce sujet qui trottait dans tous les esprits, g&eacute;n&eacute;ra un vif int&eacute;r&ecirc;t de la part de presque toute la tabl&eacute;e. De nombreuses questions lui furent pos&eacute;es &agrave; ce sujet. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Et, quoi&nbsp;? insista Elke. Qu'a dit le Minist&egrave;re&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ils n'ont aucune explication &agrave; nous fournir, mais ils consid&egrave;rent effectivement qu'il est plus sage de passer par le col d'Echin&eacute;e. Et puis, ils ont soulign&eacute; le fait que &ccedil;a nous donnera plusieurs jours d'avance sur ce qui &eacute;tait pr&eacute;vu et que c'est un avantage. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Tu parles, grommela T&auml;her, c'est tout ce qui les int&eacute;resse, oui.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">T&auml;her &eacute;tait sans l'ombre d'un doute celle qui se montrait la plus ent&ecirc;t&eacute;e et d&eacute;daigneuse vis &agrave; vis du Minist&egrave;re, point de vue que beaucoup avaient du mal &agrave; adopter puisque celui-ci faisait partie int&eacute;grante de leur r&eacute;alit&eacute;. Difficile de s'en d&eacute;tacher, apr&egrave;s avoir v&eacute;cu pendant plus de quinze ans &agrave; sa charge. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Moi, &ccedil;a me pla&icirc;t pas trop qu'on passe par l&agrave;-bas, grommela Jilal, le visage fig&eacute; dans cet &eacute;ternel rictus&nbsp;: m&acirc;choires crisp&eacute;es, sourcils fronc&eacute;s, comme s'il &eacute;tait sur le point de mordre. On sait pas c'qu'on va y trouver. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Apparemment c'est sans danger, fit Neith. Beaucoup l'ont s&ucirc;rement d&eacute;j&agrave; fait avant nous&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Et chacun y allait de son petit commentaire, posait ses questions, s'&eacute;tonnait de ceci ou de cela, s'imaginait ce que bon lui semblait... Neith avait, sans s'en rendre compte, g&eacute;n&eacute;r&eacute; tout autour de lui un flot intarissable de conversations. Car, en fin de compte, l'incident de la veille avait plus affect&eacute; les esprits que ce que je me l'imaginais. Non pas que l'&eacute;quipage f&ucirc;t terroris&eacute;, loin de l&agrave; &ndash; il n'y avait eu aucun dommage et ce n'avaient &eacute;t&eacute; que de l&eacute;g&egrave;res secousses. N&eacute;anmoins, la rupture que l&rsquo;&eacute;v&eacute;nement impliquait &eacute;tait &eacute;vidente. Alors que nous &eacute;tions tous encore dans une phase d'&eacute;merveillement et de d&eacute;couverte, le premier impr&eacute;vu &eacute;tait survenu. Sans doute un peu trop t&ocirc;t. Et chacun prenait conscience, &agrave; son rythme et &agrave; sa fa&ccedil;on, que nous ne ma&icirc;trisions rien. Que ce monde nous dominait et que nous ne faisions que le parcourir. Que sans doute jamais nous ne le comprendrions dans sa totalit&eacute;. On nous avait &agrave; tous trop souvent appris &agrave; nous repr&eacute;senter le Dehors comme de vastes &eacute;tendues aussi tumultueuses qu'enchanteresses, comme un long chemin truff&eacute; de paysages &eacute;poustouflants et de merveilles de la nature. Et aujourd'hui, je le crois, plusieurs d'entre nous commen&ccedil;aient &agrave; se rendre compte que le Dehors recelait bien plus que tout cela. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Pour ma part, bien que je n'en eus rien dit &agrave; personne, je savais que ce qui nous &eacute;tait arriv&eacute; hier ne pouvait en aucun &ecirc;tre une manifestation magn&eacute;tique. Pas de celles que j'avais &eacute;tudi&eacute;es en tout cas. Pas de celles qui m'&eacute;tait famili&egrave;re. Cela &eacute;chappait &agrave; toute logique, de par la fa&ccedil;on par laquelle les choses s'&eacute;taient d&eacute;roul&eacute;es. Et quand bien m&ecirc;me me serais-je born&eacute; &agrave; croire qu'il s'agissait d'un trouble magn&eacute;tique, le chant que tous &agrave; bord avaient pu entendre le d&eacute;mentait. La plus violente des temp&ecirc;tes pouvait g&eacute;n&eacute;rer un vacarme d'enfer, mais jamais elle ne chanterait. Quelque chose ne tournait pas rond dans tout &ccedil;a, quelque chose m'&eacute;chappait. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Foi de Lao, j'allais &agrave; pr&eacute;sent essayer de comprendre ce monde, quoi qu'il m'en co&ucirc;te. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[T&auml;her] </strong></span>Les montagnes se profilaient &agrave; l'horizon comme d'immenses remparts, comme une barri&egrave;re entre nous et le monde. Elles m'intimidaient, ces montagnes, je devais l'avouer. Leur silhouette noire et craquel&eacute;e diff&eacute;rait tellement des interminables plaines verdoyantes que nous avions connues jusqu'&agrave; pr&eacute;sent. &laquo;&nbsp;Il n'y a pas de r&eacute;el danger&nbsp;&raquo; avait affirm&eacute; Sirus. &laquo;&nbsp;De l&eacute;g&egrave;res perturbations magn&eacute;tiques tout au plus, et des man&oelig;uvres un peu plus complexes, mais rien ne nous tombera sur la figure d&egrave;s le premier virage&nbsp;&raquo;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Quelque chose avait lieu en moi en approchant ces montagnes. Il ne s'agissait pas de peur, mais d'une &eacute;motion &eacute;trange sur laquelle je n'arrivais pas &agrave; mettre de mot et qui me donnait l'impression de flotter dans une r&eacute;alit&eacute; parall&egrave;le. Le paysage changeait, peu &agrave; peu, tout autour de la N&eacute;buleuse. Les herbes folles c&eacute;daient peu &agrave; peu le pas &agrave; la terre et &agrave; ses rochers sinueux, d'un gris m&eacute;tallique. La v&eacute;g&eacute;tation se faisait plus rare, et seuls quelques fr&ecirc;les arbres s'aventuraient encore &agrave; pousser dans ces recoins. Les montagnes grandissaient &agrave; vue d&rsquo;&oelig;il devant moi, et bien que plusieurs eurent sans doute re&ccedil;u cette vision avec une sensation fort d&eacute;sagr&eacute;able &ndash; apr&egrave;s avoir vogu&eacute; plusieurs jours sur les plaines enchanteresses, les montagnes semblaient se dresser l&agrave; comme un sinistre pr&eacute;sage &ndash; je ne pus m'emp&ecirc;cher de m'&eacute;merveiller &agrave; leur vue. La cha&icirc;ne montagneuse &eacute;tait complexe et semblait s'&eacute;tendre jusqu'&agrave; l'infini. Et nous, petit &eacute;quipage de rien du tout &agrave; peine sorti de son trou, nous allions la franchir.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Selon mes calculs, nous arriverions au pied des montagnes en fin de journ&eacute;e. Il faudrait alors s'arr&ecirc;ter l&agrave; pour la nuit, car la N&eacute;buleuse semblait toujours capricieuse &agrave; suivre les mouvements que je lui imposais. &Ccedil;'aurait &eacute;t&eacute; une folie que de tenter de commencer la travers&eacute;e de nuit. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">J'&eacute;tais plong&eacute;e dans mes pens&eacute;es lorsque j'entendis la porte de la cabine de pilotage s'ouvrir. Prise par surprise, je sursautai et me retournai vivement vers mon inopportun visiteur. Il s'agissait de Neith, comme je m'en &eacute;tais dout&eacute;e &agrave; la seconde o&ugrave; la porte s'&eacute;tait ouverte. Neith &eacute;tait tr&egrave;s attentif &agrave; moi depuis quelques jours, et le petit quelque chose qui planait dans ses yeux lorsqu'il m'approchait ne me trompait pas. Cependant, sa compagnie m'&eacute;tait agr&eacute;able, je devais l'avouer. Le jeune homme &eacute;tait plein de bonne volont&eacute; et par ailleurs les &eacute;ventuelles visites que je recevais dans la cabine de pilotage durant la journ&eacute;e &eacute;taient tout &agrave; fait bienvenues, puisqu'il m'arrivait souvent de me sentir terriblement seule.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- &Ccedil;a va, tu t'emb&ecirc;tes pas trop&nbsp;? fit-il en souriant.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je haussai les &eacute;paules, feignant l'indiff&eacute;rence.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Comme toujours, commentai-je. Et puis, cette fois, j'ai un panorama assez int&eacute;ressant. Regarde la vue qu'on a d'ici.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Neith s'approcha des immenses baies vitr&eacute;es qui me permettaient, &agrave; moi plus qu'&agrave; quiconque, d'avoir une vue saisissante sur le Dehors, puisque je me trouvais dans la cabine la plus &eacute;lev&eacute;e de tout le vaisseau.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Impressionnant... commenta-t-il.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il se retourna ensuite vers moi, un sourire espi&egrave;gle aux l&egrave;vres.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Il va falloir que je retourne travailler T&auml;her, mais je suis juste pass&eacute; t'apporter un petit quelque chose puisque je me suis dit que tu devais &ecirc;tre bien seule ici.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je souris, touch&eacute;e par le geste.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Et qu'est-ce que c'est, ce petit quelque chose que tu m'as apport&eacute;&nbsp;?</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Neith me rendit un sourire d&eacute;cupl&eacute;, et sortit du sac en toile qu'il portait en bandouli&egrave;re un objet que j'eus toutes les peines du monde &agrave; identifier. Jamais encore je n'avais vu une chose pareille. A premi&egrave;re vue, c'&eacute;tait une sorte de bo&icirc;te rectangulaire qui semblait tout &agrave; fait insolite. Elle &eacute;tait pourvue d'une sangle, que Neith enfila. L'objet &eacute;tait &agrave; pr&eacute;sent en travers de sa poitrine, et reposait sur son torse. Je l'observai plus attentivement et r&eacute;alisai que plusieurs petites languettes de bois parsemaient sa surface, probablement taill&eacute;es dans des mat&eacute;riaux diff&eacute;rents et dont les tailles variaient. Il &eacute;tait difficile de d&eacute;finir avec pr&eacute;cision de quoi il s'agissait. Elles semblaient des dizaines de petits ongles de bois qui &eacute;mergeaient de la bo&icirc;te et se d&eacute;marquaient ainsi de l'ensemble. J'avais du mal &agrave; comprendre.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Neith n'attendit pas plus longtemps pour m'expliquer de quoi il s'agissait. Il me l'expliqua, &agrave; sa fa&ccedil;on. En sonorit&eacute;s. Car &ndash; cela me frappait maintenant &ndash; c'&eacute;tait &eacute;videmment d'un instrument de musique qu'il s'agissait.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Neith commen&ccedil;a par appuyer sur quelques unes de ces lamelles de bois, doucement d'abord. Le son &eacute;tait produit d'une bien &eacute;trange fa&ccedil;on&nbsp;: la lamelle abaiss&eacute;e, se relevait tr&egrave;s rapidement une fois le doigt retir&eacute;, ce qui g&eacute;n&eacute;rait un son vibrant des plus &eacute;tranges. Je compris rapidement que chaque lamelle correspondait &agrave; une note. L'instrument en comptait des dizaines. Les possibilit&eacute;s &eacute;taient infinies, d'autant plus que l'instrument semblait pourvu d'une caisse de r&eacute;sonance qui insufflait &agrave; chaque note une long&eacute;vit&eacute; nouvelle. Neith se mit &agrave; jouer, sans m&ecirc;me attendre que je ne le lui demande. Et ses doigts m'apparurent comme magiques en cet instant, puisque de cette bo&icirc;te rectangulaire aux airs bonhommes s'&eacute;chappa la plus belle des m&eacute;lodies. La musique avait toujours &eacute;t&eacute; un obscur myst&egrave;re pour moi, aussi je n'aurais su dire si le jeune homme avait du talent ou non. Mais &agrave; mes oreilles ce morceau r&eacute;sonnait comme la plus virtuose des m&eacute;lop&eacute;es. Il arrivait, en combinant les deux mains, &agrave; jouer des m&eacute;lodies tout en les accompagnant de quelques accords plus graves. Parall&egrave;lement &agrave; cela, il tournait parfois une petite manivelle en bas de l'instrument, &agrave; laquelle il suffisait de donner quelques tours pour qu'elle continue son chemin d'elle-m&ecirc;me. Je n'avais aucune id&eacute;e de la fa&ccedil;on dont se passaient les choses &agrave; l'int&eacute;rieur de l'&eacute;trange appareil, mais lorsque Neith actionnait cette manivelle, le son se transformait de fa&ccedil;on flagrante, devenait grave, &eacute;tourdissant de beaut&eacute;, cristallin et r&eacute;sonnant.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le morceau dura quelques minutes, durant lesquelles je n'osai prof&eacute;rer le moindre son. Lorsque la derni&egrave;re note mourut, m'arrachant un sourire discret, j'avais le c&oelig;ur qui battait la chamade.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Qu'est-ce que c'est que &ccedil;a&nbsp;? m'exclamai-je. O&ugrave; est-ce que tu as appris&nbsp;?</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je n'avais eu que de tr&egrave;s restreints contacts avec la musique depuis ma tendre enfance. Je savais d'ailleurs que c'&eacute;tait le cas de nombreux Corsaires &agrave; bord. Nous connaissions nos fonctions comme personne ne les conna&icirc;trait jamais, nous savions une extraordinaire quantit&eacute; de choses que les autres, ceux des cit&eacute;-bulles, ne sauraient jamais, mais nous &eacute;tions bien incapables de parler des choses courantes et banales d'une vie routini&egrave;re. C'&eacute;tait cela, le lot d'un Corsaire. Et nos diff&eacute;rentes approches du monde des citoyens normaux &ndash; ceux qui avaient v&eacute;cu et grandi au sein de leurs familles, ceux dont l'avenir n'avait pas &eacute;t&eacute; tout trac&eacute; d&egrave;s leurs cinq ans, ceux qui arpentaient les rues d'Arrakas par milliers &ndash; d&eacute;pendaient en fait beaucoup de nos Tuteurs respectifs. Dans mon cas, je savais que Miggle n'avait fait que m'initier tr&egrave;s sommairement &agrave; certaines choses que n'importe qui aurait d&ucirc; savoir, comme s'il ne leur accordait qu'une importance secondaire. Et la musique en faisait partie.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Durant les quelques minutes o&ugrave; Neith avait jou&eacute;, il m'avait sembl&eacute; red&eacute;couvrir cet art si lointain qui n'avait que si peu fait partie de ma vie, et cette d&eacute;couverte &eacute;tait si fracassante que j'en aurais pleur&eacute;.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est un kabuton, me r&eacute;pondit Neith. Un instrument originaire de Forrho&eacute;, je crois. Mon Tuteur en jouait, alors il m'a transmis ce savoir en m&ecirc;me temps que tous les autres.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je souris et acquies&ccedil;ai. Bien s&ucirc;r. Le Tuteur de Neith n'avait jamais mis les pieds sur un vaisseau. Ils &eacute;taient d'ailleurs plus de la moiti&eacute; &agrave; bord &agrave; avoir re&ccedil;u leur formation par quelqu'un qui &eacute;tait totalement &eacute;tranger au monde des Corsaires. J'avais d'abord pens&eacute; que cela ne faisait que peu de diff&eacute;rence, mais je me rendais compte &agrave; pr&eacute;sent de mon erreur. Le Tuteur de Neith devait conna&icirc;tre &agrave; la perfection le monde des &laquo;&nbsp;autres&nbsp;&raquo;, des citoyens, des arrakans, puisqu'il y avait v&eacute;cu toute sa vie et jamais n'en avait &eacute;t&eacute; &eacute;cart&eacute;. Ce qui signifiait qu'il savait aussi ce qu'&eacute;tait l'art, la lecture, les promenades, l'amour, les f&ecirc;tes, les rencontres inopportunes, les boutiques, les disputes, les ph&eacute;nom&egrave;nes de masse, les ragots, ... Les al&eacute;as de la vie d'une personne ordinaire, en somme. Choses qui pour moi &eacute;taient lointaines et floues. Le Tuteur de Neith lui avait donc retransmis tout ce savoir implicite, sans doute sans m&ecirc;me s'en rendre compte. Mine de rien, &ccedil;a faisait une sacr&eacute;e diff&eacute;rence. La preuve&nbsp;: Neith venait de me scotcher sur place. Sans doute ne se rendait-il pas compte que les envo&ucirc;tantes notes d&eacute;filaient encore dans mes oreilles.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Le son est produit par le claquement des lamelles lorsqu'elles se rel&egrave;vent, m'expliqua Neith, et la petite manivelle que tu vois l&agrave; fait tourner une sorte de rouleau qui passe &agrave; l'int&eacute;rieur de la caisse de r&eacute;sonance. Ce rouleau est fait dans je ne sais plus trop quelle mati&egrave;re, mais bref, en tout cas, il module fortement le son, comme tu as pu l'entendre. Et on peut faire un nombre d'effets ahurissants, avec &ccedil;a, selon si on tourne vite, ou doucement...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je ne savais pas que tu &eacute;tais musicien, fis-je, interloqu&eacute;e.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il m'adressa un grand sourire qui plus que jamais lui donnait une d&eacute;gaine d'adolescent attard&eacute;.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh bien, tu es la premi&egrave;re &agrave; bord &agrave; le savoir en tout cas&nbsp;! Bon, il faut que je retourne travailler. Salut T&auml;her&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Et il fila, disparaissant aussi vite qu'il &eacute;tait apparu. Je restai quelques instants immobile, agripp&eacute;e &agrave; mon gouvernail sans trop savoir quoi faire ni quoi penser, touch&eacute;e par le geste de Neith. &Ccedil;a faisait trop de beaut&eacute; d'un coup. Trop de d&eacute;couvertes incroyables pour ces quelques jours. J'avais devant moi l'impressionnant panorama de la cha&icirc;ne de montagnes, et dans ma t&ecirc;te l'air de kabuton qui r&eacute;sonnait encore. Pourquoi n'avais-je jamais connu &ccedil;a avant&nbsp;? Pourquoi Miggle n'avait-il pas jug&eacute; n&eacute;cessaire de me parler de musique, ou m&ecirc;me de petites choses de la vie, ces petites choses qui la transforment et qui la remplissent&nbsp;? Plus que jamais j'avais l'impression d'&ecirc;tre une &eacute;trang&egrave;re &agrave; moi-m&ecirc;me, une cr&eacute;ature &eacute;trange perdue dans un monde dont elle n'arriverait pas &agrave; comprendre les codes ni les lois.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je poussai un long soupir et me concentrai sur mon gouvernail.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Allez T&auml;her. Ne te pose pas trop de questions. Ou plut&ocirc;t, pose-toi les bonnes. Et si tu veux mieux comprendre ce qui t'entoure, d&eacute;faits-toi de toutes tes entraves et donne-toi l'impulsion n&eacute;cessaire pour arriver jusqu'&agrave; la surface.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Jinko] </strong></span>La fin de la journ&eacute;e &eacute;tait toujours marqu&eacute;e par ce moment tant attendu o&ugrave; l'on coupait les moteurs. Il &eacute;tait si &eacute;trange alors de sentir s'&eacute;vanouir le vrombissement des machines sous nos pieds, auquel nous nous &eacute;tions d&eacute;j&agrave; si bien accoutum&eacute;s que nous ne le discernions m&ecirc;me plus. Lorsque les r&eacute;acteurs cessaient des tourner, on se retrouvait alors dans un calme absolu, comme si le monde entier s'&eacute;tait tu pour nous observer. &laquo;&nbsp;C'est seulement pour les premi&egrave;res semaines&nbsp;&raquo; avait pr&eacute;cis&eacute; Nabion d'un ton sec. &laquo;&nbsp;Aussi t&ocirc;t que possible nous acc&eacute;l&eacute;rerons le rythme et les moteurs tourneront jour et nuit&nbsp;!&nbsp;&raquo;. Je me demandais ce qu'il allait advenir de la pauvre T&auml;her, qui tous les jours arrivait au repas du soir compl&egrave;tement &eacute;reint&eacute;e par la journ&eacute;e qu'elle avait pass&eacute;e agripp&eacute;e &agrave; son gouvernail. De tout l'&eacute;quipage, elle &eacute;tait certainement celle qui disposait du moins de temps libre, les suivants dans la liste &eacute;tant les mousses. Cependant, je n'avais pas &agrave; me plaindre. M&ecirc;me les jours de nettoyage intensif de la N&eacute;buleuse ne m'&eacute;taient pas si d&eacute;sagr&eacute;ables. Le travail requ&eacute;rait si peu d'activit&eacute; intellectuelle que les mouvements devenaient m&eacute;caniques et l'on les effectuait sans m&ecirc;me y penser, ce qui me laissait le loisir de laisser cheminer mon esprit comme bon me semblait, et j'&eacute;tais souvent si profond&eacute;ment perdu dans mes pens&eacute;es que les heures passaient sans m&ecirc;me que je ne m'en rende compte. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le repas &eacute;tait cependant un moment que j'attendais souvent avec impatience. Il se d&eacute;roulait &agrave; table tout un tas de discussions et de d&eacute;bats entre tous mes compagnons, que je me plaisais &agrave; &eacute;couter, souvent sans faire la moindre intervention. Beaucoup de notions et de d&eacute;tails m'&eacute;chappaient encore, et j'&eacute;tais admiratif de toutes les connaissances du reste de l'&eacute;quipage. C'&eacute;tait pour moi une v&eacute;ritable d&eacute;lectation que d'&ecirc;tre l&agrave;, parmi eux. Eux qui semblaient si vivants, si engag&eacute;s dans ce en quoi ils croyaient, si authentiques. J'aimais les &eacute;couter parler, pol&eacute;miquer, &eacute;changer. Quant &agrave; moi je ne perdais pas une occasion d'en apprendre plus sur ce monde duquel je ne savais rien. Lorsque j'arrivai &agrave; table, ce soir-l&agrave;, je la trouvai anim&eacute;e encore une fois par d'intenses discussions. Je m'assis et &eacute;coutait Tokus, qui semblait en profond d&eacute;bat avec ses voisins de tabl&eacute;e. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Le probl&egrave;me d'Eleis, fit-il en brandissant sa fourchette de fa&ccedil;on accusatrice, c'est que le savoir y est trop morcel&eacute;. Toutes les informations dont nous disposons, nous autres Corsaires, ne sont accessibles qu'&agrave; nous, et encore, par petites bribes, comme si on les emp&ecirc;chait de franchir une fronti&egrave;re imaginaire. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je ne vois pas &ccedil;a comme &ccedil;a, r&eacute;pondit vivement Drizzt (que c'&eacute;tait bien la premi&egrave;re fois que je voyais engag&eacute; dans une discussion de ce genre). Le savoir flue, m&ecirc;me si on ne s'en rend pas compte en tant qu'individu isol&eacute; du reste de la collectivit&eacute;. C'est bien la charge de tous les Tuteurs, d'ailleurs, qui sont r&eacute;ceptacles de ce savoir et vous l'ont retransmis &agrave; tous&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ce qui ne l'emp&ecirc;che pas de stagner&nbsp;! reprit le chasseur qui s'exprimait avec sourire et conviction. On ressasse toujours les m&ecirc;mes choses, et le filon d'informations qui a &eacute;t&eacute; d&eacute;terr&eacute; d'on ne sait o&ugrave; s'&eacute;puise petit &agrave; petit. Je consid&egrave;re d'ailleurs que c'est un des devoirs que nous avons envers le monde, nous qui avons la chance de pouvoir le parcourir&nbsp;: pourquoi ne pas nous charger de l'explorer plus en d&eacute;tails&nbsp;? D'approfondir les connaissances que nous en avons d&eacute;j&agrave;&nbsp;? &Ccedil;a, &ccedil;a ferait avancer les choses&nbsp;! </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est d&eacute;j&agrave; le cas, non&nbsp;? fit remarquer Elke. Le carnet de route du capitaine, par exemple, qui doit r&eacute;guli&egrave;rement &ecirc;tre lu par les membres du Minist&egrave;re, le routier &eacute;galement qui se doit d'apporter des pr&eacute;cisions aux cartes d'Eleis...</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: Times New Roman,serif;">- Mais tout &ccedil;a, &ccedil;a tourne en rond, reprit T&auml;her, elle aussi impliqu&eacute;e dans la discussion. Les seuls &agrave; poss&eacute;der la totalit&eacute; de ces informations sont les membres du Minist&egrave;re, et libre &agrave; eux ensuite d'en faire ce que bon leur semble&nbsp;! Je suis d'accord avec Tokus sur ce point l&agrave;. Il y a comme une entrave &agrave; l'information, qu'elle soit volontaire ou non, elle est l&agrave;. Et puis, m&ecirc;me si certains d'entre nous ont la t&acirc;che d'apporter des pr&eacute;cisions aux connaissances de base, jamais ces pr&eacute;cisions ne pourront &ecirc;tre r&eacute;volutionnaires, puisqu'on ne nous permet pas de d&eacute;vier de notre trajectoire et de la t&acirc;che qui nous est incomb&eacute;e&nbsp;!Tous les &eacute;quipages de Corsaires empruntent toujours les m&ecirc;mes routes entre les villes apr&egrave;s tout, ou &agrave; peu de choses pr&egrave;s. Comment voulez-vous qu'on d&eacute;couvre de nouveaux &eacute;l&eacute;ments de notre monde si on ne sort pas des chemins battus&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Exact, fit Hakks. Je pense que des programmes d'exploration devraient &ecirc;tre inclus dans les principaux objectifs des Corsaires. On sait si peu de choses de ce qui nous entoure&nbsp;! C'est aussi notre r&ocirc;le que de laisser notre trace l&agrave; o&ugrave; nous passons, en enrichissant le patrimoine que nous poss&eacute;dons&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Il ne faut pas m&eacute;langer les choses, argumenta le second. Ce sont l&agrave; deux t&acirc;ches bien distinctes, et je ne pense pas qu'il soit possible de mener les deux simultan&eacute;ment. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais qui s'en chargera dans ce cas, &agrave; part nous&nbsp;? s'exclama Tokus, qui semblait prendre un r&eacute;el plaisir &agrave; ce d&eacute;bat. Qui de mieux plac&eacute; pour explorer Eleis que les Corsaires&nbsp;? De plus, m&ecirc;me si effectivement nous apportons un certain lot d'informations suppl&eacute;mentaires, elles sont gard&eacute;es jalousement comme un petit bijou ch&eacute;ri par son avare propri&eacute;taire&nbsp;! Pourquoi n'a-t-on pas acc&egrave;s par exemple aux d&eacute;couvertes et aux r&eacute;flexions des &eacute;quipages des autres villes, qui ont sillonn&eacute; le Dehors avant nous&nbsp;? Et pourquoi ne pourrait-on pas avoir un libre acc&egrave;s &agrave; ce savoir&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- L&agrave;, ce sont encore d'autres donn&eacute;es qui entrent en jeu, grommela Drizzt. Dans les circonstances actuelles, toutes les cit&eacute;-bulles sont un peu dans la d&eacute;fensive et le savoir procure le pouvoir. Ce serait vendre leurs armes que d'exposer leurs connaissances au monde entier. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh bien, &ccedil;a me donnerait presque des ambitions de changer le monde, fit Hakks en souriant. Je veux dire, un monde qui n'arrive pas &agrave; emmagasiner son savoir de fa&ccedil;on coh&eacute;rente ne peut pas aller de l'avant&nbsp;! Que sait-on par exemple de l'histoire de ceux qui ont v&eacute;cu avant nous&nbsp;? Tr&egrave;s peu de choses, h&eacute;las&nbsp;! Seules les l&eacute;gendes nous le content encore. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Il est difficile de mener de telles recherches, fit remarquer Elke. Les derniers vestiges des civilisations d'autrefois se trouvent dans la m&eacute;moire collective, et il serait difficile de les d&eacute;terrer. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Et moi je dis qu'on s'obstine simplement &agrave; fermer les yeux sur tout &ccedil;a, reprit Hakks. Et il existerait une solution simple pour se r&eacute;approprier nos connaissances et notre pass&eacute;&nbsp;!</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">L'assembl&eacute;e lui jeta un regard &eacute;nigmatique, mais le chasseur n'eut pas &agrave; pr&eacute;ciser sa pens&eacute;e puisque Sirus, assis un peu plus loin, s'en chargea, et l'explication fut donn&eacute;e en un seul mot. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Yldune. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le souvenir de la l&eacute;gende que nous avaient cont&eacute;e les chasseurs le soir du d&eacute;part me revint. Yldune &eacute;tait la cit&eacute; construite par la jeune fille du m&ecirc;me nom sur l'archipel cr&eacute;nel&eacute;, la s&oelig;ur de la fameuse fratrie, qui s'&eacute;tait enivr&eacute;e de savoir. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mais c'est une l&eacute;gende... fit Elke dans un souffle. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ah&nbsp;! M&eacute;canicienne ador&eacute;e&nbsp;! Ton manque de fantaisie me d&eacute;&ccedil;oit&nbsp;! s'exclama Tokus en riant. Je pense qu'il est bien temps de croire aux l&eacute;gendes, dans ce cas&nbsp;! C'est tout ce qu'il nous reste, apr&egrave;s tout. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Sirus acquies&ccedil;a et d&eacute;clara&nbsp;:</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je crois moi aussi &agrave; l'existence de cette cit&eacute;, j'esp&egrave;re avoir l'honneur de m'y rendre un jour. Il serait n&eacute;cessaire d'approfondir plusieurs points fondamentaux de notre pass&eacute;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Exact, approuva T&auml;her. On n'est m&ecirc;me pas capable de remonter plus d'une paire de si&egrave;cles en arri&egrave;re... l'essor des cit&eacute;-bulles, la naissance des &eacute;quipages de Corsaires, et quoi de plus, finalement&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- En ce qui me concerne, j'aimerais remonter encore plus loin que &ccedil;a, fit Sirus. Beaucoup de choses me troublent. Une en particulier, &agrave; vrai dire. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le routier ayant d&eacute;j&agrave; gagn&eacute; le respect de la plupart de l'auditoire dans les jours qui avaient pr&eacute;c&eacute;d&eacute;, tous sentirent qu'il allait en dire plus sur ces questions qui le taraudaient et lui port&egrave;rent soudainement une attention religieuse, moi y compris. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Il y a, dans notre pr&eacute;sence m&ecirc;me sur cette terre, quelque chose qui me para&icirc;t illogique. Dans votre cas, fit-il en d&eacute;signant du regard les deux chasseurs, peut-&ecirc;tre avez vous &eacute;t&eacute; amen&eacute;s au m&ecirc;me raisonnement que moi. N'avez-vous pas remarqu&eacute; comme la faune du Dehors est formidablement bien adapt&eacute;e &agrave; la vie sauvage, et &agrave; affronter toutes ces intemp&eacute;ries qui font la grande difficult&eacute; des &eacute;quipages de Corsaires&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Les deux chasseurs approuv&egrave;rent en riant. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Oh, &ccedil;a oui&nbsp;! fit Tokus. J'ai plus d'une fois &eacute;t&eacute; pris de l'envie de devenir une gouaille, ou un klammphe &ndash; bien que ce soit pas tr&egrave;s joli &agrave; voir &ndash;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Reprenant son s&eacute;rieux, il s'expliqua aupr&egrave;s de nous tous, qui ne saisissions pas tr&egrave;s bien o&ugrave; il voulait en venir. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Je veux dire, c'est tout de m&ecirc;me dingue que toutes ces petites bestioles qu'on &eacute;tudie depuis maintenant un sacr&eacute; paquet d'ann&eacute;es, Hakks et moi, vivent avec tant de facilit&eacute; dans ce milieu qui est pourtant relativement hostile. On peut les trouver moches, b&ecirc;tes, repoussantes, terrifiantes, ou que sais-je encore, mais on ne peut nier qu'elles ont su s'accoutumer aux caprices du Dehors, tandis que nous, grands penseurs et grands cr&eacute;ateurs, qui avons accompli des choses ph&eacute;nom&eacute;nales de par le monde, nous sommes t&eacute;tanis&eacute;s devant une temp&ecirc;te magn&eacute;tique&nbsp;! Ce qui pour les Corsaires est une guerre de tous les instants contre le Dehors est pour eux leur foyer, tout simplement. C'est leur habitat naturel, et ils y vivent sans aucune difficult&eacute;&nbsp;! Et nous, malgr&eacute; les ann&eacute;es, on demeure incapables de s'adapter. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Elke hocha la t&ecirc;te avec un sourire. Sans doute &eacute;tait-elle comme moi en train de se projeter l'image mentale de nos deux chasseurs transform&eacute;s en qui sait quels animaux &eacute;tranges et exotiques. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est pr&eacute;cis&eacute;ment l&agrave; que je veux en venir, reprit Sirus. &Ccedil;a ne vous para&icirc;t pas &eacute;trange que nous, petits humains, comme tu dis, ayons &eacute;merg&eacute; et surv&eacute;cu dans un monde qui nous est hostile&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Comment &ccedil;a&nbsp;? intervint T&auml;her, les sourcils fronc&eacute;s.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est comme si le processus de la s&eacute;lection naturelle ne s'&eacute;tait pas appliqu&eacute; &agrave; nous, expliqua Sirus. Dans tous les &eacute;cosyst&egrave;mes de ce monde, on retrouve les m&ecirc;mes ph&eacute;nom&egrave;nes, les chasseurs pourront vous en parler bien mieux que moi&nbsp;: les races fortes sont amen&eacute;es &agrave; survivre, tandis que les races faibles disparaissent, et ce de fa&ccedil;on naturelle, qu'elles soient d&eacute;vor&eacute;es par leurs pr&eacute;dateurs ou annihil&eacute;es par le milieu lui-m&ecirc;me, auquel elles ne r&eacute;ussissent pas &agrave; s'adapter. Hors, nous les humains, nous ne sommes clairement pas adapt&eacute;es &agrave; notre milieu&nbsp;! Si c'&eacute;tait le cas, les cit&eacute;-bulles n'existeraient pas, et nous vivrions tous dans le Dehors, en libre circulation.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le monde utopique qu'il &eacute;voquait semblait si invraisemblable que je demeurai, les yeux grand ouverts, tentant de me repr&eacute;senter la chose... non, c'&eacute;tait tout bonnement inimaginable. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Nous avons donc construit des d&ocirc;mes et beaucoup d'autres proc&eacute;d&eacute;s pour nous prot&eacute;ger de ce monde, et comme vous pouvez le constater, nous survivons tr&egrave;s bien &agrave; l'heure actuelle, mais il y a d&eacute;cid&eacute;ment un myst&egrave;re l&agrave;-dessous. Car nous ne sommes pas n&eacute;s avec toute cette technologie entre les mains. Tout ce que nous connaissons et qui nous est familier est le produit de l'&eacute;volution&nbsp;: nos villes, nos maisons, nos appareils... ce vaisseau lui-m&ecirc;me, d'ailleurs&nbsp;! Imaginez-vous, que se passerait-il si nous nous retrouvions, tout d'un coup, vous et moi, largu&eacute;s dans le Dehors, sans rien, sans outils, sans habits pour nous prot&eacute;ger du froid, sans armes, sans m&ecirc;me avoir la connaissance n&eacute;cessaire pour recr&eacute;er toute cette technologie autour de nous&nbsp;? La r&eacute;ponse est simple&nbsp;: nous ne tiendrions pas dix jours&nbsp;! </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Le routier semblait avoir plong&eacute; tout le monde dans une grande r&eacute;flexion, et pour ma part, bien que le sujet me fascin&acirc;t, la conversation me semblait absurde au plus haut point. J'avais tellement &eacute;t&eacute; habitu&eacute; &agrave; penser selon le m&ecirc;me syst&egrave;me qu'il m'&eacute;tait &agrave; pr&eacute;sent difficile de me d&eacute;faire de tout ce que j'avais toujours connu. Mais la question m&eacute;ritait effectivement d'&ecirc;tre fouill&eacute;e. Qu'y avait-il eu avant&nbsp;? Comment &eacute;tait l'homme &agrave; ses origines&nbsp;? Qu'est-ce qui avait permis sa survie &agrave; la surface de ce monde hostile&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est tr&egrave;s pertinent, ce que tu dis l&agrave;, fit Drizzt, le menton englouti dans sa grande main calleuse, d'ailleurs des recherches ont d&ucirc; &ecirc;tre men&eacute;es l&agrave;-dessus, il faudrait se renseigner. La seule hypoth&egrave;se plausible serait... que nous soyons arriv&eacute;s d'ailleurs. D'une autre zone, d'un autre continent, qui ne serait pas r&eacute;gi par les m&ecirc;mes r&egrave;gles et o&ugrave; le magn&eacute;tisme n'existerait pas, ou presque pas. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">L'hypoth&egrave;se &eacute;tait s&eacute;duisante, et je vis briller les yeux de tous mes camarades en s'imaginant un monde o&ugrave; les vies des hommes ne seraient pas r&eacute;gies par les caprices du Dehors et de ses col&egrave;res magn&eacute;tiques. Un tel monde &eacute;tait-il possible&nbsp;? C'&eacute;tait &agrave; la limite de l'inenvisageable. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Sirus acquies&ccedil;a. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- En effet, c'est aussi une des th&eacute;ories auxquelles j'ai abouti. Mais j'ai une autre hypoth&egrave;se... </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Toute l'assembl&eacute;e semblait pendue &agrave; ses l&egrave;vres. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Il se peut &eacute;galement qu'il se soit pass&eacute; quelque chose. Qu'Eleis n'ait pas toujours &eacute;t&eacute; tel que nous le connaissons, qu'il ait &eacute;t&eacute; autrefois plus tranquille et donc viable pour nous les hommes. Dans ce cas, cela signifie qu'un jour serait subvenu un cataclysme, ou je ne sais quoi, qui aurait profond&eacute;ment chang&eacute; toute la constitution d'Eleis, et aurait g&eacute;n&eacute;r&eacute; ces anomalies magn&eacute;tiques qui nous contraignent tant aujourd'hui. C'est une autre explication possible. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- C'est impossible&nbsp;! s'exclama Elke. La premi&egrave;re hypoth&egrave;se me semble fond&eacute;e, mais dans ce cas-l&agrave;, c'est totalement insens&eacute;. Les ph&eacute;nom&egrave;nes magn&eacute;tiques sont dus &agrave; la Lymbe, tu dois bien le savoir. Il en existe des quantit&eacute;s monstrueuses, juste l&agrave;, sous nos pieds, et c'est ce minerai qui g&eacute;n&egrave;re tous ces tourments sur Eleis. Un cataclysme, aussi monumental qu'il soit, n'aurait jamais pu avoir un impact si profond sur l'environnement. Un cataclysme peut d&eacute;truire, mais il ne peut pas transformer. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">L'argument d'Elke &eacute;tait perspicace, mais laissa tous mes compagnons dans un d&eacute;sarroi total. De toute &eacute;vidence, personne ici n'avait jamais r&eacute;fl&eacute;chi &agrave; ce genre de questions, ou du moins, personne n'aurait pu apporter de th&eacute;ories plus convaincantes. En ce qui me concernait, c'&eacute;tait une th&eacute;matique tout &agrave; fait nouvelle pour moi. Les origines. Nos origines. La question me fascinait, et un vertigineux tourbillon mental s'&eacute;tait d&eacute;cha&icirc;n&eacute; dans mon esprit. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Sirus hocha les &eacute;paules, comme si l'intervention d'Elke le laissait de glace. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ce sont mes hypoth&egrave;ses. Je ne pr&eacute;tend pas d&eacute;tenir la v&eacute;rit&eacute;. Mais les deux m&eacute;ritent d'&ecirc;tre r&eacute;fl&eacute;chies. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">S'ensuivit un tel chaos autour de la table qu'il &eacute;tait difficile de discerner les opinions des uns et des autres. Nous &eacute;tions tous s&eacute;duits par la perspective de nous d&eacute;couvrir des origines que nous nous ignorions, et c'&eacute;tait comme si la probl&eacute;matique introduite par Sirus venait d'ouvrir une nouvelle porte. Pour ma part, je me rendais chaque jour un peu plus compte que le Dehors n'avait pas fini de nous surprendre, et que la liste des myst&egrave;res &agrave; &eacute;lucider &eacute;tait bien plus longue que ce &agrave; quoi je m'attendais. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Toutes ces questions que nous commencions &agrave; nous poser &eacute;taient les pr&eacute;mices de l'incroyable parcours qui serait le n&ocirc;tre, et qui, par bien des aspects, diff&eacute;rerait totalement de tout ce qui avait &eacute;t&eacute; fait auparavant. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Jilal] </strong></span>J'aime pas ce besoin bizarre qu'ils ont tous de se chercher comme &ccedil;a pour se d&eacute;couvrir. Comme une meute d'animaux qui gueulent haut et fort leurs convictions pour v&eacute;rifier qu'ils appartiennent bien &agrave; la m&ecirc;me horde. Y'a que le visage qui parle. Les paroles, c'est bien trop facile de les faire gonfler. Mais la face, &ccedil;a trompe pas, on ne la parasite pas&nbsp;! Et moi j'aime pas ce que j'y lis, sur leurs faces. Des fois y'a des &eacute;clats de folie qui transparaissent et qui m'disent rien qui vaille. J'ai peut-&ecirc;tre pas leurs connaissances mais je sais me m&eacute;fier. On m'aura pas, moi. D'ailleurs plus &ccedil;a va plus &ccedil;a me repousse de les voir faire leurs t&ecirc;tes pensantes. Parce que c'est pas stable, tout &ccedil;a. C'est pas assez s&eacute;curisant, toute cette affaire dans laquelle on s'est embarqu&eacute;e, et ils se sentent oblig&eacute;s de d&eacute;s&eacute;quilibrer cette masse grouillante d'incertitudes. Moi j'dis que &ccedil;a sert &agrave; rien tout &ccedil;a. Qu'il faut se pr&eacute;parer &agrave; affronter ce que la vie mettra sur notre chemin, voil&agrave;. Je suis s&ucirc;r que &ccedil;a leur flanque la frousse, qu'ils ont les jetons de se confronter &agrave; tout ce qui nous attend l&agrave; Dehors. J'ai pas peur, moi. Je suis increvable et je le sais. Ils portent tous leurs probl&egrave;mes sur eux et ils essaient de les planquer, mais &ccedil;a transpara&icirc;t jusque sur leurs yeux. J'les vois. Il aurait fallu des gens solides pour cette aventure, pourtant ils sont tous bourr&eacute;s de doutes jusqu'&agrave; la moelle, m&ecirc;me s'ils &eacute;taient tous seuls perdus avec eux-m&ecirc;mes ils se trouveraient encore des conflits. Je sais pas dans quel sens &ccedil;a va aller tout &ccedil;a. Alors je reste sur mes gardes, c'est tout. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Et puis y'a les montagnes dont on s'approche un peu plus chaque jour. Ils disent que demain on commencera la travers&eacute;e. Moi elles me tranquillisent ces montagnes. J'aime la force brute qu'elles d&eacute;gagent, j'me dis que si j'avais pu choisir j'aurais s&ucirc;rement grandi l&agrave;-bas, perch&eacute; quelque part, entre deux cailloux et trois brins d'herbes. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Et apr&egrave;s, y'aura Amskin. Amskin, on verra ce qu'elle nous r&eacute;serve. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Tokus] </strong></span>Au matin du huiti&egrave;me jour de navigation, nous avons commenc&eacute; &agrave; nous engouffrer dans les montagnes. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Dr&ocirc;les de bestioles, ces montagnes. C'est ce qu'on s'est dit, avec Hakks. Quand on &eacute;tait encore &agrave; quelques kilom&egrave;tres, elles faisaient presque peur. De lointaines silhouettes sombres d&eacute;chiquet&eacute;es, comme une longue rang&eacute;e de couteaux effil&eacute;s qu'on aurait plant&eacute;s l&agrave; pour nous barrer la route. Mais une fois engag&eacute; dedans, impossible de le ressentir de la m&ecirc;me fa&ccedil;on.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il y a quelque chose qui me touche, dans ce paysage d&eacute;sol&eacute;. Dans ces pentes vertigineuses, tellement raides qu'on ne pourrait pas y poser le pied sans d&eacute;gringoler aussi sec et aller se rouler dans la poussi&egrave;re quelques m&egrave;tres en contrebas. Dans ces cavit&eacute;s creus&eacute;es dans la roche noire, dont l'antre est toute tapiss&eacute;e d'ombre et r&eacute;gurgite des effluves de myst&egrave;re et d'humidit&eacute; qui titillent les sens. Dans ces coul&eacute;es de cailloux que les roches morcel&eacute;es ont sem&eacute;s au fil des ann&eacute;es, comme si la montagne se vomissait elle-m&ecirc;me. Comme s'il y avait une autre montagne dans la montagne. Et puis, ces altitudes. Ces pointes qui paraissent d&eacute;fier le ciel de leurs arrogants sommets, et qui &eacute;tirent leurs ombres titanesques &agrave; l'infini. C'est bien difficile &agrave; d&eacute;finir, mais il y a dans tout &ccedil;a une beaut&eacute; sauvage qui me fascine. J'ai la sensation de red&eacute;couvrir le Dehors. Apr&egrave;s les plaines verdoyantes et paradisiaques que nous venons de traverser pendant toute une semaine, nous d&eacute;couvrons une infime parcelle de ce qu'il est r&eacute;ellement, sans tricherie et sans artifices. Comme une femme au petit jour qui se r&eacute;veille toute emm&ecirc;l&eacute;e d'une nuit d'amour. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">J'aime les choses et les gens qui ne font pas semblant d'&ecirc;tre autre chose que ce qu'ils sont. Et le Dehors m'appara&icirc;t aujourd'hui dans une nouvelle dimension, plus secr&egrave;te, plus difficile &agrave; cerner. Il est moins &eacute;l&eacute;gant mais n'en est que plus s&eacute;duisant et plus profond. Il est brut. Hostile. Puissant. Authentique. Il est lui-m&ecirc;me. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Lazuli] </strong></span>Piloter la N&eacute;buleuse dans ces montagnes &eacute;tait bien plus ardu que ce &agrave; quoi nous avions eu affaire dans les plaines. Le col d'Echin&eacute;e, dans lequel nous nous &eacute;tions d&eacute;gag&eacute;, assurait un passage &agrave; peu pr&egrave;s d&eacute;gag&eacute; entre les sommets et les cr&ecirc;tes, mais il fallait parfois faire des prouesses pour se faufiler dans d'&eacute;troits passages sans s'accrocher aux arr&ecirc;tes des montagnes, comme s'il s'agissait d'un parcours d'obstacle. Une petite boule d'angoisse m'enserrait l'estomac tandis que j'&eacute;tais l&agrave;, sur le pont, &agrave; effectuer mes t&acirc;ches quotidiennes. La N&eacute;buleuse elle-m&ecirc;me semblait totalement inadapt&eacute;e &agrave; ce milieu, bien trop lourde et imposante. J'aurais aim&eacute;, l'espace d'une travers&eacute;e, devenir un de ces &eacute;tranges volatiles au bec ac&eacute;r&eacute; qui dominaient la montagne de leurs longues ailes couleur charbon. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Nous rencontr&acirc;mes un premier probl&egrave;me en d&eacute;but d'apr&egrave;s-midi, lorsque la N&eacute;buleuse, engag&eacute;e dans un chemin trop &eacute;troit, se prit les voiles dans un appendice rocheux &eacute;merg&eacute; du flanc de la montagne pour qui sait quelle bizarrerie de la nature. Il fallut plusieurs heures pour d&eacute;gager le vaisseau, qui semblait pris dans un &eacute;tau. Il &eacute;tait impossible de reculer ou d'avancer sans qu'une quelconque partie de la N&eacute;buleuse en fut d&eacute;t&eacute;rior&eacute;e, broy&eacute;e par les dents noires du massif. Nous d&ucirc;mes replier toutes les voiles de la proue, et d&eacute;ployer des tr&eacute;sors de d&eacute;licatesse et de pilotage pour sortir de ce traquenard sans rien endommager. Nous nous en sort&icirc;mes finalement avec pour seule blessure de guerre une longue et profonde estafilade sur le premier m&acirc;t, qui heureusement continua &agrave; porter les voiles et le nid-de-pie sans fl&eacute;chir. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je ressentais depuis une poign&eacute;e de jours un l&eacute;ger malaise, sans trop savoir &agrave; quoi il &eacute;tait d&ucirc;. Je ne d&eacute;sirais qu'une chose&nbsp;: pouvoir rentrer dans ma cabine, au terme des longues journ&eacute;es de navigation, m'y retrouver seule et me laisser aller au gr&eacute; de mes pens&eacute;es, me balader dans mon univers mental. Mais il &eacute;tait impossible &agrave; bord d'&ecirc;tre seul plus d'une poign&eacute;e de minutes. Le rythme des journ&eacute;es et les cabines communes emp&ecirc;chaient d'entretenir une r&eacute;elle intimit&eacute;, et celle-ci commen&ccedil;ait &agrave; me faire cruellement d&eacute;faut. J'en &eacute;tais plusieurs fois venue &agrave; m'enfermer dans une des cabines des sanitaires, pendant une heure ou deux, simplement pour avoir le loisir d'&ecirc;tre invisible aux yeux des autres et de m'isoler un peu de cette hyperactivit&eacute; qui &eacute;tait le lot quotidien &agrave; bord de la N&eacute;buleuse. Pourquoi avoir con&ccedil;u le vaisseau ainsi&nbsp;? Cela m'&eacute;chappait totalement. On ne pouvait compter sur un &eacute;quipage uni si chacun de ses membres ne disposait pas &eacute;galement d'un espace &agrave; soi. Ce manque de privacit&eacute; g&eacute;n&eacute;rait chez moi une foule d'&eacute;motions pressantes qui me d&eacute;stabilisaient. J'avais toujours manqu&eacute; d'&eacute;quilibre, et les conditions de l'&eacute;quipage n'arrangeaient pas les choses. Le conflit permanent que j'avais toujours d&ucirc; livrer avec moi-m&ecirc;me n'en devenait que plus complexe. Pour la premi&egrave;re fois depuis que notre aventure avait commenc&eacute;, je d&eacute;sirai m'en &eacute;carter. &Ecirc;tre partout, mais pas ici. Me d&eacute;faire de cette pression que je ressentais, indiciblement, peser sur mon esprit. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je croyais que les choses allaient changer. Je croyais que de m'engager pour cette longue errance &agrave; travers le Dehors allait &ecirc;tre un renouveau, une autre chance de repartir de z&eacute;ro. Je croyais que j'allais me r&eacute;inventer. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Cela faisait maintenant plus de deux semaines que j'avais d&eacute;couvert la N&eacute;buleuse et tout son &eacute;quipage, et je me devais de constater que je n'avais atteint aucun de ces objectifs implicites que je m'&eacute;tais fix&eacute;s mentalement. J'&eacute;tais toujours la m&ecirc;me Lazuli, tourment&eacute;e par le regard des autres, incapable de trouver ma place au sein d'un groupe et rong&eacute;e par des remords et des doutes sur ma propre condition. C'&eacute;tait un conflit int&eacute;rieur que je menais depuis de nombreuses ann&eacute;es. Le sch&eacute;ma &eacute;tait toujours le m&ecirc;me. Il y avait cette petite bestiole sournoise qui vivait en moi, et qui me privait de tous mes moyens d&egrave;s qu'il me fallait vivre en soci&eacute;t&eacute;. Je le savais, pourtant, que j'avais des choses &agrave; dire, des avis, des id&eacute;es &agrave; exprimer. Mais c'&eacute;tait comme si mes mots refusaient de franchir les imposantes barri&egrave;res &eacute;rig&eacute;es par mon esprit. Comme j'aurais voulu pouvoir les d&eacute;truire, ces barri&egrave;res. J'avais un tel besoin de me sentir int&eacute;ressante aux yeux des autres, qu'il m'&eacute;tait impossible de me d&eacute;tendre lorsque je me trouvais entour&eacute;e de plusieurs personnes. Je r&eacute;fl&eacute;chissais alors, beaucoup trop, comme toujours, je me distordais l'esprit dans toutes les dimensions possibles et imaginables pour essayer de parler des bonnes choses, celles qui int&eacute;ressent les autres, celles qui font mouche. Prof&eacute;rer les phrases qui attireraient sur moi des regards qui voudraient dire &laquo;&nbsp;tiens, celle-l&agrave;, elle sait r&eacute;fl&eacute;chir&nbsp;&raquo;. Et je r&eacute;fl&eacute;chissais tant, &agrave; quoi dire, comment, et pourquoi, que cela brisait toute spontan&eacute;it&eacute;, et m'emp&ecirc;chait de rire, de partager, de m'enthousiasmer. Je ne savais pas parler avec conviction. Je ne savais pas parler tout court. L'&eacute;norme besoin de reconnaissance que j'avais m'emp&ecirc;chait d'&ecirc;tre moi-m&ecirc;me, quelles que soient les circonstances. Et puis les autres m'impressionnaient. J'avais un genre de respect inn&eacute; pour eux tous qui d&eacute;-cr&eacute;dibilisait toutes mes prises de parole. Pourquoi ouvrir la bouche, petite Lazuli, quand tous ces gens sont l&agrave; autour de toi, ces gens qui savent de quoi ils parlent et qui font bien plus partie de ce monde que toi&nbsp;?</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Parfois, j'arrivais &agrave; m'y faire et &agrave; vivre avec sans trop me torturer. Et puis, certains jours, comme aujourd'hui, j'avais juste envie de me rouler en boule dans un coin et d'oublier totalement le monde ext&eacute;rieur. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il m'aurait fallu quelque chose. Une carapace. Elle m'avait toujours fait d&eacute;faut, celle-l&agrave;. Je n'avais jamais appris &agrave; me prot&eacute;ger. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Nabion] </strong></span>CARNET DE ROUTE&nbsp;: Jour 9</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Nous continuons donc la travers&eacute;e des montagnes, commenc&eacute;e hier matin. Ce n'est pas une mince affaire, et je crois que nous n'&eacute;tions pas encore assez exp&eacute;riment&eacute;s pour nous engager d'embl&eacute;e dans ce genre de terrain, qui semble min&eacute; de pi&egrave;ges pour nous qui n'avons connu jusqu'&agrave; pr&eacute;sent que les vertes plaines qui bordent Arrakas. Ce terrain accident&eacute; est difficile d'acc&egrave;s, et hier soir T&auml;her, notre pilote, a d&ucirc; continuer &agrave; man&oelig;uvrer le vaisseau jusqu'&agrave; pr&egrave;s de quatre heures du matin, ne trouvant pas de replat assez stable et assez imposant pour amarrer la N&eacute;buleuse. Elle a donc du continuer &agrave; piloter dans la nuit noire, la lumi&egrave;re des projecteurs solaires comme seule aide. Son &eacute;tat de fatigue &eacute;tait tel lorsqu'elle est all&eacute;e rejoindre sa couchette que nous avons repris la travers&eacute;e vers midi, ce matin, afin de lui laisser le temps de se reposer.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">La route est longue jusqu'&agrave; Amskin, nous commen&ccedil;ons &agrave; nous en rendre compte. Une fois que nous serons sortis des montagnes, il nous restera encore trois semaines de navigation. Si certains se montrent tr&egrave;s enthousiastes &agrave; l'id&eacute;e de s'engager encore plus profond&eacute;ment en territoire inconnu, je crois que d'autres sont assez impressionn&eacute;s par le Dehors et se passeraient bien de cette longue travers&eacute;e qu'il para&icirc;t de plus en plus utopique d'effectuer sans que ne surviennent d'incidents. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Cependant l'&eacute;quipage tient bien le coup et de fa&ccedil;on g&eacute;n&eacute;rale, et la motivation est toujours pr&eacute;sente. Nous faisons cap vers Amskin, et comptons bien arriver &agrave; bon port. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Neith] </strong></span><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">&Ccedil;a</span></span> faisait deux jours, maintenant, qu'on traversait les montagnes. Elles semblaient interminables, et la navigation &eacute;tait consid&eacute;rablement ralentie par les nombreuses pr&eacute;cautions que nous devions prendre afin d'&eacute;viter toute complication. Jamais encore la N&eacute;buleuse n'avait avanc&eacute; si lentement. Elle semblait rechigner &agrave; passer ce col, qui &eacute;tait pourtant notre seule option. Une fois qu'on s'y &eacute;tait engag&eacute;, mieux valait ne pas tourner les talons. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Moi, depuis deux ou trois jours, on ne pouvait pas dire que je croulais sous le travail. Oh, bien s&ucirc;r, une petite transmission de temps en temps, mais rien de bien important. Je passais donc la plus grande partie de mes journ&eacute;es &agrave; aller et venir sur le pont, &agrave; discuter avec le reste de l'&eacute;quipage, et &agrave; rendre visite &agrave; la pauvre T&auml;her, qui &eacute;tait plus agripp&eacute;e que jamais &agrave; son gouvernail. J'aurais tellement aim&eacute; pouvoir lui faciliter la t&acirc;che, et endosser une partie de son travail&nbsp;! Mais on m'avait pas form&eacute; pour &ccedil;a, moi, malheureusement. Je la voyais tous les jours extr&ecirc;mement concentr&eacute;e sur la navigation, d'autant plus que celle-ci devenait difficile dans les montagnes, tandis qu'elle lui demandait beaucoup moins d'efforts lorsque nous nous trouvions encore dans les plaines. J'essayais donc de lui rendre r&eacute;guli&egrave;rement visite afin d'enjoliver ses journ&eacute;es. C'&eacute;tait devenu comme un petit rituel. J'allais la voir dans la cabine de pilotage, je lui jouais des airs de kabutons, on parlait de tout et de rien. Et elle, trop concentr&eacute;e qu'elle &eacute;tait, &agrave; &eacute;tudier le terrain et &agrave; manipuler le vaisseau, elle ne se rendait pas compte que mes yeux la d&eacute;voraient, que chacun de ses gestes me faisaient fr&eacute;mir et que ses sourires me faisaient fondre de l'int&eacute;rieur. Comme j'aimais la regarder. T&auml;her avait beau &ecirc;tre la plus jeune, elle &eacute;tait pour moi la plus vivante et la plus exceptionnelle de tous &agrave; bord. J'aimais sa d&eacute;termination, j'aimais sa fa&ccedil;on de froncer les sourcils et de crisper les m&acirc;choires lorsqu'elle &eacute;tait en d&eacute;saccord avec quelqu'un, j'aimais sa capacit&eacute; &agrave; ne jamais se plier &agrave; l'avis de la majorit&eacute;, &agrave; penser librement. A &ecirc;tre d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment elle-m&ecirc;me. Cette femme me rendait dingue, comme aucune autre avant elle. Et chaque jour je la voyais avec d&eacute;lice c&eacute;der du terrain, s'ouvrir un peu plus &agrave; moi, rire et se confier. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Comme j'esp&eacute;rais qu'elle se laisserait aller, et qu'elle finirait par s'en remettre totalement &agrave; moi. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je poussai un soupir. J'&eacute;tais l&agrave;, assis seul sur le pont, mon kabuton sangl&eacute; sur mon torse, &agrave; jouer des m&eacute;lodies qui se voulaient aussi &eacute;tranges que l'univers qui nous environnait. Il faisait d&eacute;j&agrave; nuit noire depuis quelques heures, et seule la lumi&egrave;re blafarde des projecteurs solaires &eacute;clairait les montagnes d&eacute;chiquet&eacute;es, ce qui avait pour effet de d&eacute;cupler les ombres autour du vaisseau et le rendu &eacute;tait particuli&egrave;rement surr&eacute;aliste. On se serait cru dans un autre monde. Noir sur noir. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- H&eacute;, Neith&nbsp;! </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je me retournai vivement, surpris. C'&eacute;tait Jinko. Je souris. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Mon insomniaque pr&eacute;f&eacute;r&eacute;, le targuai-je. Encore des probl&egrave;mes pour dormir&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh oui, je suis fait comme &ccedil;a... fit-il en souriant. Tiens, je t'ai ramen&eacute; un truc. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il posa sur la rampe en face de moi une tasse fumante. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Qu'est-ce que c'est&nbsp;? m'enqu&eacute;ris-je. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Aucune id&eacute;e, c'est encore un truc &agrave; Beo. Mais c'est chaud, et &ccedil;a requinque. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je trempai mes l&egrave;vres dans le breuvage. C'&eacute;tait &acirc;pre et amer, et de toute &eacute;vidence alcoolis&eacute;. Dans tous les cas, &ccedil;a faisait sacr&eacute;ment du bien. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Et toi, qu'est-ce que tu fiches sur le pont&nbsp;? me demanda Jinko. R&eacute;veill&eacute; par Beo et ses ronflements, encore une fois&nbsp;? </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Non, non. Je suis simplement venu jouer quelques airs aux montagnes, parce que je suis un po&egrave;te &agrave; l'&acirc;me tortur&eacute;e, fis-je en riant. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Jinko sourit et m'encouragea &agrave; lui jouer quelque chose. Je m'ex&eacute;cutai, continuant, sur les m&ecirc;mes tons qu'auparavant, &agrave; faire danser ces m&eacute;lodies &eacute;tranges qui se r&eacute;verb&eacute;raient sur les parois des montagnes. Les claquement du kabuton se mariaient &eacute;tonnamment bien avec ce paysage st&eacute;rile, et c'&eacute;tait pour moi un d&eacute;lice que de jouer ces quelques morceaux d&eacute;cousus. J'avais l'impression de donner une voix aux montagnes. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Oh, regarde &ccedil;a l&agrave;-bas&nbsp;! s'exclama Jinko au bout de quelques minutes. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Je cessai imm&eacute;diatement de jouer et me concentrai sur la direction que pointait son doigt. Tout d'abord, je ne distinguai rien, puis fini par apercevoir une petite silhouette, un peu plus loin, qui grimpait sur une ar&ecirc;te et d&eacute;fiait la gravit&eacute; de fa&ccedil;on ahurissante. C'&eacute;tait une petite cr&eacute;ature qui devait faire la moiti&eacute; de la taille d'un humain, dont les jambes et les bras &eacute;taient curieusement longs, et qui se mouvait avec une v&eacute;locit&eacute; et une agilit&eacute; impressionnantes. Le pic &eacute;tait abrupt et &eacute;tait, d'un point de vue humain, la promesse d'une mort certaine pour quiconque se serait risqu&eacute; &agrave; l'escalader, mais cette cr&eacute;ature au pelage d'un brun sombre semblait se ficher &eacute;perdument du danger. Nous la regard&acirc;mes quelques minutes, avant qu'elle ne disparaisse, aval&eacute;e par l'obscurit&eacute;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Woah... fit Jinko avant d'avaler une longue gorg&eacute;e de son breuvage. Je me demande ce que c'&eacute;tait que &ccedil;a. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- &Ccedil;a, faudra le demander aux deux guignols, r&eacute;pondis-je. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Jinko ne fit aucun commentaire. Je savais pourtant qu'il les appr&eacute;ciait, et que la petite pique que je venais de lancer aux deux chasseurs aurait pu l'irriter, pourtant il ne dit rien et se garda de faire toute remarque. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">C'&eacute;tait quelque chose que j'appr&eacute;ciais chez Jinko. C'&eacute;tait un type simple, qui avait une certaine intelligence sociale et ne s'&eacute;nervait jamais pour des choses futiles. Ce qui n'&eacute;tait pas mon cas, et j'en &eacute;tais conscient. J'avais toujours eu un peu de mal &agrave; canaliser ma hargne et ma col&egrave;re, et en ce qui concernait les chasseurs, je n'aurais su dire pourquoi, mais il m'&eacute;tait impossible de contenir l'esp&egrave;ce de m&eacute;pris qu'ils m'inspiraient. Je remerciai mentalement Jinko de ne pas m'en faire le reproche. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ouais, finit-il par dire. C'est tout de m&ecirc;me dingue, qu'il y puisse y avoir de la vie ici. Comme quoi on n'a pas les m&ecirc;mes besoins fondamentaux pour vivre. Si &ccedil;a se trouve, les plaines qui nous semblent paradisiaques seraient pour lui un enfer et il n'y tiendrait pas plus de quelques jours.</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Et si &ccedil;a se trouve, lui-m&ecirc;me est en train de se dire qu'on est quand m&ecirc;me de dr&ocirc;les de bestioles, remarquai-je en souriant. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Jinko me regarda d'un air incr&eacute;dule et partit dans un grand &eacute;clat de rire, dans lequel je le rejoignis rapidement. Peut-&ecirc;tre &eacute;taient-ce les effluves de l'alcool qui nous faisaient rire ainsi, ou tout simplement l'incongruit&eacute; de la situation. Toujours est-il que c'&eacute;tait d&eacute;licieux d'&ecirc;tre l&agrave;, cach&eacute;s par le manteau de la nuit, partageant ces quelques moments avec complicit&eacute;. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Qu'est-ce que ce sera, la premi&egrave;re chose que tu feras en arrivant &agrave; Amskin&nbsp;? finit par me demander Jinko, lorsque nos rires se furent apais&eacute;s. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Retourner me balader dans le Dehors&nbsp;! r&eacute;pondis-je aussit&ocirc;t en souriant. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- J'me demande comment elle est, cette ville. Tu te rends compte que ce sera la premi&egrave;re fois qu'on mettra le pied dans une autre cit&eacute;-bulle qu'Arrakas&nbsp;? J'ai du mal &agrave; me repr&eacute;senter une ville qui soit diff&eacute;rente. Peut-&ecirc;tre m&ecirc;me que les gens seront diff&eacute;rents, qu'ils auront d'autres coutumes, d'autres fa&ccedil;ons de vivre, d'autres tronches&nbsp;! On ne sait pas. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- J'sais pas. Mais peut-&ecirc;tre que &ccedil;a nous faire un sacr&eacute; bien de d&eacute;couvrir autre chose. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Ouais. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il se tut, l'air profond&eacute;ment plong&eacute; dans ses pens&eacute;es. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Qu'est-ce qui se passait dans sa t&ecirc;te&nbsp;? J'aurais bien aim&eacute; le savoir. Il avait l'air d'&ecirc;tre parti tr&egrave;s loin. D'ailleurs, il y avait tout &agrave; parier que chacun des quatorze membres de notre &eacute;quipage nourrissait son esprit de pens&eacute;es bien singuli&egrave;res. Comment pouvait-il en &ecirc;tre autrement, dans les conditions auxquelles nous &eacute;tions soumis&nbsp;?</span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Encore une fois, j'&eacute;tais pris de cette bouff&eacute;e de chaleur, cette &eacute;motion caract&eacute;ristique d'un homme qui se rend compte qu'il est &agrave; l'aube de vivre des choses qui sortent de l'ordinaire. </span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Dink] </strong></span><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Au matin du dixi&egrave;me jour, on est arriv&eacute;s &agrave; un endroit &eacute;trange. Quoique, c'est vrai que depuis le d&eacute;part, on en voit, des choses &eacute;tranges. C'est dur &agrave; assimiler pour nos p'tites t&ecirc;tes embrum&eacute;es. On est des gringalets, des citadins qui viennent de sortir de leur trou, et moi &ccedil;a me sid&egrave;re &agrave; chaque fois qu'on tombe sur un coin o&ugrave; la nature a fait des folies. Je trouve &ccedil;a pas naturel. Pourtant c'est le Dehors qui a fait &ccedil;a. Et en fin de matin&eacute;e, on survolait une zone un peu turbulente. Le vaisseau arr&ecirc;tait pas de trembler, je crois que s'il aurait pu parler il aurait dit &laquo;&nbsp;bon, y'en a marre, je me barre&nbsp;&raquo;. On a du faire pas mal d'efforts pour pas aller se fracasser sur les rochers. C'est les perturbations magn&eacute;tiques caract&eacute;ristiques de l'altitude, qu'il a dit, le Lao. Moi je comprends pas tout, dans ces histoires. Je regarde, &ccedil;a me suffit.</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Et puis tout d'un coup, &ccedil;a s'est calm&eacute;, m&ecirc;me les moteurs ils ont baiss&eacute; un peu leur petit brouhaha quotidien. On est arriv&eacute;s dans un endroit un peu plus d&eacute;gag&eacute;, et l&agrave; tout &agrave; coup, on a vu l'horizon. &Ccedil;a voulait dire que la travers&eacute;e des montagnes &eacute;tait bient&ocirc;t termin&eacute;e, Nabion a dit qu'on sortirait ce soir si y'avait pas de d'incident. Pas trop t&ocirc;t&nbsp;! C'&eacute;tait joli, d'ailleurs. De voir se d&eacute;gager un peu le paysage derri&egrave;re tous les rochers noirs. Et puis, surtout, un peu plus loin en contrebas, y'avait un lac. C'&eacute;tait comme une &eacute;norme flaque d'eau contenue dans une cuvette naturelle form&eacute;e par la roche. L'eau &eacute;tait tr&egrave;s bleue, et y'avait l&agrave; quelques animaux bizarro&iuml;des qui s'abreuvaient. Ils ont tous d&eacute;camp&eacute; d&egrave;s qu'ils ont aper&ccedil;u le vaisseau. &Eacute;videmment, tout le monde s'est pr&eacute;cipit&eacute; sur le pont en montrant le petit lac du doigt. &laquo;&nbsp;Wow, regardez&nbsp;!&nbsp;&raquo;&nbsp;; &laquo;&nbsp;C'est magnifique&nbsp;!&nbsp;&raquo;&nbsp;; &laquo;&nbsp;Qui aurait cru qu'on trouverait de l'eau dans ces putains de montagnes&nbsp;!&nbsp;&raquo;. Tout &eacute;moustill&eacute;s qu'ils &eacute;taient, les autres. M&ecirc;me le capitaine, je crois que &ccedil;a lui a plu. Alors il a d&eacute;cid&eacute; qu'on amarrerait le vaisseau l&agrave; et qu'on mangerait au bord du petit lac. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">On est tous descendus, et c'est pas rien de le dire. C'&eacute;tait presque de l'escalade pour arriver jusqu'au lac, fallait trouver un chemin jusqu'&agrave; la cuvette, et le Nabot &eacute;tait tout tourment&eacute;, je crois qu'il avait peur que quelqu'un se casse un truc. Il aurait eu l'air malin, tiens, s'il s'&eacute;tait retrouv&eacute; avec un &eacute;quipage incomplet d&egrave;s les premiers jours de navigation. Mais on a fini par tous arriver entiers jusqu'au bord du petit lac. Beo avait amen&eacute; de quoi, et on a mang&eacute; l&agrave;. Les gens distribuaient des sourires de toutes parts. C'est vrai que &ccedil;a fait du bien, de se d&eacute;gourdir un peu les jambes. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Nabion] </strong></span><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Le paysage est incroyable. Rien que pour cette petite oasis qui nous est apparue comme un miracle au c&oelig;ur de ce terrain hostile, &ccedil;a valait la peine de passer par les montagnes. On est l&agrave;, tous assis au bord du lac, sur la roche noire et incroyablement lisse, et on surplombe d'immenses plaines qui sont &agrave; quelques kilom&egrave;tres plus avant. Les autres boivent, mangent et rient comme s'ils red&eacute;couvraient le plaisir simple d'&ecirc;tre l&agrave;, tous ensemble dans ce milieu extr&ecirc;me. L'eau du lac est incroyablement bleue. La roche a pris au fil des ann&eacute;es cette forme de cuvette qui lui permet de recueillir l'eau de pluie, et sans doute personne encore n'est-il venu souiller cet espace pur et enchanteur. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Hakks, T&auml;her et Elke ont m&ecirc;me tent&eacute; une petite baignade, mais ne sont pas rest&eacute;s bien longtemps dans l'eau. Elle est s&ucirc;rement monstrueusement froide. A cette altitude, &ccedil;a para&icirc;t normal. Depuis le d&eacute;but de la travers&eacute;e des montagnes, plus personne ne sort sans un bon v&ecirc;tement qui tient chaud au corps. Alors de les voir comme &ccedil;a, courir dans l'eau et hurler en s'aspergeant, c'est un dr&ocirc;le de spectacle. C'est pas moi qui me risquerait &agrave; en faire de m&ecirc;me. Le froid, &ccedil;a ne me r&eacute;ussit pas. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Les plaines que l'on aper&ccedil;oit &agrave; l'horizon s'annoncent bien diff&eacute;rentes de celles que nous avons travers&eacute;es auparavant. Tandis que les plaines d'Arrakas &eacute;taient luxuriantes, vertes et presque uniquement constitu&eacute;es d'herbes folles, l'herbe est l&agrave;-bas plus rase, et il y a beaucoup plus de v&eacute;g&eacute;tation, dont nous discernerons mieux les formes et les excentricit&eacute;s une fois sur place. C'est un nouveau paysage qui s'annonce, une nouvelle &eacute;tape de notre travers&eacute;e et une nouvelle fen&ecirc;tre ouverte sur l'incroyable diversit&eacute; du Dehors. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">C'est fou comme on r&eacute;apprend &agrave; appr&eacute;cier les petites choses de la vie lorsque l'on vient de traverser un milieu aussi st&eacute;rile et hostile. &Ccedil;a fait plusieurs jours que je n'avais pas vu mon &eacute;quipage aussi serein et heureux. Je remercie en silence les montagnes, malgr&eacute; toutes les angoisses qu'elles ont pu m'apporter. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Elke] </strong></span><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Ce que &ccedil;a fait du bien de se sentir faire partie du monde, de s'arr&ecirc;ter, de le d&eacute;couvrir, de l'examiner sous toutes ses coutures, de l'adopter et de se vautrer dedans. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">En r&eacute;int&eacute;grant ma couchette ce soir-l&agrave;, je me sentais profond&eacute;ment sereine et pr&ecirc;te &agrave; affronter tout ce que l'avenir nous r&eacute;servait. Le Sniffleur grimpa sur mon &eacute;paule pour venir s'y lover, et je sentis tomber un petit objet dur et froid au creux de mon cou. Je m'en emparai et me h&acirc;tai de l'examiner. C'&eacute;tait une petite pierre blanche polie, que mon compagnon sur pattes avait d&ucirc; chaparder quelque part lorsque nous avions fait une halte dans cette petite oasis.</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- O&ugrave; est-ce que t'as trouv&eacute; &ccedil;a, toi&nbsp;? fis-je en souriant. Une pierre blanche dans cette montagne toute noire, c'est pas anodin&nbsp;!</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Elke, arr&ecirc;te de parler toute seeeeule, grommela T&auml;her, d&eacute;j&agrave; &agrave; moiti&eacute; endormie. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">J'eus un petit rire en la voyant, toute entortill&eacute;e dans ses couvertures, assomm&eacute;e par le sommeil. C'est qu'elle en avait du boulot, la pauvre&nbsp;! </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Je me contentai d'octroyer une petite caresse au Sniffleur qui vint se blottir contre moi, comme &agrave; son habitude. J'avais d&eacute;cid&eacute;ment bien fait de r&eacute;cup&eacute;rer cette petite cr&eacute;ature. Plus les jours passaient, plus il m'amusait et je ressentais une singuli&egrave;re affection &agrave; mon &eacute;gard. C'&eacute;tait un petit complice de mes tribulations quotidiennes. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Je m'endormis, la pierre serr&eacute;e au creux de ma main. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Hakks] </strong></span><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Tokus, viens vite voir&nbsp;!</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">L'int&eacute;ress&eacute; grommela et se retourna dans son lit, me tournant ainsi le dos. Conscient qu'il ne tarderait pas &agrave; se venger d'une fa&ccedil;on ou d'une autre (il &eacute;tait comme &ccedil;a, le Tokus, il aimait qu'on soit quittes), je n'h&eacute;sitai qu'une poign&eacute;e de secondes avant de l'empoigner par les pieds et de le faire glisser de son lit. En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, il se retrouva par terre, emm&ecirc;l&eacute; dans ses draps. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Qu'est-ce qui te prend, bordel, vocif&eacute;ra-t-il, les yeux peinant &agrave; s'ouvrir. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">En guise de r&eacute;ponse, je lui adressai un sourire ravageur. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- J'esp&egrave;re que t'as une bonne raison pour me tirer du lit comme &ccedil;a... </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Oh que oui, et tu ferais mieux de te lever en vitesse, sinon tu vas rater quelque chose&nbsp;! Viens vite voir dehors&nbsp;!</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">R&eacute;ticent dans un premier temps, il finit par se lever et, dans ce qui semblait un effort supr&ecirc;me, &agrave; tenir en &eacute;quilibre sur ses jambes. Avec Tokus, je savais bien comment il fallait s'y prendre, faut dire que le bougre mettait une bonne demi-heure &agrave; &eacute;merger tous les matins&nbsp;! Aux grands maux les grands rem&egrave;des, il m'avait fallu le tirer du lit de fa&ccedil;on un peu brutale, mais c'&eacute;tait pour la bonne cause. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">J'eus presque &agrave; le tra&icirc;ner derri&egrave;re moi jusqu'au pont, mais lorsque nous arriv&acirc;mes et qu'il s'accouda &agrave; la rampe, il ouvrit de grands yeux. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- &hellip; Wow&nbsp;!</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Il me regarda d'un air interloqu&eacute;. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Eh ouais mon vieux&nbsp;! On est enfin sortis des montagnes&nbsp;! fis-je en riant. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Je m'&eacute;tais lev&eacute; de bonne heure ce matin, et c'est avec d&eacute;lices que j'avais constat&eacute; le changement autour de nous. Il avait &eacute;t&eacute; annonc&eacute; la veille que nous aurions quitt&eacute; les montagnes au soir, mais nous avions pris un peu de retard et il avait fallu attendre jusqu'&agrave; ce matin pour d&eacute;couvrir cette nouvelle tranche de Dehors qui s'offrait &agrave; nous. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Juste l&agrave;, en contrebas, s'&eacute;tendaient des plaines immenses, o&ugrave; l'herbe rase &eacute;tait d'une &eacute;trange couleur orang&eacute;e ce qui donnait un effet des plus saisissant. Plus impressionnante encore &eacute;tait la v&eacute;g&eacute;tation environnante. Les arbres qui poussaient l&agrave; en impressionnantes quantit&eacute;s formaient par endroits de petites for&ecirc;ts verdoyantes, bien que la majeure partie du territoire f&ucirc;t &agrave; d&eacute;couvert et ais&eacute;ment observable depuis le vaisseau. Comme si on l'avait mise &agrave; nu. Et quels arbres, d'ailleurs&nbsp;! Il y en avait de toutes tailles et de touts gabarits, mais tous arboraient cette ramification &eacute;trange&nbsp;: ils &eacute;taient tordus, leurs multiples branches s'entrela&ccedil;aient et s'emm&ecirc;laient p&ecirc;le-m&ecirc;le, formant des n&oelig;uds, des courbes et des formes des plus originales. La plupart des troncs eux-m&ecirc;mes d&eacute;crivaient des angles si exag&eacute;r&eacute;s qu'il &eacute;tait difficile de croire qu'il s'agissait l&agrave; r&eacute;ellement d'arbres et non pas d'exp&eacute;riences farfelues r&eacute;alis&eacute;es par un scientifique fou et laiss&eacute;es l&agrave;, &agrave; l'abandon. Le rendu d'ensemble &eacute;tait totalement insolite. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Et regarde par-l&agrave;, voil&agrave; ce que je voulais te montrer, fis-je en lui indiquant une direction du doigt. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Tokus se concentra et, encore une fois, fut &eacute;bahi par ce qu'il vit. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Oh ben &ccedil;a alors&nbsp;! Me dis pas que c'est...</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Des gouailles&nbsp;! Eh si, fis-je en souriant. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Les gouailles &eacute;taient d'&eacute;tranges bestioles qui nous avaient tous les deux captiv&eacute;s lorsque nous les avions &eacute;tudi&eacute;es. Pas bien grandes, elles mesuraient la moiti&eacute; d'un homme, voire l&eacute;g&egrave;rement plus pour les sp&eacute;cimen les plus d&eacute;velopp&eacute;s. Ces cr&eacute;atures &eacute;taient bien difficiles &agrave; d&eacute;finir. A mi-chemin entre le volatile et le mammif&egrave;re, leur corps tout entier &eacute;tait recouvert de plumes blanches et brunes, et leurs pattes muscl&eacute;es faisaient penser &agrave; celles d'un rat tandis que leurs puissantes ailes rappelaient celles des multiples oiseaux nocturnes qui peuplaient le Dehors. Leur visage &eacute;tait des plus atypiques. C'&eacute;tait une petite boule de plumes sur laquelle on distinguait deux &eacute;normes yeux, et rien d'autre. Ces cr&eacute;atures s'alimentaient de la s&egrave;ve de certains arbres, et disposaient donc d'un petit crochet, au niveau du menton, qu'elles plantaient dans le tronc pour ensuite aspirer le pr&eacute;cieux fluide. Et enfin &eacute;tait la queue, qui donnait aux gouailles cet aspect si loufoque. Une longue et fine queue, seule partie de leur corps d&eacute;pourvue de plumes, qui avait de multiples usages. Elles permettaient notamment un meilleur &eacute;quilibre en vol, ainsi que de s'enrouler autour des branches des arbres et de s'y pendre (c'est ainsi qu'elles dormaient&nbsp;! Chacun ses go&ucirc;ts, apr&egrave;s tout), et surtout, cette queue constituait leur principale arme contre les pr&eacute;dateurs. Sa pointe &eacute;tait en effet un dard redoutable, qui, lorsqu'il per&ccedil;ait les chairs, diffusait un dangereux venin qui avait t&ocirc;t fait de venir &agrave; bout de nombreux pr&eacute;dateurs. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Les gouailles &eacute;taient r&eacute;put&eacute;es pour leur attitude insolente et moqueuse. Elles se comportaient comme si elles &eacute;taient les reines de ce monde et narguaient all&egrave;grement tous leurs acolytes sur pattes, allant jusqu'&agrave; leur jeter des cailloux au moyen de leur queue (je crois que finalement, c'&eacute;tait l&agrave; l'aspect qui nous fascinait le plus chez ces animaux. Sans doute aurions-nous &eacute;t&eacute; nous-m&ecirc;mes des gouailles si nous l'avions pu). Espi&egrave;gles et curieuses par nature, elles &eacute;taient inoffensives si l'on ne se montrait pas agressif envers elles mais n'h&eacute;sitaient cependant pas &agrave; user de leur dard lorsqu'elles se sentaient menac&eacute;es. Et, surtout, c'&eacute;tait une esp&egrave;ce extr&ecirc;mement rare, que les plus exp&eacute;riment&eacute;s ne pouvaient se targuer d'avoir vue que quelques trois ou quatre fois dans leur habitat naturel.</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- G&eacute;nial&nbsp;! s'exclama Tokus. Le Dehors nous a fait une petite surprise&nbsp;!</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Si Rh&eacute;an pouvait voir &ccedil;a, ajoutai-je en riant au souvenir de notre Tuteur, qui lui aussi entretenait une certaine fascination pour les gouailles et n'avait h&eacute;las jamais eu l'occasion d'en voir. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Car c'&eacute;tait toute une petite horde de gouailles que nous pouvions voir en contrebas. Au nombre d'une demi-douzaine, elles &eacute;taient en pleine t&eacute;t&eacute;e de s&egrave;ve, et se repaissaient grassement, faisant fr&eacute;mir leurs ailes de contentement. L'occasion &eacute;tait tout bonnement incroyable. Jamais je n'aurais pens&eacute; en voir un jour, et surtout pas si t&ocirc;t. Surexcit&eacute;s, nous nous pr&eacute;cipit&acirc;mes vers le r&eacute;fectoire pour annoncer &agrave; tout le monde la nouvelle. Fallait qu'ils voient &ccedil;a de leurs propres yeux, tout de m&ecirc;me&nbsp;! </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[T&auml;her] </strong></span><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">C'&eacute;tait pour moi une v&eacute;ritable lib&eacute;ration de naviguer de nouveau dans de bonnes vieilles plaines, bien que celles-ci n'eurent rien &agrave; voir avec celles qui bordaient Arrakas. Enfin, je pouvais m'autoriser quelques pauses, et je pouvais faire d&eacute;crire &agrave; la N&eacute;buleuse de larges virages dans le ciel et acc&eacute;l&eacute;rer sans avoir cette peur de tous les instants d'aller fracasser le vaisseau contre un massif rocheux&nbsp;! C'&eacute;tait un v&eacute;ritable d&eacute;lice.</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Je me trouvais dans le r&eacute;fectoire avec tous les autres lorsque les deux chasseurs firent leur annonce. &laquo;&nbsp;Vous ne pouvez pas rater une opportunit&eacute; pareille&nbsp;&raquo; avait dit Hakks. &laquo;&nbsp;Ces cr&eacute;atures sont extr&ecirc;mement rares, &ccedil;a vaut le coup de les voir&nbsp;!&nbsp;&raquo;. Il n'aurait rien dit que &ccedil;a aurait &eacute;t&eacute; pareil. S'il y avait bien une chose qui fascinait tout le monde &agrave; bord, c'&eacute;tait la faune du Dehors. Quoi de plus exotique pour nous, qui ne connaissions rien &agrave; ce domaine, que les extraordinaires cr&eacute;atures qui vivaient l&agrave;, tout autour de nous&nbsp;? C'est ainsi que la quasi totalit&eacute; de l'&eacute;quipage se retrouva tr&egrave;s vite sur le pont, accoud&eacute;e &agrave; la rampe, &agrave; observer en contrebas les gouailles qui &eacute;tait sur le point d'achever leur festin de s&egrave;ve. Quelles curieuses cr&eacute;atures c'&eacute;taient l&agrave;&nbsp;! </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Elles sembl&egrave;rent se rendre compte de l'int&eacute;r&ecirc;t que nous leur portions, puisque, tr&egrave;s vite, elles commenc&egrave;rent &agrave; d&eacute;ployer leurs ailes et &agrave; voler dans notre direction. Quelques &laquo;&nbsp;oooh&nbsp;!&nbsp;&raquo; furent pouss&eacute;s dans l'&eacute;quipage, impressionn&eacute;s et sans doute un peu angoiss&eacute;s aussi. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- N'ayez pas peur, leur rappela Tokus. Les gouailles sont absolument inoffensives dans la mesure o&ugrave; vous ne vous montrez pas agressifs avec elles. Laissez-les jouer un peu, elles sont moqueuses, mais pas m&eacute;chantes&nbsp;! Et surtout, ne soyez pas brusques. &Ccedil;a pourrait mal finir. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Quelques instants plus tard, les premi&egrave;res d'entre elles posaient d&eacute;j&agrave; leurs pattes sur la rampe du pont et nous regardaient d'un air espi&egrave;gle. C'&eacute;tait tr&egrave;s impressionnant, et c'&eacute;tait la premi&egrave;re fois que je voyais un animal du Dehors d'aussi pr&egrave;s (autrement que dans mon assiette, bien entendu)&nbsp;! Elles commenc&egrave;rent &agrave; voleter autour de nous, en poussant des cris aigus qui se rapprochaient &eacute;trangement d'un rire humain. Je fus troubl&eacute;e de constater que les cr&eacute;atures n'avaient pas de bouche ni de bec, seulement cette petite pointe tout au bas de leur visage. C'&eacute;tait de l&agrave; que semblait sortir leurs cris, comme s'il s'agissait d'un instrument de musique. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Neith, intrigu&eacute;, approcha doucement sa main d'une des gouailles qui s'&eacute;tait pos&eacute;e juste &agrave; c&ocirc;t&eacute; de lui, sans doute dans l'espoir de pouvoir caresser son plumage. L'animal se retourna vivement, et Neith en fut si surpris qu'il sursauta puis tr&eacute;bucha pour s'&eacute;taler par terre, d&eacute;clenchant de nombreux rires parmi l'&eacute;quipage... et parmi les gouailles elles aussi&nbsp;! Elles semblaient surexcit&eacute;es et se mirent &agrave; tourner autour de Neith, faisant virevolter leurs queues pour l'examiner sous toutes ses coutures. Elles caressaient sa joue, soulevaient une m&egrave;che de ses cheveux, lui tiraient l'oreille... tout cela en poussant des rires &eacute;tranges. C'&eacute;tait tout bonnement incroyable &agrave; voir, et nous &eacute;tions tous fascin&eacute;s par le spectacle qui se d&eacute;roulait sous nos yeux. Les cr&eacute;atures semblaient extr&ecirc;mement habiles de leur queue, qu'elles pouvaient plier, d&eacute;ployer, tortiller comme bon leur semblait. En un sens, celles-ci semblaient tout aussi fonctionnelles (voire bien plus!) qu'une main humaine. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Elles finirent par se d&eacute;sint&eacute;resser de Neith, qui se releva, penaud et rouge de honte, et commenc&egrave;rent &agrave; examiner les autres et &agrave; les taquiner, jouant avec eux, les provoquant. J'observai Jilal, qui, tandis que les autres s'amusaient de l'espi&egrave;glerie des gouailles, semblait vouloir les chasser &agrave; grands coups de bras, d&eacute;rang&eacute; par leur pr&eacute;sence. Tokus intervint aussit&ocirc;t et lui somma de se tranquilliser pour &eacute;viter tout incident. Jilal ob&eacute;it &agrave; contrecoeur. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Le pont r&eacute;sonnait &eacute;tait maintenant noy&eacute; par la cacophonie des rires aigus et presque humains des gouailles, et l'on n'entendait plus que leurs cris et le chuintement de leurs ailes. Tout le monde semblait &eacute;merveill&eacute; par ce contact inesp&eacute;r&eacute;, et j'arborai moi aussi un large sourire, lorsque, soudain, l'une des gouailles se posa sur mon &eacute;paule, ce qu'aucune d'entre elles n'avait encore fait. Je me figeai instantan&eacute;ment, mais compris tr&egrave;s vite que celle-ci &eacute;tait sans doute un peu plus curieuse que les autres, et me soumis donc au minutieux examen que la bestiole semblait vouloir mener sur ma personne. Elle toucha mes cheveux, frotta sa t&ecirc;te contre mes mains, se percha sur le haut de mon cr&acirc;ne puis revint sur mon &eacute;paule, sembla s'int&eacute;resser de tr&egrave;s pr&egrave;s &agrave; mes oreilles... et puis, tout doucement, elle enroula sa longue queue tout autour de ma gorge, de mes &eacute;paules et de mon corps, comme si elle cherchait &agrave; s'emparer de tout mon corps et &agrave; s'unir &agrave; lui. &Eacute;trangement, je n'en fus nullement affol&eacute;e. En cet instant c'&eacute;tait comme si la cr&eacute;ature me communiquait toutes ses intentions. J'&eacute;tais elle, et elle &eacute;tait moi. Ce contact m'&eacute;merveillait au-del&agrave; de l'exprimable. Il me sembla presque voir la gouaille me sourire.</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Cela aurait pu continuer ainsi. Mais tout bascula en une seconde. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Sans que je comprenne r&eacute;ellement ce qui se passait, j'entendis une d&eacute;tonation, un cri strident qui r&eacute;sonna horriblement dans mes oreilles, et tombai au sol. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Jilal] </strong></span><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Elles m'inspiraient pas, ces bestioles, avec leurs sales tronches trop sournoises et moqueuses pour &ecirc;tre inoffensives. Et tous ces abrutis qui s'en amusaient comme des gosses. J'&eacute;tais sur mes gardes, moi. Pas question de me laisser amadouer. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Elles jouaient trop. Comme si on &eacute;tait leurs objets. Je sentais monter un sentiment d'ins&eacute;curit&eacute;. J'&eacute;tais donc le seul &agrave; r&eacute;aliser de ce qui &eacute;tait en train de se passer&nbsp;?</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Alors quand je la vis, celle-l&agrave;, commencer &agrave; entortiller sa queue d&eacute;gueulasse autour de T&auml;her, j'h&eacute;sitai pas une seconde. Y'avait une perforeuse accroch&eacute;e au mur &agrave; quelques m&egrave;tres de moi. Je m'en emparai. Et je tirai.</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><br/><br/></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><strong>[Tokus] </strong></span><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- JILAL PUTAIN&nbsp;! hurla une voix. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Tout &eacute;tait all&eacute; tr&egrave;s vite. Qui sait ce qui s'&eacute;tait pass&eacute; dans la t&ecirc;te de ce cr&eacute;tin de mousse, mais il avait tir&eacute; sur la gouaille, qui avait re&ccedil;u la pointe dans l'aile et avait pouss&eacute; un hurlement strident. Son dard avait fus&eacute; et s'&eacute;tait plant&eacute; dans l'&eacute;paule de Jilal, qui poussa un beuglement rauque avant de s'effondrer au sol. Les gouailles s'envol&egrave;rent dans une cacophonie de cris sinistres qui r&eacute;sonn&egrave;rent encore longtemps sur le vaisseau, qu'elles laiss&egrave;rent tapiss&eacute; de quelques plumes arrach&eacute;es dans la pr&eacute;cipitation des &eacute;v&eacute;nements.</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Une sourde col&egrave;re m'envahit. Bordel, il n'avait donc rien dans le cr&acirc;ne&nbsp;? Je me ruai sur lui, pr&ecirc;t &agrave; lui d&eacute;crocher la m&acirc;choire si cela avait pu r&eacute;parer son acte insens&eacute;. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Qu'est-ce qui t'as pris bordel ?! R&eacute;ponds&nbsp;! hurlai-je en lui ass&eacute;nant un coup de poing dans l'estomac, aveugl&eacute; par la col&egrave;re. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Jilal poussa un r&acirc;le et tressauta, courbant tout son corps pour encaisser le choc. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Il allait faire du mal &agrave; T&auml;her... il fallait que je l'abatte... parvint-il &agrave; marmonner entre deux spasmes. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- C'est pas possible d'&ecirc;tre aussi con putain&nbsp;! beuglai-je, insensible &agrave; ses grognements de douleur. Je vous avais pr&eacute;venus, bordel&nbsp;! Je vous avais pr&eacute;venu&nbsp;!</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Tokus, arr&ecirc;te&nbsp;! fit Hakks en s'emparant de mes bras, entravant tous mes mouvements. Tu t'occuperas de &ccedil;a plus tard&nbsp;! La gouaille l'a piqu&eacute;, il faut agir vite. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Rien &agrave; foutre&nbsp;! Ce b&acirc;tard se rend m&ecirc;me pas compte de ce qu'il vient de faire, vocif&eacute;rai-je. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Hakks me tira en arri&egrave;re et je basculai au sol. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Je crois bien que s'il ne m'avait pas retenu, j'aurais s&eacute;rieusement amoch&eacute; Jilal. Mais lorsque je me relevai, br&ucirc;lant de col&egrave;re, je r&eacute;alisai que le mousse &eacute;tait pris de tremblements et qu'une &eacute;cume blanch&acirc;tre lui &eacute;tait venue aux l&egrave;vres. Il toussait, se r&eacute;vulsait, se contorsionnait en touts sens. Le venin faisait d&eacute;j&agrave; son effet. Jilal, qui avait toujours paru invuln&eacute;rable, Jilal au corps taill&eacute; dans la pierre et &agrave; l'esprit plus solide que le roc, &eacute;tait en train de mourir sous nos yeux. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Poussez-vous&nbsp;! grogna Drizzt, qui arriva en courant et nous &eacute;carta d'un simple tour de bras, comme si nous n'&eacute;tions que de vulgaires insectes. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Le second avait r&eacute;agi au quart de tour. D&egrave;s que l'incident avait eu lieu, il s'&eacute;tait pr&eacute;cipit&eacute; &agrave; la salle de soins et s'&eacute;tait empar&eacute; d'un ustensile qui jusqu'alors m'&eacute;tait inconnu. Il s'agissait d'une sorte de petite pompe, qu'il se pressa d'appliquer sur l'&eacute;paule de Jilal apr&egrave;s avoir d&eacute;chir&eacute; la manche de sa chemise. Il tira sur la petite poign&eacute;e, et l'&eacute;trange instrument recracha une gerbe de venin bleut&eacute; m&ecirc;l&eacute;e au sang de Jilal. Il r&eacute;p&eacute;ta l'op&eacute;ration. Une fois. Deux fois. Trois fois. Au bout de plusieurs essais, il jeta la pompe sur le sol et d&eacute;clara d'un air grave&nbsp;:</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Il s'est &eacute;vanoui. Aidez-moi &agrave; l'amener jusqu'&agrave; l'infirmerie, il va falloir que je m'occupe de lui. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Juste derri&egrave;re, T&auml;her &eacute;tait prise de violents sanglots d'angoisse. Son visage &eacute;tait rouge, tous ses muscles contract&eacute;s &agrave; l'extr&ecirc;me, et elle avait empoign&eacute; ses cheveux, geste qui d&eacute;montrait chez elle un &eacute;tat de nerfs assez critique.</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Est-ce qu'il va s'en sortir&nbsp;? parvint-elle &agrave; articuler entre deux sanglots.</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">- Je ne sais pas, r&eacute;pondit honn&ecirc;tement le second. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Hakks s'empressa d'aller l'aider et prit Jilal par les pieds tandis que Drizzt le portait par l'avant de son corps, et ils s'en all&egrave;rent vers les cabines. Mon acolyte chasseur me jeta au passage un regard accusateur avant de s'engouffrer dans le vestibule et de dispara&icirc;tre de ma vue. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Je me sentis soudain vid&eacute; de toutes mes forces, et toute ma hargne avait disparu, comme si elle s'&eacute;tait &eacute;vapor&eacute;e. Je tombai agenouill&eacute; au sol, et tentai de ma&icirc;triser le flux torrentiel d'&eacute;motions contradictoires qui se d&eacute;versait en moi. Pourquoi avait-il fallu que &ccedil;a tourne comme &ccedil;a&nbsp;? Pourquoi d'une fa&ccedil;on aussi stupide&nbsp;? </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Un horrible sentiment de culpabilit&eacute; m'envahit. C'&eacute;tait moi qui avait invit&eacute; tous les autres &agrave; se rendre sur le pont. Moi qui avait provoqu&eacute; cet accident. Moi qui serais responsable de la mort de Jilal. Je pris ma t&ecirc;te entre mes mains, sonn&eacute;. Tout le reste de l'&eacute;quipage se tenait l&agrave;, derri&egrave;re moi, silencieux. Tous profond&eacute;ment choqu&eacute;s par ce qui venait de se passer. Seuls les sanglots incessants de T&auml;her venaient rompre ce silence &eacute;crasant. Neith et Elke s'empress&egrave;rent d'entourer la jeune pilote et de l'aider &agrave; se calmer, chose qu'ils ne r&eacute;ussirent qu'au bout d'une dizaine de minutes. T&auml;her devait elle aussi &ecirc;tre rong&eacute;e par la culpabilit&eacute;. </span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">Un &agrave; un, ils quitt&egrave;rent tous le pont, ne laissant derri&egrave;re eux que les plumes des gouailles, qui &eacute;taient comme autant de petits t&eacute;moins de l'horrible sc&egrave;ne qui venait d'avoir lieu. Je restai finalement seul, agenouill&eacute; sur le pont, une temp&ecirc;te cauchemardesque faisant rage dans mon cr&acirc;ne.</span></span></span></p>
<p style="text-indent: 1.55cm;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><span style="font-size: small;"><span style="font-weight: normal;">&Ccedil;a n'aurait pas d&ucirc; se passer comme &ccedil;a. </span></span></span></p><br /><br /><div class="article_sharebtns"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2F7-a23506996&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=65&amp;action=like&amp;font&amp;colorscheme=light&amp;height=21" scrolling="no" frameborder="0" style="border:none; overflow:hidden; width:65px; height:21px;" allowTransparency="true"><br /></iframe><iframe allowtransparency="true" frameborder="0" scrolling="no" src="http://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.html?url=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2F7-a23506996&amp;text=7&amp;count=none" style="width: 55px; height: 20px;"></iframe><span><g:plusone size="medium" count="true" href="http://magneticstorm.eklablog.com/7-a23506996"></g:plusone></span></div><br /><hr />Article original rédigé par Callirhoé et publié sur <a href="http://magneticstorm.eklablog.com">Magnetic Storm</a> <br /> Reproduction interdite sans autorisation]]></content:encoded>
		<pubDate>Fri, 11 Nov 2011 23:40:11 +0100</pubDate>
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		<dc:creator>Callirhoé</dc:creator>
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		<title><![CDATA[6]]></title>
		<link>http://magneticstorm.eklablog.com/6-a11949151</link>
		<description><![CDATA[&nbsp; &nbsp; [Nabion] C&rsquo;&eacute;tait d&eacute;j&agrave; le troisi&egrave;me jour de navigation, et la vie &agrave; bord semblait aller pour le mieux. &laquo;&nbsp;&Ccedil;a fait partie du processus&nbsp;&raquo; m&rsquo;avait expliqu&eacute; Lizbeth maintes et maintes fois. &laquo;&nbsp;Le d&eacute;but est toujours synonyme de joie, d&rsquo;enthousiasme et d&rsquo;&eacute;merveillement...]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article11949151_1.jpg?7053" alt="6"/></p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong><span style="font-size: 13pt;">[Nabion] </span></strong>C&rsquo;&eacute;tait d&eacute;j&agrave; le troisi&egrave;me jour de navigation, et la vie &agrave; bord semblait aller pour le mieux. &laquo;&nbsp;&Ccedil;a fait partie du processus&nbsp;&raquo; m&rsquo;avait expliqu&eacute; Lizbeth maintes et maintes fois. &laquo;&nbsp;Le d&eacute;but est toujours synonyme de joie, d&rsquo;enthousiasme et d&rsquo;&eacute;merveillement collectif. Profite de ces premiers jours, Nabion, car ils feront tr&egrave;s certainement partie des plus joyeux et agr&eacute;ables qu&rsquo;il vous sera donn&eacute; de vivre &agrave; bord de votre vaisseau. Mais m&eacute;fie-toi, surtout, car ces apparences sont trompeuses, elles ne durent qu&rsquo;un temps. Quel que soit votre parcours, une crise finira forc&eacute;ment par arriver. C&rsquo;est humain, et presque math&eacute;matique&nbsp;: une fois retomb&eacute;e l&rsquo;euphorie des d&eacute;buts, arrive une phase, difficile mais n&eacute;cessaire, de prise de conscience. Vous r&eacute;aliserez que vous en avez pour vingt ans, si ce n&rsquo;est plus, et que de nombreuses petites choses dysfonctionnent &agrave; bord, au niveau humain, au niveau mat&eacute;riel, au niveau pratique. Le moral des troupes sera bas. Et lorsque cette crise arrivera, toi, le capitaine, tu devras &ecirc;tre capable de la g&eacute;rer et de redonner du courage &agrave; tes hommes. Vous traverserez de nombreuses crises, Nabion, tu dois le savoir, car vous serez seuls, et personne au monde ne pourra comprendre ce que vous endurez. Ton r&ocirc;le est de savoir prendre en main ces crises. C&rsquo;est l&rsquo;une des nombreuses responsabilit&eacute;s qui p&egrave;sent sur tes &eacute;paules&nbsp;&raquo;.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, j&rsquo;avais rempli ma fonction de capitaine sans r&eacute;els incidents, et il &eacute;tait clair que tous mes Corsaires baignaient tous dans cette all&eacute;gresse du d&eacute;part. Chaque jour, en passant sur le pont, j&rsquo;en surprenais &agrave; regarder le Dehors avec les yeux charm&eacute;s des gens amoureux. Ils &eacute;taient conquis, tous, par cette beaut&eacute; et cette toute nouvelle libert&eacute;. Je les voyais rire tous les jours &agrave; table, &eacute;changer des id&eacute;es, des exp&eacute;riences de vie, des sourires et des pitreries. Je les voyais apprendre &agrave; se conna&icirc;tre, tout doucement, en se fr&ocirc;lant, en t&acirc;tonnant. Le peu de choses qui les s&eacute;parait initialement diminuait chaque jour. Je ne me ber&ccedil;ais n&eacute;anmoins pas d&rsquo;illusions, et savais bien que t&ocirc;t ou tard allaient &eacute;merger des tensions, des animosit&eacute;s, des humeurs noires et des disputes. Cependant, la petite troupe &eacute;tait pour le moment un exemple de fraternit&eacute; et de bonne humeur qui faisait plaisir &agrave; voir. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Quant &agrave; moi, je me r&eacute;veillais chaque matin les tripes nou&eacute;es par l&rsquo;angoisse. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Bien que tout se soit excellemment bien d&eacute;roul&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, je sentais une pression indicible peser sur moi. Une angoisse de tous les instants qui m&rsquo;interdisait le moindre laisser-aller. L&rsquo;avenir de l&rsquo;&eacute;quipage m&rsquo;inqui&eacute;tait beaucoup plus que ce que je ne l&rsquo;imaginais. Qu&rsquo;allait-il arriver lorsque la bonne humeur g&eacute;n&eacute;rale serait retomb&eacute;e&nbsp;? Comment saurais-je g&eacute;rer les potentielles crises &agrave; bord&nbsp;? Comment arriver &agrave; me faire respecter de mon &eacute;quipage&nbsp;? Toutes ces questions &eacute;taient autant de probl&egrave;mes qui me tourmentaient sans rel&acirc;che et me ramenaient &agrave; mon principal objectif&nbsp;: me faire ma place &agrave; bord. Certains, d&rsquo;une aisance spectaculaire, s&rsquo;&eacute;taient formidablement bien int&eacute;gr&eacute;s &agrave; l&rsquo;&eacute;quipe d&egrave;s le premier jour, quant &agrave; moi qui devais assumer la lourde fonction de capitaine je ne parvenais toujours pas &agrave; m&rsquo;imposer en tant que tel. Je captais parfois des rires sur mon passage, tr&egrave;s certainement dus &agrave; ma petite taille, et avais &eacute;galement rep&eacute;r&eacute; quelques Corsaires qui, lorsqu&rsquo;ils croyaient que je ne pouvais pas les entendre, m&rsquo;octroyaient le doux sobriquet de &laquo;&nbsp;Nabot&nbsp;&raquo;. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Bien &eacute;videmment je me gardais bien d&rsquo;exprimer ces quelques angoisses et m&rsquo;assurais d&rsquo;afficher constamment un air d&rsquo;homme imposant et s&ucirc;r de lui. Il &eacute;tait pour moi de la plus haute importance que jamais mon &eacute;quipage ne me voie en proie &agrave; des &eacute;motions fortes ou des pens&eacute;es n&eacute;gatives. Depuis ma plus tendre enfance je m&rsquo;&eacute;tais toujours repr&eacute;sent&eacute; le capitaine d&rsquo;un vaisseau comme un homme fort qui ne ployait jamais quelle que soit la difficult&eacute; de la situation endur&eacute;e. Le capitaine &eacute;tait guide et ma&icirc;tre. Le capitaine &eacute;tait l&rsquo;homme en lequel les autres puisaient leur courage lorsqu&rsquo;ils n&rsquo;en avaient plus. Et j&rsquo;&eacute;tais pour le moment loin de correspondre &agrave; cette image. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il &eacute;tait donc, pour l&rsquo;instant, hors de question pour moi de me laisser aller. Je devais pers&eacute;v&eacute;rer, quitte &agrave; &ecirc;tre quelque peu dur avec moi-m&ecirc;me, et faire chaque jour tous les efforts possibles pour ma&icirc;triser mon &eacute;quipage, lui montrer ma force, gagner leur confiance et surtout, surtout, leur respect. Je ne pouvais me permettre d&rsquo;&ecirc;tre leur camarade, puisqu&rsquo;il me fallait &ecirc;tre leur chef, et c&rsquo;&eacute;taient h&eacute;las deux choses bien distinctes. </span></p>
<p><span style="font-family: georgia,palatino;">&nbsp;</span><span style="font-family: georgia,palatino;">&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong><span style="font-size: 13pt;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; [Elke] </span></strong>Les repas &eacute;taient toujours d&rsquo;agr&eacute;ables moments &agrave; passer ensemble. Ceux qui avaient travaill&eacute; dans la matin&eacute;e profitaient de cette pause pour se d&eacute;tendre et oublier un instant qu&rsquo;ils &eacute;taient les maillons d&rsquo;une cha&icirc;ne destin&eacute;e &agrave; faire avancer cet immense bric-&agrave;-brac ambulant qu&rsquo;&eacute;tait la N&eacute;buleuse. Ils redevenaient alors de simples &ecirc;tres humains qui venaient discutailler et &eacute;changer des opinions autour d&rsquo;une table remplie de mets savoureux pr&eacute;par&eacute;s par les soins de notre cuisinier. Quant &agrave; ceux qui s&rsquo;&eacute;taient pr&eacute;lass&eacute;s toute la matin&eacute;e (dont, je l&rsquo;avoue, je faisais partie), c&rsquo;&eacute;tait &eacute;galement un plaisir de venir passer ces quelques moments d&rsquo;&eacute;change &agrave; table.</span></p>
<p><span style="font-family: georgia,palatino;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&rsquo;&eacute;tais aujourd&rsquo;hui assise en bout de table avec Hakks, Tokus et Sirus. La conversation tout au long du repas avait &eacute;t&eacute; tr&egrave;s anim&eacute;e &ndash; faut dire qu&rsquo;avec nos deux chasseurs dans les environs, on savait d&rsquo;avance &agrave; quoi s&rsquo;attendre&nbsp;! Ils avaient une fa&ccedil;on de raconter absolument sid&eacute;rante. Toutes les petites choses insignifiantes qui faisaient notre vie &agrave; bord semblaient prendre leur envol entre leurs l&egrave;vres pour devenir des sujets de discussion, de rires et de conversations &agrave; l&rsquo;infini. Ils avaient par ailleurs cet art de fonctionner &agrave; deux, de toujours rebondir sur les phrases de l&rsquo;autre. Y&rsquo;avait pas &agrave; dire, ceux deux-l&agrave; &eacute;taient en parfaite r&eacute;sonnance. C&rsquo;&eacute;tait &laquo;&nbsp;des cr&eacute;tins, certes, mais des cr&eacute;tins intelligents&nbsp;&raquo; comme se plaisait &agrave; le dire une grande partie de l&rsquo;&eacute;quipage depuis ce fameux soir o&ugrave; ils nous avaient tous s&eacute;duits avec cette belle l&eacute;gende.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;"><span style="font-family: georgia,palatino;">- Hakks, Elke, c&rsquo;est un plaisir de bavarder avec vous, fit Tokus, si, si, vraiment. Cependant il y a une personne &agrave; ma gauche avec qui je n&rsquo;ai pas encore eu l&rsquo;honneur de parler, et j&rsquo;aimerais rem&eacute;dier &agrave; cela, si c&rsquo;est possible. </span></p>
<p>&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il s&rsquo;agissait &eacute;videmment de Sirus, qui n&rsquo;avait effectivement pas ouvert la bouche depuis le d&eacute;but du repas. L&rsquo;intrigant Sirus, qui semblait ind&eacute;chiffrable et avec qui personne jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent n&rsquo;avait r&eacute;ellement r&eacute;ussi &agrave; nouer de liens. Le bonhomme semblait volontairement s&rsquo;envelopper d&rsquo;une aura de myst&egrave;re.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;"><span style="font-family: georgia,palatino;">L&rsquo;int&eacute;ress&eacute; n&rsquo;eut cependant pas l&rsquo;air de relever l&rsquo;allusion de Tokus, bien qu&rsquo;il r&eacute;sult&acirc;t &eacute;vident qu&rsquo;il l&rsquo;avait entendue, et continua &agrave; manger tranquillement sans m&ecirc;me lever les yeux de son assiette.&nbsp; </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Hakks prit donc la rel&egrave;ve. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Affirmatif, mon cher Toqu&eacute;. Je vois &agrave; quel homme t&eacute;n&eacute;breux vous faites allusion. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Je dirais m&ecirc;me plus, un homme t&eacute;n&eacute;breux dot&eacute; d&rsquo;une barbe, insista Tokus. Barbe qui incite le respect, par ailleurs. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Je ne pus m&rsquo;emp&ecirc;cher de sourire aux stupidit&eacute;s des gar&ccedil;ons, et guettai la r&eacute;action du routier. Il &eacute;tait risqu&eacute; de la part de Hakks et Tokus de s&rsquo;adresser &agrave; lui de la sorte. Je n&rsquo;aurais pas &eacute;t&eacute; &eacute;tonn&eacute;e que Sirus ait les deux chasseurs en horreur, lui qui &eacute;tait si calme et silencieux et eux qui n&rsquo;avaient de cesse de se faire remarquer. Pour ma part, le routier m&rsquo;inspirait une sorte de respect inn&eacute;. Il avait de la prestance, et un charisme tout &agrave; lui, si bien qu&rsquo;il en devenait un personnage&hellip; impressionnant. Oh, c&rsquo;est pas que j&rsquo;en avais peur&nbsp;! Mais il m&rsquo;impressionnait, je ne pouvais pas le nier. Je ne sais pas si j&rsquo;aurais &eacute;t&eacute; capable de tenir une conversation seule avec lui du d&eacute;but &agrave; la fin. Ce type d&eacute;gageait quelque chose de peu commun. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;"> Je m&rsquo;attendais presque &agrave; ce qu&rsquo;il jette aux chasseurs un regard noir et continue &agrave; manger sans rien dire, mais &agrave; ma grande surprise, il r&eacute;pondit (sans pour autant lever les yeux de son assiette)&nbsp;: </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Que voulez-vous savoir&nbsp;? </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il avait prononc&eacute; cette phrase d&rsquo;un ton tout &agrave; fait neutre et d&eacute;tach&eacute;. S&rsquo;il ne d&eacute;bordait pas d&rsquo;enthousiasme, il &eacute;tait pour le moins enclin &agrave; la discussion. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Je ne sais pas, camarade, je n&rsquo;sais pas&hellip; r&eacute;pondit Tokus. Mais quelque chose me dit que nous avons beaucoup &agrave; apprendre de toi. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Tokus, je suis du m&ecirc;me avis que toi, reprit Hakks, parfaitement synchronis&eacute; avec son partenaire comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un texte appris par c&oelig;ur. C&rsquo;est pourquoi je propose un th&egrave;me de conversation simple qui ne devrait co&ucirc;ter d&rsquo;efforts &agrave; personne&nbsp;: bien, nous avons tous &eacute;t&eacute; en formation pendant de longues ann&eacute;es et par cons&eacute;quent nous avons tous un savoir qui nous est propre. Chacun d&rsquo;entre nous quatre devra apprendre aux autres quelque chose qu&rsquo;il a appris. Quelque chose d&rsquo;un tant soit peu int&eacute;ressant, dans la mesure du possible, cela va de soi. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- &Ccedil;a me para&icirc;t une tr&egrave;s bonne id&eacute;e, affirmai-je, un sourire aux l&egrave;vres. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Fantastique&nbsp;! s&rsquo;exclama Hakks. Je vais commencer, si personne ne voit d&rsquo;objection. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il marqua quelques secondes de silence, comme s&rsquo;il prenait le temps de choisir soigneusement son anecdote. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Il existe un animal dans le Dehors appel&eacute; le klammphe aux propri&eacute;t&eacute;s bien particuli&egrave;res. Il est extr&ecirc;mement agressif et il est facile de se laisser gagner par la panique lors d&rsquo;une rencontre inopportune avec ledit animal. C&rsquo;est bien simple, rien n&rsquo;a l&rsquo;air plus moche et mena&ccedil;ant qu&rsquo;un klammphe. Cependant, c&rsquo;est un jeu d&rsquo;enfant de l&rsquo;apprivoiser. Il suffit de lui caresser les esp&egrave;ces de moustaches qu&rsquo;il a sous la gueule pour qu&rsquo;il se calme instantan&eacute;ment et devienne tout &agrave; fait inoffensif. Ceci est d&ucirc; au fait que, pour une quelconque raison farfelue, ces fameuses moustaches sont pourvues de nerfs et, lorsque vous les caressez, un message nerveux d&rsquo;apaisement et de d&eacute;sorientation provisoire est envoy&eacute; au cerveau de la b&ecirc;te. Pour vous donner une image concr&egrave;te, nous avons tous vu Beo avaler quelques verres de trop hier soir, mmh&nbsp;? Notre cuistot a fini par distribuer sourires et amour &agrave; la pelle. Eh bien, le comportement d&rsquo;un klammphe auquel on a caress&eacute; les moustaches est sensiblement le m&ecirc;me. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">J&rsquo;&eacute;clatai de rire &agrave; l&rsquo;&eacute;vocation de Beo. Il avait en effet fini dans un bel &eacute;tat la veille, et semblait subitement avoir &eacute;t&eacute; gorg&eacute; d&rsquo;amour &agrave; tel point qu&rsquo;il avait ressenti l&rsquo;imp&eacute;rieuse n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;en abreuver copieusement quiconque crois&acirc;t son chemin&nbsp;!&nbsp; </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Voil&agrave; donc, conclut Hakks, vous saurez quoi faire si par m&eacute;garde vous en rencontrez un. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Je remarquai que le chasseur avait r&eacute;ussi &agrave; arracher un sourire &agrave; Sirus, chose qui n&rsquo;&eacute;tait pas anodine. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Bien, &agrave; moi, encha&icirc;na Tokus. Elke, il te sera peut-&ecirc;tre utile de savoir que ton Sniffleur appartient &agrave; une esp&egrave;ce toute particuli&egrave;re. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle un &laquo;&nbsp;chapardeur dor&eacute;&nbsp;&raquo;, dor&eacute; en raison de la couleur de ses yeux. Il a ceci de particulier qu&rsquo;il a un excellent odorat&nbsp;: si tu le vois fuir devant quelqu&rsquo;un, m&eacute;fie-toi car cela signifie que cette personne d&eacute;gage quelque chose de malsain. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Comme s&rsquo;il s&rsquo;&eacute;tait senti concern&eacute;, le Sniffleur sortit sa petite t&ecirc;te de la poche avant de ma salopette et poussa un adorable petit couinement. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh ben dis donc, t&rsquo;es plus bal&egrave;ze que je ne le pensais&nbsp;! m&rsquo;exclamai-je en le gratifiant d&rsquo;une caresse. Bien, &agrave; moi. Ce que je peux vous expliquer, c&rsquo;est que le moteur de la N&eacute;buleuse est en fait&hellip;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Oh&nbsp;! Comme c&rsquo;est int&eacute;ressant&nbsp;! Merci beaucoup Elke, je me coucherai moins b&ecirc;te, comme on dit dans le coin, s&rsquo;exclama Hakks, m&rsquo;emp&ecirc;chant ainsi de donner mon explication. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Tokus &eacute;clata de rire et posa sa main sur l&rsquo;&eacute;paule de son compagnon. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Excuse-le Elke, tu as pu remarquer que Hakks est un peu stupide, je crois bien qu&rsquo;il a peur de griller l&rsquo;un des h&eacute;misph&egrave;res de son cerveau en essayant de comprendre tes explications&hellip; C&rsquo;est que c&rsquo;est pas simple, un moteur&hellip;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Bah, en fin de compte, peu importe, je n&rsquo;en suis plus &agrave; un neurone pr&egrave;s. Poursuis donc, me fit Hakks avec un sourire chaleureux, reprenant son s&eacute;rieux. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh bien il y a plusieurs types de moteurs, comme vous vous en doutez s&ucirc;rement, mais celui dont est pourvue la N&eacute;buleuse est une petite merveille de technologie. Je vais vous r&eacute;sumer son fonctionnement, de fa&ccedil;on simplifi&eacute;e bien s&ucirc;r&hellip; l&rsquo;ensemble est terriblement compliqu&eacute;. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">&raquo; Ce qui donne son impulsion &agrave; la N&eacute;buleuse, ce sont ses r&eacute;acteurs. Il en poss&egrave;de trois&nbsp;: un r&eacute;acteur principal et deux r&eacute;acteurs alternatifs. Chacun de ces r&eacute;acteurs poss&egrave;de une masse cons&eacute;quente de Lymbe, qui n&rsquo;est autre que ce minerai pr&eacute;sent en quantit&eacute;s sous terre. C&rsquo;est en fait la Lymbe qui g&eacute;n&egrave;re les flux magn&eacute;tiques &agrave; la surface d&rsquo;Eleis. Il en existe plusieurs sortes. Les diff&eacute;rentes vari&eacute;t&eacute;s de Lymbe sont d&eacute;finies en fonction de leur condensation, et, comme vous pouvez vous l&rsquo;imaginer, plus la Lymbe est condens&eacute;e, plus elle a une activit&eacute; magn&eacute;tique intense. Bien. Chaque r&eacute;acteur est donc tapiss&eacute; de l&rsquo;int&eacute;rieur d&rsquo;une vari&eacute;t&eacute; de Lymbe extr&ecirc;mement condens&eacute;e, que l&rsquo;on va chercher dans des strates &agrave; des kilom&egrave;tres de profondeur dans le sol. Vous vous imaginez donc qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur d&rsquo;un r&eacute;acteur r&egrave;gne un chaos magn&eacute;tique monstre&nbsp;! Et c&rsquo;est justement ce chaos qui est la clef. Dans chaque r&eacute;acteur est install&eacute;e ce que l&rsquo;on appelle une souffleuse, qui projette &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du r&eacute;acteur un autre minerai, celui-ci tout ce qu&rsquo;il y a de plus commun et sans propri&eacute;t&eacute;s particuli&egrave;res. Ce minerai est projet&eacute; dans le r&eacute;acteur sous forme de poudre tr&egrave;s fine, les particules sont quasiment invisibles &agrave; l&rsquo;&oelig;il nu. Bref, cette poudre de minerai est propuls&eacute;e dans le r&eacute;acteur et, du fait de ce fameux &laquo;&nbsp;chaos magn&eacute;tique&nbsp;&raquo; qui r&egrave;gne &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur, ces particules de minerai sont propuls&eacute;es en tous sens, chauffent et leur vitesse augmente consid&eacute;rablement. Elles sont enfin propuls&eacute;es en dehors du vaisseau et, en prenant appui sur l&rsquo;air, font avancer la N&eacute;buleuse&nbsp;! Puis elles retombent au sol et se m&eacute;langent avec la terre. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Je terminai mon monologue passionn&eacute; (ah&nbsp;! quoi de plus merveilleux qu&rsquo;un moteur&nbsp;?) et me rendis compte en avisant les mines perplexes de mes camarades que je n&rsquo;avais peut-&ecirc;tre pas &eacute;t&eacute; tr&egrave;s claire dans mon explication. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Il y a quelque chose que je ne saisis pas&hellip; intervint Hakks qui visiblement &eacute;tait celui qui avait le mieux suivi. Tu dis que chaque r&eacute;acteur contient une bonne quantit&eacute; de Lymbe, qui a une activit&eacute; magn&eacute;tique consid&eacute;rable. Comment se fait-il alors que le vaisseau tout entier ne soit pas affect&eacute; par ce magn&eacute;tisme&nbsp;? Si tout cela est vrai, &ccedil;a veut dire que l&rsquo;on devrait observer d&rsquo;&eacute;tranges ph&eacute;nom&egrave;nes sur la N&eacute;buleuse non&nbsp;? Je ne sais pas, par exemple, Tokus pour malencontreusement s&rsquo;envoler en la&ccedil;ant ses chaussures le matin suite &agrave; un brusque changement de gravit&eacute;, ou le Nabot pourrait subitement devenir grand, ou encore&hellip;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Comme il semblait &agrave; cours d&rsquo;exemples, je me h&acirc;tai de r&eacute;pondre. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- C&rsquo;est parce que l&rsquo;on applique la m&ecirc;me technique que celle qui a &eacute;t&eacute; utilis&eacute;e pour les cit&eacute;-bulles&nbsp;: chaque r&eacute;acteur est &eacute;galement pourvu d&rsquo;un genre de d&ocirc;me, qui isole son activit&eacute; magn&eacute;tique et annihile ainsi son effet sur l&rsquo;ext&eacute;rieur. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Hakks se gratta le menton en hochant la t&ecirc;te d&rsquo;un air &eacute;rudit. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Ing&eacute;nieux, ing&eacute;nieux&hellip; fit-il. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Oh, c&rsquo;&eacute;tait &agrave; mes yeux bien plus qu&rsquo;ing&eacute;nieux&nbsp;! Il &eacute;tait pour moi incroyable et merveilleux que nous autres, pauvres petits &ecirc;tres humains insignifiants, nous ayons pu acqu&eacute;rir une telle technologie&nbsp;! Rien n&rsquo;&eacute;tait plus fou et fascinant qu&rsquo;un moteur &agrave; minerai. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- C&rsquo;est ton tour, Sirus, fit remarquer Tokus. Apprends-nous quelque chose. D&rsquo;un peu moins complexe que ce que vient de nous expliquer Elke, si possible&hellip; </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Sirus leva les yeux, nous regarda, puis annon&ccedil;a d&rsquo;une voix &eacute;trange&nbsp;:</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Tout porte &agrave; croire qu&rsquo;Eleis est &agrave; l&rsquo;aube d&rsquo;une &egrave;re de profond changement. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Nous rest&acirc;mes tous interloqu&eacute;s quelques instants sans trop savoir quoi dire. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Je le savais bien, que c&rsquo;&eacute;tait un proph&egrave;te, marmonna Hakks pour lui-m&ecirc;me. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Une minute, je ne comprends pas, intervins-je. Tu es routier et si j&rsquo;ai bien compris les routiers doivent conna&icirc;tre sur le bout des doigts la g&eacute;ographie d&rsquo;Eleis, non&nbsp;? C&rsquo;est bien &ccedil;a ton domaine de comp&eacute;tence&nbsp;? Sur quelles connaissances se base la d&eacute;claration que tu viens de nous faire alors&nbsp;? </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Le r&ocirc;le du routier est de guider l&rsquo;&eacute;quipage, expliqua-t-il, et de d&eacute;finir la trajectoire la plus appropri&eacute;e pour arriver &agrave; bon port sans encombre. C&rsquo;est pour &ccedil;a que je dois &eacute;galement savoir ce qui nous attend dans chaque ville, conna&icirc;tre les relations entre les cit&eacute;-bulles et les sp&eacute;cificit&eacute;s de chacune d&rsquo;entre elles. Tout cela a fait partie de ma formation. J&rsquo;ai &eacute;galement des notions de commerces indispensables pour traiter avec les diff&eacute;rents n&eacute;gociants. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Wow, fit Tokus. En fait t&rsquo;es bien plus important que ce que je m&rsquo;imaginais. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Bref, explique-toi donc, Sirus&nbsp;! r&eacute;clama Hakks. Tu dois savoir &eacute;norm&eacute;ment de choses sur la situation en Eleis que nous ne soup&ccedil;onnons m&ecirc;me pas. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Le routier marqua un temps de silence, comme s&rsquo;il &eacute;tait passablement irrit&eacute; d&rsquo;avoir &agrave; donner des explications. Il avait cependant retenu notre attention &agrave; tous. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Durant ma formation, j&rsquo;ai d&ucirc; apprendre ce qui se passait entre chaque ville, lesquelles se d&eacute;testaient, lesquelles avaient de bons n&eacute;goces, afin d&rsquo;&ecirc;tre le plus &agrave; m&ecirc;me de g&eacute;rer d&rsquo;&eacute;ventuelles situations d&eacute;licates. Les m&ecirc;mes mots revenaient constamment dans la bouche de mon Tuteur. Il fallait faire attention, comprendre les enjeux qui &eacute;taient en route, essayer d&rsquo;&eacute;viter les querelles car il existait des tensions non n&eacute;gligeables. Le sujet a &eacute;veill&eacute; mon attention. J&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; m&rsquo;int&eacute;resser &agrave; ces fameuses tensions entre les cit&eacute;-bulles, dont on nous parle si souvent sans jamais r&eacute;ellement nous expliquer de quoi il s&rsquo;agit, cela me semblait &eacute;trange. Ce que j&rsquo;ai rapidement compris, c&rsquo;est que c&rsquo;&eacute;tait quelque chose de r&eacute;cent. Il y a quelques ann&eacute;es de cela chaque ville se suffisait &agrave; elle-m&ecirc;me et entretenait avec les autres cit&eacute;-bulles des rapports purement commerciaux qui se d&eacute;roulaient plut&ocirc;t bien. Et puis tout r&eacute;cemment ont commenc&eacute; &agrave; appara&icirc;tre ces &laquo;&nbsp;tensions&nbsp;&raquo;. On a bien essay&eacute; de nous expliquer la chose afin de rassasier notre faim de savoir. Les causes &eacute;taient multiples. On nous racontait que les cit&eacute;-bulles &eacute;taient inqui&egrave;tes de l&rsquo;anormale croissance de Tsegaya ces derni&egrave;res ann&eacute;es, ou encore, que ces tensions &eacute;taient simplement dues aux diff&eacute;rentes cultures de chaque cit&eacute;-bulle, trop h&eacute;t&eacute;rog&egrave;nes pour arriver &agrave; un terrain d&rsquo;entente. En soi, toutes ces th&egrave;ses &eacute;taient plausibles. L&rsquo;&ecirc;tre humain est de nature corrompue, &eacute;go&iuml;ste, avide de pouvoir et hypocrite de surcro&icirc;t. Les relations qui d&eacute;g&eacute;n&eacute;raient entre les cit&eacute;-bulles ne surprenaient personne. Mais je suis persuad&eacute; qu&rsquo;il y a autre chose. Ces tensions sont &eacute;tonnamment puissantes, et l&rsquo;on en est arriv&eacute; &agrave; un point d&rsquo;animosit&eacute; inqui&eacute;tant entre certaines villes. Tout cela n&rsquo;est pas n&eacute; de rien, et je suis pour ma part convaincu que quelque chose a eu lieu, quelque chose de suffisamment gros pour engendrer des pol&eacute;miques ou un esprit de comp&eacute;tition entre les cit&eacute;s. Personne ne nous dit rien sur le sujet, mais cela me para&icirc;t une &eacute;vidence. Il y a trois ans &agrave; peu pr&egrave;s, quelque chose de nouveau est apparu, quelque chose est arriv&eacute;, et je n&rsquo;ai foutrement aucune id&eacute;e de ce que &ccedil;a peut &ecirc;tre ni de l&rsquo;ampleur que &ccedil;a prendra par la suite. Mais il est clair qu&rsquo;il y a quelque chose &agrave; &eacute;lucider l&agrave;-dessous, qui pourrait bien changer la face du monde. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Bien que jamais encore je n&rsquo;eus r&eacute;fl&eacute;chi &agrave; tout ce que Sirus avan&ccedil;ait l&agrave;, &ccedil;a ne m&rsquo;&eacute;tonnait pas de sa part. Le bonhomme semblait en constant d&eacute;calage avec le reste de l&rsquo;&eacute;quipage, comme s&rsquo;il venait d&rsquo;une autre dimension, et l&agrave; encore c&rsquo;&eacute;tait le cas. Tout le monde &eacute;tait bien trop occup&eacute; &agrave; s&rsquo;&eacute;merveiller de la beaut&eacute; du Dehors et &agrave; m&eacute;diter &agrave; cette grande aventure dans laquelle nous nous &eacute;tions lanc&eacute;s, et aucun d&rsquo;entre nous n&rsquo;avait la t&ecirc;te &agrave; penser &agrave; d&rsquo;obscures affaires politiques&nbsp;! Comme toujours, le routier donnait l&rsquo;impression d&rsquo;&ecirc;tre le plus r&eacute;fl&eacute;chi &agrave; bord.&nbsp; </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- C&rsquo;est vrai que personne ne nous a jamais renseign&eacute; sur la question&hellip; acquies&ccedil;ai-je. Peut-&ecirc;tre bien que tout cela est vrai, mais apr&egrave;s tout ce ne sont que des magouilles politiques&nbsp;! On ne peut pas tout savoir ni tout contr&ocirc;ler, m&ecirc;me en ayant un statut aussi particulier que le n&ocirc;tre. Rappelle-toi, notre t&acirc;che est de rester neutre face &agrave; toutes ces affaires, quelles qu&rsquo;elles soient, afin de travailler justement et &eacute;quitablement dans l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de tous. Je ne voudrais en aucun cas &ecirc;tre m&ecirc;l&eacute;e &agrave; tout ce que complotent les diff&eacute;rents Minist&egrave;res et &agrave; ce qui se passe entre eux. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Sirus me regarda d&rsquo;une fa&ccedil;on qui me mit mal &agrave; l&rsquo;aise. C&rsquo;est qu&rsquo;il avait de ces regards absolument pas naturels, notre routier, de ceux qui, bien qu&rsquo;ils soient d&eacute;pourvus de toute trace de m&eacute;pris ou de col&egrave;re, vous clouaient sur place, vous faisaient ravaler vos mots et votre fiert&eacute;, et vous dissuadaient largement de lui tenir t&ecirc;te. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Peut-&ecirc;tre, mais tu fais partie de ce monde.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il sembla se d&eacute;sint&eacute;resser totalement de la conversation le temps de saisir son verre et d&rsquo;y boire une longue gorg&eacute;e d&rsquo;eau. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Les gens ont trop tendance &agrave; l&rsquo;oublier, reprit-il. Nous sommes tous concern&eacute;s par les &eacute;v&egrave;nements du monde, m&ecirc;me s&rsquo;ils d&eacute;passent les fronti&egrave;res de nos villes natales. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Hakks eut un petit rire &agrave; l&rsquo;entente de cette phrase. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Bah, ne t&rsquo;en fais pas pour &ccedil;a, je crois que personne &agrave; bord ne manifestera un int&eacute;r&ecirc;t disproportionn&eacute; pour Arrakas. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il avait &eacute;voqu&eacute; notre ville avec un certain sarcasme, ce qui ne me surprenait gu&egrave;re. Nombreux &eacute;taient les Corsaires &agrave; bord qui tenaient Arrakas en horreur et semblaient d&eacute;sireux de ne jamais y remettre les pieds. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Je sais, r&eacute;torqua Sirus. Nous avons tous bien assez arpent&eacute; le bitume de la cit&eacute; pendant les vingt derni&egrave;res ann&eacute;es de notre existence. Je sais bien que tout le monde &agrave; bord a &agrave; pr&eacute;sent les yeux riv&eacute;s sur le Dehors, sur l&rsquo;aventure et le r&ecirc;ve qu&rsquo;il nous apporte et c&rsquo;est bien normal apr&egrave;s tout.&nbsp;Mais ce serait une erreur d&rsquo;oublier que ce monde, m&ecirc;me si l&rsquo;extr&ecirc;me majorit&eacute; de son territoire est d&eacute;serte et sauvage, est tout de m&ecirc;me habit&eacute; par des hommes qui chaque jour apprennent mieux &agrave; le dominer. Il se passe des choses &eacute;tranges actuellement, des choses qui d&eacute;truisent peu &agrave; peu l&rsquo;&eacute;quilibre qui avait &eacute;t&eacute; instaur&eacute; entre les cit&eacute;-bulles et je veux comprendre de quoi il s&rsquo;agit. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Sirus tenait l&agrave; un discours que je n&rsquo;avais encore jamais entendu. Non seulement parce que jamais personne ne nous avait sp&eacute;cifi&eacute; le sujet, mais aussi parce que je manquais de curiosit&eacute; pour ces choses-l&agrave;, il fallait le reconna&icirc;tre. J&rsquo;avais toujours vu les affaires du Minist&egrave;re d&rsquo;un &oelig;il dubitatif, consid&eacute;rant que toutes ces histoires &eacute;taient bien trop sournoises et complexes pour moi. Je ne souhaitais pas prendre part &agrave; tout cela, je ne souhaitais que m&rsquo;&eacute;vader, d&eacute;couvrir, partir le plus loin possible. Sirus lui semblait s&rsquo;int&eacute;resser de pr&egrave;s aux choses du monde, et j&rsquo;admirai sa rigueur et son habilit&eacute; &agrave; se poser les bonnes questions. Jamais je n&rsquo;aurais &eacute;t&eacute; capable de me faire ces r&eacute;flexions par moi-m&ecirc;me, mais je devais avouer que le sujet avait piqu&eacute; ma curiosit&eacute;. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Tu crois qu&rsquo;Arrakas aussi est impliqu&eacute;e l&agrave;-dedans&nbsp;? demandai-je. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Toutes les cit&eacute;-bulles sont impliqu&eacute;es, Arrakas ne fait pas exception. Il se peut m&ecirc;me qu&rsquo;elle soit plus impliqu&eacute;e encore que toutes les autres puisqu&rsquo;elle est la plus puissante et la plus influente de toutes. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Alors pourquoi ne nous dit-on rien sur le sujet&nbsp;? s&rsquo;enqu&eacute;rit Hakks. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Parce que nous sommes des Corsaires et que nous donner trop d&rsquo;information sur les m&oelig;urs du monde actuel risquerait de nous d&eacute;tourner de notre mission initiale. Mais pour &ecirc;tre franc je doute que la population soit beaucoup plus inform&eacute;e que nous. La politique arrakane a toujours tendu &agrave; laisser les citoyens en dehors des affaires du Minist&egrave;re. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- C&rsquo;est faux&nbsp;! m&rsquo;exclamai-je. Je ne pr&eacute;tends pas que le Minist&egrave;re d&rsquo;Arrakas soit parfait bien s&ucirc;r, certains de leurs actes me d&eacute;plaisent&hellip; </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Comme ce Serment qu&rsquo;ils nous ont fait signer l&rsquo;autre jour&nbsp;! glissa Tokus. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- &hellip; Mais tout de m&ecirc;me, le Minist&egrave;re a tr&egrave;s bien pris les choses en main &agrave; Arrakas ces derni&egrave;res ann&eacute;es, il faut le reconna&icirc;tre. Des am&eacute;liorations notables ont &eacute;t&eacute; apport&eacute;es &agrave; tous les niveaux. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Sirus acquies&ccedil;a. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Bien s&ucirc;r, je n&rsquo;ai jamais dit le contraire. Mais c&rsquo;est pour tout ce qui concerne les affaires ext&eacute;rieures que le Minist&egrave;re se passe de l&rsquo;avis des citoyens, qui par ailleurs se gardent bien d&rsquo;aller voir plus loin. Ils sont satisfaits par les r&eacute;formes du Minist&egrave;re au sein de la ville et n&rsquo;en demandent pas plus. Mais pour ce qui est des affaires ext&eacute;rieures, le Minist&egrave;re aime g&eacute;rer ses affaires seul. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Et dans les autres villes&nbsp;? questionnai-je. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Chaque ville est un monde &agrave; part enti&egrave;re, et diff&egrave;re totalement de ses voisines sur tous les plans. Vous aurez l&rsquo;occasion de vous en rendre compte tr&egrave;s vite. De la m&ecirc;me fa&ccedil;on, les Minist&egrave;res de chaque ville m&egrave;nent une politique diff&eacute;rente. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Sur ces mots, Sirus se leva, vida son verre d&rsquo;un trait puis quitta le r&eacute;fectoire sans plus de c&eacute;r&eacute;monie, comme s&rsquo;il avait d&eacute;cid&eacute; soudainement que nous n&rsquo;&eacute;tions plus dignes de son int&eacute;r&ecirc;t. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Bah&hellip;&nbsp;! m&rsquo;exclamai-je, quelque peu froiss&eacute;e de ce d&eacute;part si soudain, d&rsquo;autant plus que le sujet que nous avions commenc&eacute; &agrave; aborder m&rsquo;int&eacute;ressait r&eacute;ellement. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh oui, que veux-tu&hellip; fit Hakks en riant. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- C&rsquo;est un homme myst&eacute;rieux, apr&egrave;s tout, ajouta Tokus, il ne peut pas se contenter de quitter la pi&egrave;ce de fa&ccedil;on civilis&eacute;e comme tout le monde. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Cette remarque m&rsquo;arracha un sourire. Je savais cependant que les deux chasseurs eux aussi avaient &eacute;t&eacute; interpell&eacute;s par les explications de Sirus, et que le commentaire que venait de lancer Tokus n&rsquo;&eacute;tait en aucun cas signe de m&eacute;pris. Ces deux-l&agrave;, de toutes fa&ccedil;ons, une fois qu&rsquo;on avait compris comment ils fonctionnaient, on ne pouvait que les appr&eacute;cier. Hakks et Tokus aimaient tout le monde et riaient de tout le monde aussi, y compris d&rsquo;eux-m&ecirc;mes. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Dommage, on commen&ccedil;ait &agrave; s&rsquo;aventurer sur des chemins int&eacute;ressants&nbsp;! fis-je, &eacute;tant rest&eacute;e sur ma faim. Il a l&rsquo;air d&rsquo;en savoir tellement plus que nous. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh oui. Les hommes &agrave; barbe sont toujours les plus sages, fit Tokus en riant. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- J&rsquo;en suis arriv&eacute;e &agrave; me sentir un peu stupide&nbsp;! avouai-je. C&rsquo;est vrai, jamais encore je ne m&rsquo;&eacute;tais pos&eacute; de questions sur tout &ccedil;a, pourtant il a raison, nous faisons partie de ce monde&hellip;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Ne t&rsquo;inqui&egrave;te pas, je pense que nous nous sommes tous sentis stupides aussi quand tu nous a expliqu&eacute; le fonctionnement du moteur &agrave; minerai, fit Hakks en souriant. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Parle pour toi mon vieux&nbsp;! protesta Tokus. N&rsquo;oublie pas que l&rsquo;un de nous deux est bien plus fut&eacute; que l&rsquo;autre&hellip; inutile de te rappeler lequel. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Hakks rit et reprit&nbsp;:</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Chacun de nous a ses propres domaines de comp&eacute;tence, Elke. Toi, ce sont les moteurs, Nabion, le r&eacute;veil au petit matin en hurlant, Neith, l&rsquo;oubli total de se r&eacute;veiller&hellip; tout &ccedil;a d&eacute;pend de nos formations. Sirus lui a &eacute;tudi&eacute; ces sujets-l&agrave;, il est donc normal qu&rsquo;il nous ai tous laiss&eacute; perplexes avec ses phrases &eacute;nigmatiques. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- C&rsquo;est tr&egrave;s important pour la coh&eacute;sion d&rsquo;un groupe, &ccedil;a, d&rsquo;avoir un barbu aux phrases &eacute;nigmatiques, pr&eacute;cisa Tokus, l&rsquo;index lev&eacute; comme s&rsquo;il &eacute;tait en train de donner une le&ccedil;on. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Et puis, je crois qu&rsquo;on en saura plus sur le sujet bien plus t&ocirc;t qu&rsquo;on ne le pense, reprit Hakks. On ne peut pas arpenter le monde sans s&rsquo;y impliquer et je suis pr&ecirc;t &agrave; parier que d&rsquo;ici peu, on aura &eacute;lucid&eacute; bon nombre de ses myst&egrave;res&nbsp;!</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- &Ccedil;a c&rsquo;est bien vrai, approuva Tokus. Foi de Corsaire, nous sommes des aventuriers, pas des touristes&nbsp;! Et on va le percer &agrave; jour, ce monde, et d&eacute;couvrir tout ce qu&rsquo;il rec&egrave;le. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<br/><span style="font-family: georgia,palatino;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong><span style="font-size: 13pt;">[T&auml;her] </span></strong>L&rsquo;apr&egrave;s-midi avait &eacute;t&eacute; long. Etre pilote m&rsquo;assurait de disposer de la plus belle vue sur le Dehors, &ccedil;a oui&nbsp;! Par contre, je finissais souvent par me sentir terriblement seule sans ma cabine. Allais-je finir moi aussi comme tous ces vieux pilotes d&eacute;fra&icirc;chis qui se mettaient &agrave; parler avec leur gouvernail&nbsp;? M&ecirc;me mon Tuteur m&rsquo;avait avou&eacute; qu&rsquo;il avait fini par en arriver l&agrave;. Je souris au souvenir de Miggle et m&rsquo;imaginai la sc&egrave;ne, qui &eacute;tait des plus comiques. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">&laquo;&nbsp;Les premi&egrave;res semaines de pilotage sont toujours les plus &eacute;prouvantes&nbsp;&raquo;, m&rsquo;avait-il expliqu&eacute; un jour. &laquo;&nbsp;Le vaisseau, au d&eacute;but de l&rsquo;aventure, est neuf et reluisant de beaut&eacute;. Il est fier et imp&eacute;tueux, il suffit donc que ta main l&acirc;che le gouvernail une seconde pour qu&rsquo;il se mette &agrave; n&rsquo;en faire qu&rsquo;&agrave; sa t&ecirc;te&nbsp;&raquo;. Je n&rsquo;avais pu r&eacute;primer un rire lorsqu&rsquo;il m&rsquo;avait donn&eacute; cette explication. &laquo;&nbsp;Miggle&nbsp;&raquo; lui avais-je dit, &laquo;&nbsp;pourquoi parles-tu toujours des vaisseaux comme s&rsquo;ils &eacute;taient vivants&nbsp;?&nbsp;&raquo;. Il avait eu l&rsquo;air profond&eacute;ment offens&eacute; et m&rsquo;avait r&eacute;pondu en haussant le ton&nbsp;: &laquo;&nbsp;Mais ils le sont, T&auml;her&nbsp;! Bien s&ucirc;r qu&rsquo;ils le sont&nbsp;! Crois-tu vraiment qu&rsquo;il te suffira d&rsquo;arriver sur le vaisseau avec tes quinze ans de formation derri&egrave;re toi pour t&rsquo;en rendre ma&icirc;tresse d&egrave;s la premi&egrave;re man&oelig;uvre&nbsp;? Ce serait bien trop facile. Le vaisseau est fier, T&auml;her, surtout lorsqu&rsquo;il n&rsquo;a pas encore commenc&eacute; &agrave; arpenter le Dehors. Chaque poutre, chaque cordage, chaque rampe &agrave; bord respire de force et de fougue et il n&rsquo;a encore jamais eu de capitaine&nbsp;! Nous les pilotes, nous commettons tous la m&ecirc;me erreur en commen&ccedil;ant, ma ch&eacute;rie. Nous pensons que le vaisseau doit se soumettre &agrave; nous car c&rsquo;est &agrave; nous que la t&acirc;che de le guider a &eacute;t&eacute; incomb&eacute;e. Mais c&rsquo;est une grossi&egrave;re erreur. Personne ne peut soumettre un vaisseau, aussi habile et f&eacute;roce que soit sa poigne. Il te faut apprendre &agrave; l&rsquo;&eacute;duquer, l&rsquo;habituer &agrave; tes mains et &agrave; ta pr&eacute;sence, l&rsquo;adopter. Ton vaisseau ne doit pas &ecirc;tre ton outil mais ton compagnon route. Vous devez d&eacute;velopper une complicit&eacute; et apprendre &agrave; vous conna&icirc;tre et &agrave; vous accepter pour mieux naviguer ensemble. Cela prend de longues semaines, tu t&rsquo;en rendras compte.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Durant ma formation, je n&rsquo;avais jamais su quoi penser de ces histoires, qui revenaient souvent sur le tapis. Un vaisseau &eacute;tait certes une petite perle de technologie, mais il en demeurait un assemblage de poutres, de plaques de m&eacute;tal, de cordes et de m&acirc;ts&nbsp;! Lorsque j&rsquo;exprimais mon scepticisme &agrave; Miggle, il insistait toujours davantage. &laquo;&nbsp;Tu verras, T&auml;her. Tu es encore tr&egrave;s jeune, mais tu comprendras par toi-m&ecirc;me lorsque tu commenceras &agrave; piloter. Les premi&egrave;res semaines seront longues et &eacute;prouvantes, car le vaisseau se montrera r&eacute;sistant, il souhaitera prendre d&rsquo;autres caps que ceux que tu devras suivre et sera capricieux. Tu devras donc &ecirc;tre presque constamment derri&egrave;re la barre pour la guider. Ais une fois que tu auras cess&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre sa commanditaire pour devenir son alli&eacute;e et sa complice, vous pourrez vous partager le travail, ce qui te permettra d&rsquo;&ecirc;tre bien plus libre. Il suivra de lui-m&ecirc;me les impulsions que tu lui auras donn&eacute;es et gardera le cap quoi qu&rsquo;il arrive. Tu pourras m&ecirc;me le laisser naviguer seul la nuit car il saura vers o&ugrave; aller. Tu verras, T&auml;her. Il n&rsquo;y a rien de plus exquis que de piloter un vaisseau duquel on est devenu l&rsquo;ami&hellip;&nbsp;&raquo;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Pour le moment, c&rsquo;&eacute;tait plus contraignant qu&rsquo;autre chose, et je commen&ccedil;ais &agrave; prendre au s&eacute;rieux Miggle et ses dr&ocirc;les d&rsquo;histoires. Le vaisseau semblait en effet opposer une r&eacute;sistance &agrave; mes mouvements. Le gouvernail poussait parfois des grincements tout &agrave; fait lugubres lorsque j&rsquo;essayais de le manier, et il suffisait que je le l&acirc;che quelques secondes pour que le vaisseau se mette &agrave; d&eacute;vier de sa trajectoire. Je passais donc mes journ&eacute;es soud&eacute;e &agrave; mon gouvernail, &agrave; tal point qu&rsquo;il me semblait &ecirc;tre devenu une extension de mes bras. Les journ&eacute;es &eacute;taient longues et fatigantes. Comme j&rsquo;enviais Elke dans ces moments-l&agrave;. Elle avait certes une r&eacute;vision quotidienne &agrave; effectuer, mais ses moteurs avaient le m&eacute;rite de tourner tout seuls. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Heureusement, Nabion nous avait annonc&eacute; au repas que nous allions faire deux heures de pause en fin d&rsquo;apr&egrave;s-midi, et nous arr&ecirc;ter dans le lieu de notre choix afin de fouler un peu le Dehors de nos propres jambes. La nouvelle avait &eacute;t&eacute; accueillie par des exclamations joyeuses. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">C&rsquo;est ainsi que, l&rsquo;heure de l&rsquo;arr&ecirc;t approchant, j&rsquo;avais vu la moiti&eacute; de l&rsquo;&eacute;quipage d&eacute;barquer dans la cabine de pilotage afin de choisir le lieu appropri&eacute; pour notre premi&egrave;re balade dans le Dehors. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh, c&rsquo;est sympa chez toi T&auml;her&nbsp;! s&rsquo;exclama Beo en entrant dans la pi&egrave;ce. Si j&rsquo;avais la m&ecirc;me vue que toi depuis mes cuisines, le temps passerait plus vite, &ccedil;a ouais&nbsp;!</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Mmh, je ne suis pas s&ucirc;re que ce soit une bonne id&eacute;e, dis-je en riant. &Ccedil;a d&eacute;tournerait ton attention et tu ferais br&ucirc;ler tes bons petits plats&nbsp;! Comme quoi les architectes de ce vaisseau ont pens&eacute; &agrave; tout.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">En l&rsquo;espace de quelques minutes, ma cabine de pilotage s&rsquo;&eacute;tait transform&eacute;e en salon de discussion. Tout le monde papotait, riait et se lan&ccedil;ait des boutades. Un joyeux bordel s&eacute;vissait tout autour de moi, qui me mis du baume au c&oelig;ur, moi qui me sentais si seule derri&egrave;re mon gouvernail quelques minutes auparavant.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh, qu&rsquo;est-ce que vous pensez de ce coin-l&agrave;, &ccedil;a a l&rsquo;air pas mal non&nbsp;? s&rsquo;exclama Neith en d&eacute;signant la fen&ecirc;tre du doigt.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- C&rsquo;est une zone mar&eacute;cageuse, r&eacute;pliqua froidement Jilal. Tu tiens &agrave; noyer tout l&rsquo;&eacute;quipage d&egrave;s le troisi&egrave;me jour de navigation&nbsp;?</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Au moins, on rentrerait dans les annales, fit remarquer Tokus en souriant, provoquant les rires de ses cong&eacute;n&egrave;res et brisant ainsi la tension que Jilal venait d&rsquo;instaurer entre lui et Neith. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Je remerciai mentalement Tokus, et me demandai quel &eacute;tait le probl&egrave;me de Jilal. Il avait une rage en lui qui me faisait presque de la peine. Comment quelqu&rsquo;un pouvait-il en arriver l&agrave;&nbsp;? </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il &eacute;tait difficile de nous mettre d&rsquo;accord sur un lieu en particulier o&ugrave; nous arr&ecirc;ter. Comme nous &eacute;tions en train de traverser d&rsquo;immenses plaines, le paysage ne variait que tr&egrave;s peu et se r&eacute;duisait en g&eacute;n&eacute;ral &agrave; une mer d&rsquo;herbes folles infinie. Au bout d&rsquo;une vingtaine de minutes, le vaisseau se mit &agrave; survoler une petite rivi&egrave;re &agrave; l&rsquo;eau claire et limpide qui mit tout le monde d&rsquo;accord. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">J&rsquo;enclenchai la man&oelig;uvre d&rsquo;atterrissage, qui consistait &agrave; r&eacute;duire progressivement la charge magn&eacute;tique du vaisseau afin qu&rsquo;il ne tombe pas &agrave; terre de fa&ccedil;on trop brutale. Une fois que ce fut chose faite et que la N&eacute;buleuse fut stabilis&eacute;e, je coupai les moteurs. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Nous y sommes, d&eacute;clarai-je, ce qui eut pour effet de faire pousser &agrave; tout le monde des gloussements d&rsquo;excitation. Ils sortirent tous de la cabine &agrave; toute vitesse, h&acirc;tifs d&rsquo;aller d&eacute;couvrir le Dehors de pr&egrave;s. En l&rsquo;espace d&rsquo;une seconde, je me retrouvai seule dans la cabine. Enfin, seule, pas tout &agrave; fait. Neith &eacute;tait rest&eacute; fig&eacute;, devant la baie vitr&eacute;e et semblait regarder fixement l&rsquo;ext&eacute;rieur. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a&nbsp;? m&rsquo;enquis-je. Tu serais, tu verras bien mieux une fois dehors&nbsp;! </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Non, c&rsquo;est juste que&hellip; marmonna-t-il. Regarde bien l&rsquo;eau&nbsp;!</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Intrigu&eacute;e, je me mis &agrave; regarder tout aussi fixement que lui, et compris &agrave; quoi il voulait en venir. Le soleil au d&eacute;clin diffusait une magnifique lumi&egrave;re sur les plaines, et semblait baign&eacute; dans une mer de nuages ocre, lesquels se refl&eacute;taient dans l&rsquo;eau. Le rendu &eacute;tait irr&eacute;el, f&eacute;&eacute;rique. La rivi&egrave;re, si l&rsquo;on l&rsquo;observait bien, paraissait une veine rouge-orang&eacute;e, scintillante, sucr&eacute;e, vivante. Comme si elle abreuvait toute la v&eacute;g&eacute;tation aux alentours, comme si elle &eacute;tait la source de vie de ce monde. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Je souris l&eacute;g&egrave;rement. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Eh ouais. Et je te parie qu&rsquo;il y en a plein, des paradis comme &ccedil;a, &eacute;parpill&eacute;s dans le Dehors. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Y&rsquo;a tout &agrave; parier l&agrave;-dessus&hellip; r&eacute;pondit Neith, les yeux dans le vague. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il poussa un long soupir. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Je crois que &ccedil;a me fait un peu peur tout &ccedil;a. Pendant toutes ces longues ann&eacute;es d&rsquo;apprentissage j&rsquo;ai ardemment d&eacute;sir&eacute; que ce moment arrive, mais maintenant qu&rsquo;on est l&agrave; tous ensemble, je me sens comme emport&eacute; parce quelque chose qui me d&eacute;passe. Je ne sais pas comment expliquer&hellip; je crois que je n&rsquo;&eacute;tais simplement pas pr&ecirc;t.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Je laissai &eacute;chapper un petit rire. Il se retourna vivement vers moi, comme si je l&rsquo;avais offens&eacute;. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Tu trouves &ccedil;a stupide c&rsquo;est &ccedil;a&nbsp;? fit-il. C&rsquo;est vrai, je ne suis pas comme Beo, ou ces deux cr&eacute;tins d&rsquo;Hakks et Tokus&hellip; ce n&rsquo;est pas si facile pour moi. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Non, non, r&eacute;torquai-je, je ne trouve pas &ccedil;a stupide du tout, au contraire. Tu sais, quoi que les gens en disent, tout le monde a peur et personne n&rsquo;est pr&ecirc;t. C&rsquo;est impossible d&rsquo;&ecirc;tre pr&eacute;par&eacute; &agrave; vivre une &eacute;normit&eacute; pareille de toute fa&ccedil;on. C&rsquo;est juste que je ne comprends pas pourquoi tout le monde s&rsquo;&eacute;vertue &agrave; sortir les grands mots th&eacute;&acirc;traux, &agrave; chercher la formulation exacte pour exprimer son malaise&hellip; alors qu&rsquo;on pourrait juste &ecirc;tre l&agrave;, et vivre ce qu&rsquo;on a &agrave; vivre, tu vois&nbsp;? Te tracasse pas avec de grandes questions sur ta capacit&eacute; &agrave; affronter tout &ccedil;a, sur le sens profond de cette aventure, de toute fa&ccedil;on on ne sait m&ecirc;me pas ce qui nous attend au tournant, alors&hellip; contente-toi de vivre, c&rsquo;est tout.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Neith me regardait comme si je venais de parler une autre langue, mais il semblait boire mes paroles avec avidit&eacute;. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Le gar&ccedil;on &eacute;tait assez maladroit dans sa fa&ccedil;on d&rsquo;agir et de s&rsquo;exprimer, il en attirait presque la compassion. Son manque de confiance en lui transparaissait jusque sur son visage. N&eacute;anmoins j&rsquo;&eacute;tais touch&eacute;e qu&rsquo;il m&rsquo;ait confi&eacute; si naturellement ses peurs, comme &agrave; une amie de longue date. J&rsquo;aimais les relations humaines (je n&rsquo;en avais eu que trop peu pendant ces longues ann&eacute;es de formation) et trop nombreux &eacute;taient les gens qui &eacute;rigeaient des barri&egrave;res entre eux et les autres. Neith avait beau &ecirc;tre un adolescent attard&eacute;, il me parlait &agrave; c&oelig;ur ouvert, et c&rsquo;&eacute;tait quelque chose d&rsquo;appr&eacute;ciable. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Allez, viens, l&rsquo;encourageai-je. Allons rejoindre les autres et conqu&eacute;rir le Dehors. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<br/><span style="font-family: georgia,palatino;">&nbsp;</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong><span style="font-size: 13pt;">[Jinko] </span></strong>La passerelle craqua sous mes pieds tandis que je descendais vers la terre ferme. Elle ployait sous le poids des quatorze personnes qui la pi&eacute;tinaient, h&acirc;tives de conna&icirc;tre l&rsquo;odeur de la terre, de sentir la caresse de l&rsquo;eau courante sur leurs pieds et des herbes folles qui s&rsquo;agrippent &agrave; vous sur votre passage, comme si elles voulaient vous retenir.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Bouse&nbsp;! Ce que c&rsquo;est bon d&rsquo;&ecirc;tre l&agrave;, s&rsquo;exclama Beo en riant apr&egrave;s avoir fait quelques pas entre les herbes. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Je ne l&rsquo;aurais pas mieux exprim&eacute;, r&eacute;pondis-je avec un sourire. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Beo ferma les yeux, &eacute;carta les bras et prit une longue et profonde inspiration. Apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; enferm&eacute; dans ses cuisines toute la journ&eacute;e, ce bol d&rsquo;air devait lui sembler d&eacute;lectable. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Tiens, regarde-moi &ccedil;a&hellip; lui dis-je en indiquant l&rsquo;avant du vaisseau du doigt. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Hakks et Tokus semblaient avoir d&eacute;cid&eacute; que, non, d&eacute;cid&eacute;ment, descendre par la passerelle pour aller effectuer leur premi&egrave;re promenade dans le Dehors, ce n&rsquo;&eacute;tait pas assez aventureux pour eux. Ils &eacute;taient en effet en tain de descendre par la figure de proue, la jolie sir&egrave;ne qui ornait l&rsquo;avant de notre vaisseau. Malgr&eacute; la difficult&eacute; de l&rsquo;op&eacute;ration, ils semblaient tr&egrave;s bien s&rsquo;en sortir et la sc&egrave;ne &eacute;tait des plus comiques. Tokus commen&ccedil;ait &agrave; peine la d&eacute;sescalade, s&rsquo;agrippant &agrave; la chevelure de la jolie cr&eacute;ature et appuyant ses pieds sur son nez, tandis que Hakks en &eacute;tait d&eacute;j&agrave; au niveau de la poitrine (il ne manqua d&rsquo;ailleurs pas de lui lancer un &laquo; pardonnez-moi de vous importuner, mam&rsquo;zelle&nbsp;&raquo; lorsqu&rsquo;il prit appui sur son sein droit). </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">En voyant la sc&egrave;ne, Beo partit dans un de ses &eacute;normes rires de gorge comme lui seul en avait le secret. Cela fit moins rire Nabion, qui ne tarda pas &agrave; rappliquer en vocif&eacute;rant.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Descendez&nbsp;! ordonna-t-il.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- C&rsquo;est ce qu&rsquo;on fait, mon cap&rsquo;taine, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on fait&nbsp;! lan&ccedil;a Tokus. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Pauvre Nabion, s&rsquo;esclaffa Beo lorsque nous nous f&ucirc;mes &eacute;loign&eacute;s un peu. Ces deux-l&agrave; vont lui en faire voir de toutes les couleurs. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Pass&eacute;es ces quelques p&eacute;rip&eacute;ties, tout le monde s&rsquo;installa &agrave; peu pr&egrave;s de la m&ecirc;me fa&ccedil;on&nbsp;: sur les bords de la rivi&egrave;re, les pieds dans l&rsquo;eau. Sur tous les visages se lisait la m&ecirc;me joie, pure et simple, celle d&rsquo;&ecirc;tre l&agrave; &agrave; go&ucirc;ter au monde pour la premi&egrave;re fois. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Le paysage autour de nous &eacute;tait resplendissant de beaut&eacute; et sublim&eacute; par le soleil couchant qui diffusait d&rsquo;&eacute;tranges lumi&egrave;res, chaudes et scintillantes. Jamais je n&rsquo;aurais pu imaginer qu&rsquo;une telle chose f&ucirc;t possible. Comment se pouvait-il que des millions de personnes naissent et meurent sous des D&ocirc;mes sans jamais avoir ne serait-ce qu&rsquo;une infime id&eacute;e de ce spectacle naturel qui se reproduisait chaque jour&nbsp;? Plus jamais je ne pourrais retourner m&rsquo;entasser avec deux millions d&rsquo;inconnus sous un D&ocirc;me. Je ne savais pas le moins du monde ce qui allait m&rsquo;arriver durant ce long p&eacute;riple &agrave; bord de la N&eacute;buleuse, mais une chose &eacute;tait s&ucirc;re&nbsp;: j&rsquo;&eacute;tais &agrave; ma place. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<br/><span style="font-family: georgia,palatino;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong><span style="font-size: 13pt;">[Nabion] </span></strong>CARNET DE ROUTE&nbsp;: Jour 3</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">En fin de journ&eacute;e, nous avons arr&ecirc;t&eacute; le vaisseau pendant deux heures et nous sommes descendus dans le Dehors.&nbsp;Je crois que tout le monde &agrave; bord attendait ce moment avec impatience. L&rsquo;escale, de courte dur&eacute;e, n&rsquo;a souffert d&rsquo;aucun incident notable. Nos deux chasseurs ont m&ecirc;me r&eacute;ussi &agrave; p&ecirc;cher deux poissons aux dimensions tout &agrave; fait respectables que Beo nous a pr&eacute;par&eacute;s pour le repas du soir en les accompagnant d&rsquo;une sauce d&eacute;licieuse.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Sirus calcule que si nous continuons &agrave; ce rythme nous devrions voir les montagnes d&rsquo;ici trois jours. Nous n&rsquo;avons pour l&rsquo;instant pris aucun retard, ce qui est bon signe. Jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent, l&rsquo;&eacute;quipage tient ses promesses.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<br/><span style="font-family: georgia,palatino;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong><span style="font-size: 13pt;">[Lazuli] </span></strong>Toc, toc, toc.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Trois petits coups secs, frapp&eacute;s &agrave; la porte de ma cabine, qui suffirent &agrave; me tirer du sommeil profond dans lequel j&rsquo;&eacute;tais plong&eacute;e. J&rsquo;ouvris p&eacute;niblement les yeux et constatai que T&auml;ger n&rsquo;&eacute;tait plus l&agrave;. Elle avait certainement d&ucirc; se lever aux aurores pour aller prendre les commandes du vaisseau et le mettre en route. Elke, quant &agrave; elle, avait visiblement &eacute;tait r&eacute;veill&eacute;e elle aussi par les coups toqu&eacute;s &agrave; la porte. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Toc, toc, toc. Encore une fois.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Qu&eacute;quiya&nbsp;? marmonna Elke, encore &agrave; moiti&eacute; endormie. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">La porte s&rsquo;ouvrit doucement, et j&rsquo;eus la surprise de voir entrer Hakks et Tokus. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Non mais vous &ecirc;tes malades&nbsp;! grogna Elke. Vous savez quelle heure il est&nbsp;? </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Tellement t&ocirc;t que &ccedil;a me ferait mal de te le dire, fit Hakks. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Calme ta col&egrave;re, m&eacute;canicienne v&eacute;n&eacute;r&eacute;e. En fait on vient chercher Lazuli.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">J&rsquo;ouvris grands les yeux (du moins, aussi grands que le permettait mon &eacute;tat de fatigue). </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Hein, moi&nbsp;? &hellip; Mais pourquoi&nbsp;? m&rsquo;enqu&eacute;ris-je. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- On t&rsquo;avait fait une proposition, tu te rappelles&nbsp;? r&eacute;pondit Hakks. Venir faire une partir de chasse avec nous&nbsp;! Aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est d&eacute;j&agrave; le sixi&egrave;me jour de navigation et on va bient&ocirc;t quitter les plaines alors si on veut ravitailler un peu le garde-manger, c&rsquo;est maintenant ou jamais. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Tu es partante&nbsp;? me demanda Tokus. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Oui, &hellip; oui bien s&ucirc;r, attendez. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Je fis un effort surhumain pour m&rsquo;arracher &agrave; mon lit, et me h&acirc;tai d&rsquo;aller enfiler quelque chose par-dessus la tenue que j&rsquo;utilisais pour dormir. Hakks et Tokus se retourn&egrave;rent poliment pendant que je me changeais. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- C&rsquo;est bon, je suis pr&ecirc;te, annon&ccedil;ai-je.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Bien&hellip; A plus tard, m&eacute;canicienne de mon c&oelig;ur&nbsp;! lan&ccedil;a Tokus avant de tourner les talons. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- &hellip; Bande de cr&eacute;tins, maugr&eacute;a Elke avant de se rendormir aussi sec. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Nous quitt&acirc;mes la cabine en faisant le moins de bruit possible. J&rsquo;embo&icirc;tai le pas aux deux chasseurs qui se dirigeaient vers les cales. J&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; entraper&ccedil;u l&rsquo;engin dont ils se servaient pour sortir chasser lorsque j&rsquo;avais charg&eacute; les marchandises avant le d&eacute;part de la N&eacute;buleuse, mais jamais encore je n&rsquo;avais eu l&rsquo;occasion de l&rsquo;observer d&rsquo;aussi pr&egrave;s. Le v&eacute;hicule devait faire la taille de ma cabine. Il &eacute;tait &eacute;videmment bien plus petit que la N&eacute;buleuse mais il y avait dans la soute l&rsquo;espace suffisant pour transporter quelques bestioles de bonne taille. Il avait une forme ovale et semblait con&ccedil;u pour allier puissance et l&eacute;g&egrave;ret&eacute;. Je sus tout de suite que j&rsquo;allais m&rsquo;y sentir &agrave; mon aise.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Bien, Lazuli, je te pr&eacute;sente notre navette de chasse&nbsp;: la Coquille.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Que l&rsquo;on affectueusement renomm&eacute;e Raoul parce que c&rsquo;est plus sympathique. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Prends place je t&rsquo;en prie&nbsp;! </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Tokus m&rsquo;ouvrit la porte de la navette. La petite cabine de pilotage disposait d&rsquo;une banquette matelass&eacute;e tout juste assez grande pour s&rsquo;y asseoir &agrave; trois, et au milieu se trouvaient deux manettes qui servaient visiblement &agrave; piloter l&rsquo;appareil. Tout autour du cadran de bord &eacute;taient parsem&eacute;s quelques boutons aux fonctions obscures. Etrangement, de par son aspect, la Coquille semblait r&eacute;sulter d&rsquo;une technologie plus avanc&eacute;e que celle de la N&eacute;buleuse. Je m&rsquo;installai dans le v&eacute;hicule, aussit&ocirc;t suivie par Hakks. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Bon, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est moi qui pilote&nbsp;! annon&ccedil;a-t-il en prenant place. Tokus, tu m&rsquo;ouvres s&rsquo;il te pla&icirc;t&nbsp;?</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Oui m&rsquo;sieur&nbsp;!</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Tokus, qui &eacute;tait rest&eacute; &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur du v&eacute;hicule, retira quelques verrous et commen&ccedil;a &agrave; tirer de toutes ses forces sur une poign&eacute;e de m&eacute;tal. Je connaissais bien cette porte, c&rsquo;&eacute;tait celle qui permettait d&rsquo;acc&eacute;der aux cales depuis l&rsquo;ext&eacute;rieur du vaisseau. La porte se mit &agrave; coulisser, r&eacute;v&eacute;lant petit &agrave; petit le paysage ext&eacute;rieur qui d&eacute;filait rapidement puisque la N&eacute;buleuse &eacute;tait d&eacute;j&agrave; en marche. Une fois que la porte fut totalement ouverte, Tokus se h&acirc;ta de venir nous rejoindre. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- C&rsquo;est parti, s&rsquo;exclama-t-il. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Hakks abaissa un levier et le vombrissement des moteurs se fit entendre. Une seconde plus tard, nous avions franchi la porte sans m&ecirc;me que j&rsquo;aie eu le temps de r&eacute;aliser. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Attendez, mais&hellip; la porte&nbsp;! Il faut la fermer&nbsp;! scandai-je. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Ne t&rsquo;inqui&egrave;te pas, me rassura Tokus. Avant de venir te chercher on a demand&eacute; &agrave; Beo de la fermer derri&egrave;re nous&nbsp;! Il le fera d&rsquo;une minute &agrave; l&rsquo;autre. Maintenant, regarde et profite&nbsp;!</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Sur ces mots, Hakks acc&eacute;l&eacute;ra brusquement et descendit si bas que la navette fr&ocirc;lait les herbes sur son passage. Mon c&oelig;ur se serra, je n&rsquo;avais jamais &eacute;t&eacute; tr&egrave;s rassur&eacute;e par ces engins &agrave; grande vitesse, mais se trouver &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur, c&rsquo;&eacute;tait encore autre chose&nbsp;! Hakks semblait savoir conduire l&rsquo;appareil &agrave; la perfection, et il fon&ccedil;ait &agrave; une vitesse peu croyable. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Au bout de quelques minutes, je r&eacute;ussis &agrave; calmer les battements de mon c&oelig;ur et d&eacute;cidai de me concentrer sur le paysage. Je me penchai donc vers la fen&ecirc;tre jusqu&rsquo;&agrave; avoir le nez &eacute;cras&eacute; contre la vitre. Quel spectacle&nbsp;! Nous n&rsquo;&eacute;tions qu&rsquo;&agrave; quelques m&egrave;tres du sol, et le paysage d&eacute;filait &agrave; une allure folle. La mer d&rsquo;herbes n&rsquo;&eacute;tait plus qu&rsquo;un immense tapis verdoyant que la Coquille semblait narguer en prenant de la vitesse, en montant, redescendant, virevoltant sans limites. &Ecirc;tre l&agrave;, dans cette petite navette de rien du tout, procurait des sensations incroyables. Je me f&eacute;licitai mentalement d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; choisie par les deux chasseurs pour partager avec eux ce moment incroyable. A chaque redescente effectu&eacute;e par la Coquille, je ressentais quelque chose d&rsquo;indescriptible au niveau de mon ventre. Comme si mon corps lui aussi ne demandait qu&rsquo;&agrave; s&rsquo;envoler et &agrave; se rendre ma&icirc;tre du ciel et de la terre. Libre, tout simplement. C&rsquo;est ce que nous &eacute;tions tous les trois en cet instant. Libres. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Je jetai un coup d&rsquo;&oelig;il &agrave; Tokus, qui s&rsquo;&eacute;tait mis &agrave; farfouiller dans un grand coffre dispos&eacute; derri&egrave;re la banquette.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Qu&rsquo;est-ce que tu fais&nbsp;? demandai-je. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il en sortit un &eacute;trange appareil, long comme un bras humain. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- On ne peut pas se contenter de profiter de la balade, tu sais. On est l&agrave; pour chasser. Ceci est une perforeuse, comme on l&rsquo;appelle dans le m&eacute;tier.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Je dus en cet instant lui jeter un regard des plus incr&eacute;dules, car il rit et poursuivit son explication. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- C&rsquo;est l&rsquo;arme qu&rsquo;on pr&eacute;f&egrave;re utiliser, Hakks et moi. Elle est assez l&eacute;g&egrave;re et pratique &agrave; utiliser. Regarde, je vais te montrer. D&rsquo;abord, il faut la charger avec ceci. On appelle &ccedil;a une pointe &ndash; nom tr&egrave;s original, je sais.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il introduisit un petit objet dans l&rsquo;embouchure pr&eacute;vue &agrave; cet effet, lequel ressemble &agrave; une pierre &agrave; la pointe extr&ecirc;mement pointue. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Ensuite, lorsque l&rsquo;on rep&egrave;re un gibier int&eacute;ressant, on le vise. Le mieux c&rsquo;est de s&rsquo;approcher au maximum de la bestiole pour pouvoir &ecirc;tre plus pr&eacute;cis et de lui tirer juste l&agrave;, entre les deux yeux. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Tokus accompagna ses paroles par le mouvement &eacute;quivalent, et posa d&eacute;licatement son doigt sur mon front. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- De cette fa&ccedil;on la b&ecirc;te ne souffre pas. Certains chasseurs prennent plaisir &agrave; courser l&rsquo;animal, &agrave; la faire courir en tous sens et &agrave; l&rsquo;&eacute;puiser pour le tuer &agrave; petit feu.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Nous, on n&rsquo;est pas trop ax&eacute;s l&agrave;-dessus, pr&eacute;cisa Hakks. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Il n&rsquo;y a rien de plus triste &agrave; voir qu&rsquo;une proie avec une pointe fich&eacute;e dans le flanc courir &agrave; en perdre haleine pour essayer de sauver sa vie. C&rsquo;est pour &ccedil;a que c&rsquo;est mieux d&rsquo;&ecirc;tre rapide et pr&eacute;cis. Une fois que tu as bien cibl&eacute; ta proie, tu appuies l&agrave;. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il m&rsquo;indiqua une g&acirc;chette. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Cela propulse la pointe, et le tour est jou&eacute;&nbsp;! </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Je n&rsquo;&eacute;tais pas s&ucirc;re d&rsquo;&ecirc;tre tout &agrave; fait enthousiasm&eacute;e par la perspective d&rsquo;assister au massacre de pauvres b&ecirc;tes, &agrave; vrai dire, mais je savais bien que c&rsquo;&eacute;tait essentiel. En revanche j&rsquo;avais h&acirc;te de d&eacute;couvrir la faune du Dehors, que je m&rsquo;imaginais excentrique et vivace. Il ne m&rsquo;avait &eacute;t&eacute; donn&eacute; que tr&egrave;s peu de fois de voir des animaux. Certaines familles arrakanes poss&eacute;daient bien quelques cr&eacute;atures pour leur tenir compagnie, mais celles-ci semblaient des &eacute;l&eacute;ments du d&eacute;cor plus qu&rsquo;autre chose, et passaient leur temps &agrave; dormir et &agrave; regarder passer le temps, comme si quelque chose avait aspir&eacute; leur vie. De ce que racontaient Hakks et Tokus, dans le Dehors, &ccedil;a n&rsquo;avait rien &agrave; voir&nbsp;! Quel beau spectacle ce devait &ecirc;tre que de voir des animaux dans leur habitat naturel. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Quelques virevoltements plus tard (le temps pour moi de m&rsquo;habituer un peu &agrave; la vitesse de la navette) Tokus poussa un &laquo;&nbsp;oh&nbsp;!&nbsp;&raquo; qui indiquait clairement qu&rsquo;il avait rep&eacute;r&eacute; quelque chose. Je me pr&eacute;cipitai &agrave; la fen&ecirc;tre, curieuse de voir ce que &ccedil;a pouvait bien &ecirc;tre, et m&rsquo;&eacute;merveillai en apercevant un petit troupeau en contrebas. C&rsquo;&eacute;taient de gros animaux qui m&rsquo;apparurent comme les magnifiques que j&rsquo;eus jamais vu, bien qu&rsquo;ils manquaient clairement de gr&acirc;ce. Ils se tenaient &agrave; quatre pattes, lesquels semblaient puissantes. J&rsquo;aurais &eacute;t&eacute; pr&ecirc;te &agrave; parier qu&rsquo;un coup dans les c&ocirc;tes aurait suffi &agrave; briser quelques os &agrave; n&rsquo;importe qui. Leur ventre &eacute;tait rebondi, et les muscles de leurs flancs &eacute;taient saillants. Ces b&ecirc;tes d&eacute;gageaient une puissance et une bestialit&eacute; fantastiques.&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Woaw&hellip; m&rsquo;&eacute;merveillai-je. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Allons Laz, tu ne vas quand m&ecirc;me pas croire que toutes les bestioles du Dehors sont comme &ccedil;a&nbsp;! se lamenta Tokus. Non, restons s&eacute;rieux. Ce sont des kondis, les mammif&egrave;res les plus communs et les plus stupides que l&rsquo;on puisse trouver. Par contre, ils ont une bonne chair et ce sont de vrais garde-mangers sur pattes. Je vais en abattre un ou deux. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Laz. Il m&rsquo;avait appel&eacute; Laz. Sans que je fus capable de dire pourquoi, ce petit surnom me toucha, comme s&rsquo;il marquait le d&eacute;but d&rsquo;une nouvelle proximit&eacute; entre les deux chasseurs et moi, comme s&rsquo;ils me connaissaient, comme s&rsquo;ils m&rsquo;acceptaient.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il lan&ccedil;a un regard espi&egrave;gle &agrave; Hakks. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- A l&rsquo;attaque, camarade&nbsp;! lan&ccedil;a-t-il.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- A vos ordres cap&rsquo;taine, r&eacute;pondit l&rsquo;int&eacute;ress&eacute;. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Il appuya sur l&rsquo;un des boutons du cadran et la grande vitre qui prot&eacute;geait tout le cockpit se r&eacute;tracta lentement pour finalement dispara&icirc;tre compl&egrave;tement, comme aval&eacute;e par la navette. Nous nous retrouv&acirc;mes &agrave; l&rsquo;air libre en un rien de temps. C&rsquo;en &eacute;tait presque effrayant. Ramen&eacute;e &agrave; la r&eacute;alit&eacute; par le vent qui fouettait mon visage, j&rsquo;avais la sensation que je pouvais tomber &agrave; n&rsquo;importe quel moment et me faire engloutir par la mer d&rsquo;herbes folles en contrebas. Hakks commen&ccedil;a &agrave; amorcer la descente, non pas brusquement comme je m&rsquo;y &eacute;tais attendue, mais tout en douceur, en tournoyant, en gardant une certaine distance. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- On essaye d&rsquo;effrayer les b&ecirc;tes le moins possible, m&rsquo;expliqua Tokus, mais elles ne sont pas idiotes. Regarde-les, les voil&agrave; qui se mettent &agrave; courir. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">En effet, le troupeau de kondis qui montrait d&eacute;j&agrave; des signes de nervosit&eacute; quelques instants plus t&ocirc;t avait jug&eacute; plus sage d&rsquo;abandonner sa p&acirc;ture et de d&eacute;camper au plus vite. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Avec Raoul, ils n&rsquo;ont aucune chance de fuir, fit Hakks. Sauf quand c&rsquo;est Tokus qui pilote, &eacute;videmment. Il fait &ccedil;a tellement mal que&hellip; </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Rapproche-toi&nbsp;! ordonna Tokus, qui avait d&eacute;j&agrave; commenc&eacute; &agrave; viser une b&ecirc;te. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Hakks s&rsquo;ex&eacute;cuta et effectua une brusque acc&eacute;l&eacute;ration tout en continuant sa descente. Les b&ecirc;tes acc&eacute;l&eacute;r&egrave;rent le pas mais ce ne fut pas suffisant. En un &eacute;clair, la Coquille rasait les herbes et &eacute;tait l&agrave;, &agrave; quelques m&egrave;tres d&rsquo;eux, comme si elle &eacute;tait des leurs, comme si elle aussi &eacute;tait une cr&eacute;ature qui courrait dans les plaines. Tokus prit position, se concentra pendant quelques secondes afin de calculer son angle de tir, et appuya sur la g&acirc;chette. L&rsquo;un de kondis s&rsquo;&eacute;croula, et le reste du troupeau continua sa course effr&eacute;n&eacute;e. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;"> - Ne t&rsquo;arr&ecirc;te pas&nbsp;! scanda Tokus. Suis le troupeau, j&rsquo;aimerais en abattre un autre, apr&egrave;s on reviendra chercher celui-l&agrave;. Ils vont nous &eacute;chapper sinon. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Hakks eut t&ocirc;t fait de rattraper les autres, et Tokus en tua un autre avec la m&ecirc;me facilit&eacute; que le pr&eacute;c&eacute;dent. Ce mortel spectacle ne me plaisait qu&rsquo;&agrave; moiti&eacute;, mais je devais reconna&icirc;tre tout de m&ecirc;me que les gar&ccedil;ons &eacute;taient tr&egrave;s professionnels. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Deux tirs, deux kondis&nbsp;! Alors, qu&rsquo;est-ce que tu dis de &ccedil;a&nbsp;? s&rsquo;exclama Tokus, victorieux. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Un pur coup de chance, mon vieux. D&rsquo;ailleurs je tiens &agrave; te rappeler que la derni&egrave;re fois tu as du t&rsquo;y reprendre &agrave; trois fois avant que la pauvre b&ecirc;te ne s&rsquo;arr&ecirc;te enfin de cavaler&nbsp;! se moqua Hakks. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Sur ces mots, il fit atterrir la navette tout pr&egrave;s de l&rsquo;endroit o&ugrave; le second kondi &eacute;tait tomb&eacute;. Tokus sauta en dehors de l&rsquo;appareil et atterrit avec souplesse &agrave; c&ocirc;t&eacute; du cadavre, tandis que Hakks s&rsquo;occupait des pr&eacute;paratifs visiblement n&eacute;cessaires pour charger l&rsquo;animal &agrave; bord. Il abaissa le petit levier qui commandait l&rsquo;ouverture de la porte de la soute. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- A ce stade-l&agrave;, on n&rsquo;a plus grand-chose &agrave; faire, m&rsquo;expliqua-t-il. Ces bestioles sont un peu massives pour les pauvres humains ch&eacute;tifs que nous sommes, il y a donc un c&acirc;ble rattach&eacute; &agrave; la soute donc on se sert pour les charger &agrave; bord. Je le dirige depuis le cockpit. Tokus doit l&rsquo;attacher autour de la b&ecirc;te, puis je fais les commandes n&eacute;cessaires et le c&acirc;ble se r&eacute;tracte et porte le kondi &agrave; notre place. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Une fois la b&ecirc;te charg&eacute;e dans la soute, Tokus remonta &agrave; bord et la navette red&eacute;colla pour se poser pr&egrave;s de l&rsquo;autre kondi afin d&rsquo;effectuer la m&ecirc;me man&oelig;uvre. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Et en retournant &agrave; la N&eacute;buleuse, on aura du boulot, tu peux me croire&nbsp;! s&rsquo;exclama Hakks. Une fois que les proies sont tu&eacute;es, il faut aller assez vite si l&rsquo;on ne veut pas que la chair pourrisse. Il faut d&eacute;pecer les animaux et stocker la viande au frais, sans oublier d&rsquo;en donner une partie au cuistot pour qu&rsquo;il nous le pr&eacute;pare pour le repas du soir, bien entendu.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Ah, &ccedil;a, c&rsquo;est s&ucirc;r, c&rsquo;est pas pour les gringalets&nbsp;! ajouta Tokus tout en enroulant le c&acirc;ble autour du corps du kondi. C&rsquo;est pas tr&egrave;s agr&eacute;able comme boulot, mieux vaut ne pas avoir peur du sang. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">A l&rsquo;instant m&ecirc;me o&ugrave; Tokus faisait cette d&eacute;claration commen&ccedil;a &agrave; se produire un ph&eacute;nom&egrave;ne &eacute;trange. La terre se mit &agrave; trembler. Tout doucement, d&rsquo;abord, c&rsquo;&eacute;tait &agrave; peine perceptible, comme un l&eacute;ger frisson. Puis de plus en plus fort, de plus en plus intense. La terre semblait crier sa rage et le chant de col&egrave;re qu&rsquo;elle poussait nous secouait et nous &eacute;branlait de la t&ecirc;te aux pieds. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Hakks, Tokus&nbsp;! fit la voix gr&eacute;sillante de Neith dans la petite radio de la navette. Rentrez vite &agrave; la N&eacute;buleuse, il se passe un truc pas normal&nbsp;! D&eacute;p&ecirc;chez-vous bordel&nbsp;!</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Je sentis une peur panique s&rsquo;emparer de moi. La N&eacute;buleuse se trouvait quelques centaines de m&egrave;tres derri&egrave;re nous et sa petite silhouette se distinguait &agrave; peine au loin. Notre grand et majestueux vaisseau n&rsquo;avait plus l&rsquo;air de rien et semblait si d&eacute;risoire face &agrave; la fureur qui avait &eacute;clat&eacute; partout autour de nous. Je jetai un rapide coup d&rsquo;&oelig;il &agrave; Hakks. L&rsquo;air hilare qu&rsquo;il affichait constamment s&rsquo;&eacute;tait effac&eacute; de son visage. On n&rsquo;y lisait &agrave; pr&eacute;sent plus qu&rsquo;une chose&nbsp;: l&rsquo;inqui&eacute;tude. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Tokus, d&eacute;p&ecirc;che-toi bordel&nbsp;! cria-t-il &agrave; son acolyte. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Une seconde, r&eacute;pondit celui-ci, j&rsquo;ai presque fini&hellip; </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Tokus, come s&rsquo;il n&rsquo;avait que faire de ce qui se passait autour de lui, &eacute;tait toujours en train d&rsquo;accrocher le c&acirc;ble tant bien que mal autour du kondi. Le cadavre de l&rsquo;animal semblait &ecirc;tre revenu brusquement &agrave; la vie et &eacute;tait victime de violents soubresauts, anim&eacute; par la f&eacute;roce &eacute;nergie de la terre qui tremblait. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Laisse tomber pour la bestiole&nbsp;et d&eacute;p&ecirc;che-toi de monter cr&eacute;tin&nbsp;! </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Mais Tokus ne semblait pas de cet avis. Il s&rsquo;&eacute;vertua tant bien que mal &agrave; finir ce qu&rsquo;il avait commenc&eacute;, puis sauta agilement dans la navette tandis que le c&acirc;ble commen&ccedil;ait &agrave; se r&eacute;tracter, entra&icirc;nant avec lui le corps de l&rsquo;animal. Hakks n&rsquo;attendit pas une seconde de plus pour remettre les moteurs en marche et s&rsquo;envoler en direction de la N&eacute;buleuse. Je pensais que nous &eacute;tions tir&eacute;s d&rsquo;affaire, mais &eacute;trangement, la Coquille semblait continuer &agrave; &ecirc;tre sujette &agrave; des tremblements m&ecirc;me au vol. Je vis Hakks grimacer tout en tentant de prendre les commandes du v&eacute;hicule, sans r&eacute;ellement y parvenir. La petite navette de chasse semblait &ecirc;tre devenue folle, et n&rsquo;ob&eacute;issait plus &agrave; son pilote. Les vibrations qui parcouraient la coque &eacute;taient si puissantes qu&rsquo;elles p&eacute;n&eacute;traient dans mon corps et me faisaient claquer des dents. Je poussai un hurlement, terroris&eacute;e, m&rsquo;imaginant d&eacute;j&agrave; la navette s&rsquo;&eacute;craser au sol et nous avec. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Calme-toi Laz, &ccedil;a va aller, me lan&ccedil;a Hakks tout en restant concentr&eacute; sur ses manettes. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Bien que le ton de sa r&eacute;ponse ne m&rsquo;e&ucirc;t absolument pas convaincu, je tentai de prendre sur moi et m&rsquo;agrippai &agrave; la banquette du plus fort que je le pouvais, comme si cela e&ucirc;t pu me sauver. La N&eacute;buleuse n&rsquo;&eacute;tait plus qu&rsquo;&agrave; quelques dizaines de m&egrave;tres, et l&rsquo;on distinguait d&eacute;j&agrave; la porte des cales, que quelqu&rsquo;un avait ouverte pour nous. Pendant un instant je fus persuad&eacute;e que nous allions nous &eacute;craser contre la coque du vaisseau, mais Hakks, contre toute attente, r&eacute;ussit tant bien que mal &agrave; faire atterrir la Coquille. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Une fois qu&rsquo;il e&ucirc;t coup&eacute; les moteurs, nous nous h&acirc;t&acirc;mes de descendre. Tous mes membres tremblaient et je ne pus emp&ecirc;cher quelques larmes de rouler sur mes joues, que j&rsquo;essuyai aussit&ocirc;t avec rage du revers de ma manche. J&rsquo;avais &eacute;t&eacute; prise d&rsquo;une peur indicible, et en sentais encore les &eacute;chos d&eacute;chirants dans mon corps. Les deux chasseurs semblaient eux aussi interloqu&eacute;s. Hakks posa sa main sur mon &eacute;paule et sembla sur le point de dire quelque chose, mais une violente secousse secoua la N&eacute;buleuse, nous d&eacute;s&eacute;quilibrant momentan&eacute;ment. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">- Venez, fermons la porte et allons rejoindre les autres l&agrave;-haut, proposa Hakks. Bordel, qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il se passe&nbsp;!</span><br/><span style="font-family: georgia,palatino;">&nbsp;</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong><span style="font-size: 13pt;">[T&auml;her] </span></strong>D&egrave;s la premi&egrave;re secousse, j&rsquo;avais senti quelque chose d&rsquo;anormal .La N&eacute;buleuse &eacute;tait devenue folle et ne m&rsquo;ob&eacute;issait qu&rsquo;&agrave; moiti&eacute;, comme si une autre &eacute;nergie bien plus puissante voulait la guider vers d&rsquo;autres horizons. Je parvenais momentan&eacute;ment &agrave; reprendre le contr&ocirc;le du vaisseau et le perdais dans la minute qui suivait. Rien n&rsquo;avait pourtant laiss&eacute; transpara&icirc;tre ce changement brutal. La matin&eacute;e s&rsquo;&eacute;tait &eacute;coul&eacute;e, calme et tranquille, et la N&eacute;buleuse avait fil&eacute; sur les vents sans qu&rsquo;aucun incident ne se produis&icirc;t. Ce qui &eacute;tait en train de se produire m&rsquo;&eacute;chappait totalement. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">&nbsp; La terre ne se contentait pas seulement de trembler. Elle poussait d&rsquo;effroyables g&eacute;missements, comme si elle &eacute;tait vivante, d&rsquo;une voix grave et caverneuse. Jamais encore je n&rsquo;avais entendu parler d&rsquo;un tel ph&eacute;nom&egrave;ne. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<br/><span style="font-family: georgia,palatino;">&nbsp;</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong><span style="font-size: 13pt;">[Drizzt] </span></strong>Les secousses avaient mis quelques minutes &agrave; se calmer. Tout l&rsquo;&eacute;quipage s&rsquo;&eacute;tait r&eacute;fugi&eacute; &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du vaisseau, de peur de passer par-dessus-bord, &nbsp;et personne n&rsquo;&eacute;tait &agrave; m&ecirc;me de t&eacute;moigner exactement de ce qui s&rsquo;&eacute;tait pass&eacute;. L&rsquo;&eacute;pisode avait, en tout cas, marqu&eacute; la plupart des esprits et en avaient terroris&eacute; certains. J&rsquo;avais eu &agrave; tranquilliser la petite Lazuli et Beo, qui avaient &eacute;t&eacute; pris d&rsquo;une profonde angoisse. Pour ma part, bien que je fus rest&eacute; sto&iuml;que lors de l&rsquo;incident, ma curiosit&eacute; avait &eacute;t&eacute; piqu&eacute;e. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Nous avions eu par la suite une conversation dans la cabine de Nabion, avec le magn&eacute;ticien, le routier et la pilote, et en &eacute;tions arriv&eacute;s &agrave; la conclusion qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une manifestation magn&eacute;tique des plus attendus. Lao avait exprim&eacute; ses doutes &agrave; ce sujet, en raison de la totale anormalit&eacute; de la chose. Nous &eacute;tions en pleine saison creuse et de tels &eacute;v&egrave;nements n&rsquo;avaient aucune raison de se produire, surtout de cette fa&ccedil;on. Il n&rsquo;y avait cependant pas d&rsquo;autre explication possible, et Lao avait d&eacute;clar&eacute; qu&rsquo;il se pencherait plus en d&eacute;tails sur la question. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Par mesure de s&eacute;curit&eacute;, nous nous &eacute;tions &eacute;galement mis d&rsquo;accord pour d&eacute;vier de notre trajectoire. Personne ne savait exactement ce qu&rsquo;il s&rsquo;&eacute;tait pass&eacute;, mais il &eacute;tait clair que si nous suivions la direction choisie au d&eacute;part &ndash; c&rsquo;est-&agrave;-dire contourner les montagnes &ndash; nous risquions d&rsquo;&ecirc;tre confront&eacute;s une nouvelle fois &agrave; cet &eacute;trange ph&eacute;nom&egrave;ne, qui, s&rsquo;il avait cess&eacute; de s&eacute;vir aux alentours du vaisseau, avaient sembl&eacute; s&rsquo;&eacute;loigner dans la direction que nous nous appr&ecirc;tions &agrave; prendre. Certains avaient vu &ccedil;a comme un avertissement, d&rsquo;autres comme un simple ph&eacute;nom&egrave;ne physique, mais afin de ne pas prendre de risques nous avions d&eacute;cid&eacute; de passer par le col d&rsquo;Echin&eacute;e. La travers&eacute;e nous prendrait deux jours, peut-&ecirc;tre trois, contre douze si nous contournions les montagnes. Cela repr&eacute;senterait en plus un gain de temps, et l&rsquo;assurance de ne pas se retrouver embarqu&eacute; dans cette &eacute;trange temp&ecirc;te aux caract&eacute;ristiques improbables. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Nous n&rsquo;en &eacute;tions qu&rsquo;au sixi&egrave;me jour de navigation, et les premiers impr&eacute;vus avaient d&eacute;j&agrave; point. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<br/><span style="font-family: georgia,palatino;">&nbsp;</span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;"><span style="font-family: georgia,palatino;"><strong><span style="font-size: 13pt;">[Tokus] </span></strong>Personne n&rsquo;a vu. Ou personne n&rsquo;a voulu voir. </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Ils se sont ent&ecirc;t&eacute;s &agrave; d&eacute;clarer que l&rsquo;&eacute;trange ph&eacute;nom&egrave;ne duquel nous avions &eacute;t&eacute; victimes &eacute;tait d&ucirc; &agrave; une manifestation magn&eacute;tique inattendue. Foutaises. N&rsquo;avaient-ils pourtant pas entendu les g&eacute;missements, les &eacute;tranges sonorit&eacute;s qui semblaient sortir des entrailles m&ecirc;mes de la terre&nbsp;? N&rsquo;avait-ils pas senti cet &eacute;trange chant r&eacute;sonner jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de leurs os&nbsp;? </span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;">&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">J&rsquo;ai vu. Lorsque nous &eacute;tions &agrave; bord du pauvre Raoul secou&eacute; de tremblements, en train de revenir vers la N&eacute;buleuse, j&rsquo;ai vu. Hakks &eacute;tait trop concentr&eacute; sur sa conduite, et Lazuli bien trop paniqu&eacute;e pour pouvoir percevoir quoi que ce soit. Mais moi je l&rsquo;ai vue. La chose. Car ce n&rsquo;&eacute;tait pas un ph&eacute;nom&egrave;ne magn&eacute;tique, oh &ccedil;a non. J&rsquo;ai vu une forme immense &eacute;merger de la terre, une silhouette sombre et claire &agrave; la fois, aux couleurs changeantes et iris&eacute;es, une forme ind&eacute;finie qui semblait m&ecirc;l&eacute;e &agrave; la terre et distincte &agrave; la fois. La terre ne tremblait pas. Elle bougeait, elle se remodelait au contact de cette chose, elle ondulait en harmonie avec ses mouvements. Et surtout, j&rsquo;ai vu un &oelig;il. Un &oelig;il immense, cristallin, profond, d'une couleur ind&eacute;finissable et troublante. Un &oelig;il qui, l&rsquo;espace d&rsquo;un bref instant, m&rsquo;a regard&eacute;, et a fait fondre tout mon corps de l&rsquo;int&eacute;rieur. C&rsquo;est comme &ccedil;a que je l&rsquo;ai ressenti. </span></p>
<p>&nbsp;<span style="font-family: georgia,palatino;">Ce n&rsquo;&eacute;tait pas une simple cr&eacute;ature. Je les connais sur le bout des doigts, moi, les bestioles qui errent dans le Dehors. Celle-ci &eacute;tait diff&eacute;rente. Sa silhouette d&eacute;gageait une aura de puissance presque intol&eacute;rable, son regard per&ccedil;ait mon corps. Il y avait comme une magie, un secret ancestral cach&eacute; au creux de cette chose. Elle est gla&ccedil;ante, terrifiante et rassurante &agrave; la fois, elle semblait reine et ma&icirc;tresse absolue.</span></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align: justify; text-indent: 43.95pt;"><span style="font-family: georgia,palatino;">Il y a quelque chose d&rsquo;&eacute;trange sur cette terre. Il y a une pr&eacute;sence dont on a omis de nous parler, ou peut-&ecirc;tre les autres n&rsquo;en ont-ils m&ecirc;me pas conscience. Il y a quelque chose qu&rsquo;aucun de nous ne soup&ccedil;onnait et que personne &agrave; bord n&rsquo;acceptera de croire si je ne divulgue ne serait-ce qu&rsquo;un seul mot &agrave; ce sujet. Mais elle est l&agrave;, je sais ce que j&rsquo;ai vu. Elle a beau s&rsquo;en &ecirc;tre all&eacute;e plus loin, je sais qu&rsquo;elle est l&agrave; et qu&rsquo;un jour ou l&rsquo;autre nous aurons &agrave; recroiser son chemin. &nbsp;&nbsp;</span></p>
<p>&nbsp;</p><br /><br /><div class="article_sharebtns"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2F6-a11949151&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=65&amp;action=like&amp;font&amp;colorscheme=light&amp;height=21" scrolling="no" frameborder="0" style="border:none; overflow:hidden; width:65px; height:21px;" allowTransparency="true"><br /></iframe><iframe allowtransparency="true" frameborder="0" scrolling="no" src="http://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.html?url=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2F6-a11949151&amp;text=6&amp;count=none" style="width: 55px; height: 20px;"></iframe><span><g:plusone size="medium" count="true" href="http://magneticstorm.eklablog.com/6-a11949151"></g:plusone></span></div><br /><hr />Article original rédigé par Callirhoé et publié sur <a href="http://magneticstorm.eklablog.com">Magnetic Storm</a> <br /> Reproduction interdite sans autorisation]]></content:encoded>
		<pubDate>Thu, 13 Oct 2011 16:47:54 +0200</pubDate>
		<guid isPermaLink="true">http://magneticstorm.eklablog.com/6-a11949151</guid>
		<dc:creator>Callirhoé</dc:creator>
		<dc:date>2011-10-13T16:47:54+02:00</dc:date>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Mes lectures virtuelles]]></title>
		<link>http://magneticstorm.eklablog.com/mes-lectures-virtuelles-a6326619</link>
		<description><![CDATA[&nbsp; &nbsp; Bien l'bonjour ! &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Bon, r&eacute;cemment je me suis dit que quand m&ecirc;me, c'est bien beau d'&eacute;crire une fiction mais on n'est pas tout seul sur la toile. Je voulais donc vous faire partager mes lectures virtuelles (parce qu'ya plein de gens talentueux cach&eacute;s dans des blogs obscurs, oui...]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article6326619_1.jpg?5424" alt="Mes lectures virtuelles"/></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: large;"><strong>Bien l'bonjour !</strong></span></p>
<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Bon, r&eacute;cemment je me suis dit que quand m&ecirc;me, c'est bien beau d'&eacute;crire une fiction mais on n'est pas tout seul sur la toile. Je voulais donc vous faire partager mes lectures virtuelles (parce qu'ya plein de gens talentueux cach&eacute;s dans des blogs obscurs, oui oui) , celles qui m'ont marqu&eacute;es, celles que je suis, celles... enfin tout &ccedil;a quoi&nbsp;<img src="http://magneticstorm.eklablog.com//images/emoticons/smile.gif" border="0" alt=""/>&nbsp;Je vous conseille vivement d'aller y faire un tour !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <strong><span style="font-size: large;"><a href="http://verdoyant-bordel.skyrock.com/">BARRACUDA</a></span></strong>, c'est l'petit dernier en date (que je lis je veux dire). De l'<span style="color: #ffcc99;"><strong>aventure</strong></span> et un peu de la<span style="color: #ffcc99;"><strong> science-fiction</strong></span> aussi, mais &eacute;talement de la <span style="color: #ffcc99;"><strong>fantasy</strong></span>, bref, une bonne vieille histoire comme on les aime, &eacute;videmment port&eacute;e par des personnages hauts en couleurs et attachants. (sinon ce s'rait pas dr&ocirc;le).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <span style="font-size: medium;"><strong><a href="http://silver-tower.skyrock.com/">SILVER TOWER</a></strong></span>, ou un sc&eacute;nario assez classique : l'humanit&eacute; a &eacute;t&eacute; d&eacute;vast&eacute;e par un <strong><span style="color: #666699;">virus</span></strong>, et <strong>Loveless</strong>, un jeune gar&ccedil;on de 15 ans, erre dans un monde d&eacute;vast&eacute; &agrave; la recherche de son identit&eacute;... Certes, c'est du d&eacute;j&agrave; vu, mais c'est &eacute;crit avec finesse et puis, chut, je raffole de ces genres d'ambiances.&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <span style="font-size: medium;"><strong><a href="http://silver-tower.skyrock.com/">YOU SHALL NEVER RETURN</a></strong></span>, non mais alors l&agrave; mes gaillards on arr&ecirc;te de glandouiller sur le net et on FONCE voir cette histoire ! Alors je saurais pas vous dire pourquoi, pourtant j'ai pas d'affinit&eacute; particuli&egrave;re avec les cowboys virils (je pr&eacute;f&egrave;re les chamans mexicains qui vivent dans des cabanes dans la montagne) mais J'A-D-O-R-E. Cette petite histoire, on ne sait pas o&ugrave; elle m&egrave;ne - enfin on soup&ccedil;onne deux trois trucs surprenants - mais elle envo&ucirc;te comme peu d'autres ! C'est genre "quoooiii c'est d&eacute;j&agrave; la fin ? Fichtre mais que va-t-il se passer ??!" . Alors, j'adh&egrave;re, c'est tout.<br/>&nbsp;</p><br /><br /><div class="article_sharebtns"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Fmes-lectures-virtuelles-a6326619&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=65&amp;action=like&amp;font&amp;colorscheme=light&amp;height=21" scrolling="no" frameborder="0" style="border:none; overflow:hidden; width:65px; height:21px;" allowTransparency="true"><br /></iframe><iframe allowtransparency="true" frameborder="0" scrolling="no" src="http://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.html?url=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Fmes-lectures-virtuelles-a6326619&amp;text=Mes%20lectures%20virtuelles&amp;count=none" style="width: 55px; height: 20px;"></iframe><span><g:plusone size="medium" count="true" href="http://magneticstorm.eklablog.com/mes-lectures-virtuelles-a6326619"></g:plusone></span></div><br /><hr />Article original rédigé par Callirhoé et publié sur <a href="http://magneticstorm.eklablog.com">Magnetic Storm</a> <br /> Reproduction interdite sans autorisation]]></content:encoded>
		<pubDate>Sun, 02 Oct 2011 15:33:09 +0200</pubDate>
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		<dc:creator>Callirhoé</dc:creator>
		<dc:date>2011-10-02T15:33:09+02:00</dc:date>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[]]></title>
		<link>http://magneticstorm.eklablog.com/-a5918379</link>
		<description><![CDATA[&nbsp; &nbsp; Kvardek_du &nbsp;~ J'inaugure : pourquoi un titre en anglais ?
 &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp; Euh, je crois que la seule et unique raison c'est que je manquais cruellement d'inspiration. C'est vrai quoi, quel nom vous voulez donner &agrave; une histoire tordue dans un monde fictif en bravant des ennemis...]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<ul>
<li><strong><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Utilisateur:Kvardek_du%20">Kvardek_du</a>&nbsp;~ <span style="color: #993366;"><em>J'inaugure : pourquoi un titre en anglais ?<br/></em></span></strong></li>
</ul>
<p><strong><em>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;</em></strong>Euh, je crois que la seule et unique raison c'est que je manquais cruellement d'inspiration. C'est vrai quoi, quel nom vous voulez donner &agrave; une histoire tordue dans un monde fictif en bravant des ennemis magn&eacute;tiques ... ? Mais quand j'ai commenc&eacute; &agrave; &eacute;crire Magnetic Storm j'avais tellement h&acirc;te de me jeter dans l'histoire que j'ai choisi la solution bateau : le titre en anglais. Mais si vous avez mieux j'suis preneuse :) !</p>
<p>&nbsp;</p><br /><br /><div class="article_sharebtns"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2F-a5918379&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=65&amp;action=like&amp;font&amp;colorscheme=light&amp;height=21" scrolling="no" frameborder="0" style="border:none; overflow:hidden; width:65px; height:21px;" allowTransparency="true"><br /></iframe><iframe allowtransparency="true" frameborder="0" scrolling="no" src="http://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.html?url=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2F-a5918379&amp;text=&amp;count=none" style="width: 55px; height: 20px;"></iframe><span><g:plusone size="medium" count="true" href="http://magneticstorm.eklablog.com/-a5918379"></g:plusone></span></div><br /><hr />Article original rédigé par Callirhoé et publié sur <a href="http://magneticstorm.eklablog.com">Magnetic Storm</a> <br /> Reproduction interdite sans autorisation]]></content:encoded>
		<pubDate>Thu, 29 Sep 2011 11:43:14 +0200</pubDate>
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		<dc:creator>Callirhoé</dc:creator>
		<dc:date>2011-09-29T11:43:14+02:00</dc:date>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Amskin]]></title>
		<link>http://magneticstorm.eklablog.com/amskin-a5562809</link>
		<description><![CDATA[&nbsp; AM S K IN 
 dite l'espi&egrave;gle &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; On dit d'Amskin que c'est une ville farceuse, qui aime jouer avec ses habitants, les perdre et les emmener dans les endroits les plus inattendus. En effet Amskin est un impressionnant d&eacute;dale de petites ruelles qui partent dans tous les...]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5562809_1.jpg?9064" alt="Amskin"/></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: xx-large; color: #888888;"><strong>AM</strong>S<strong>K</strong>IN</span><br/><span style="font-size: small;">dite <em>l'espi&egrave;gle</em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: x-small;"><em>&nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;</em></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: small;"><em>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; On dit d'Amskin que c'est une ville farceuse, qui aime jouer avec ses habitants, les perdre et les emmener dans les endroits les plus inattendus. En effet Amskin est un impressionnant d&eacute;dale de petites ruelles qui partent dans tous les sens, il est tr&egrave;s difficile de s'y rep&eacute;rer. Amskin est &eacute;galement r&eacute;put&eacute;e pour &ecirc;tre la principale ville mini&egrave;re du continent, puisqu'elle se trouve juste &agrave; c&ocirc;t&eacute; de mines de minerai qu'elle exploite depuis des ann&eacute;es.</em></span></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium; color: #888888;"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &raquo; Comment je m'imagine Amskin</strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #888888;"><strong><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5562809_2.jpg?4867">&nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5562809_3.jpg?8856" alt="Amskin"/> </a><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5562809_4.jpg?549"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5562809_5.jpg?8531" alt="Amskin"/></a></strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #888888;"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp; </strong></span>by<a href="http://rdumont.deviantart.com/"> rdumont</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; by <a href="http://artbytheo.deviantart.com/">artbytheo</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5562809_6.jpg?5947"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5562809_7.jpg?9779" alt="Amskin"/></a></p>
<p style="text-align: center;">by <a href="http://artbytheo.deviantart.com/">artbytheo</a></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong>N'h&eacute;sitez pas &agrave; soumettre vos propositions, dessins, </strong></span><br/><span style="font-size: medium;"><strong>id&eacute;es, repr&eacute;sentations personnelles.... Tout, quoi!</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong><br/></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong><br/></strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #888888;"><strong><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5562809_4.jpg?549"></a><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5562809_2.jpg?4867"><br/></a></strong></span></p><br /><br /><div class="article_sharebtns"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Famskin-a5562809&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=65&amp;action=like&amp;font&amp;colorscheme=light&amp;height=21" scrolling="no" frameborder="0" style="border:none; overflow:hidden; width:65px; height:21px;" allowTransparency="true"><br /></iframe><iframe allowtransparency="true" frameborder="0" scrolling="no" src="http://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.html?url=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Famskin-a5562809&amp;text=Amskin&amp;count=none" style="width: 55px; height: 20px;"></iframe><span><g:plusone size="medium" count="true" href="http://magneticstorm.eklablog.com/amskin-a5562809"></g:plusone></span></div><br /><hr />Article original rédigé par Callirhoé et publié sur <a href="http://magneticstorm.eklablog.com">Magnetic Storm</a> <br /> Reproduction interdite sans autorisation]]></content:encoded>
		<pubDate>Wed, 14 Sep 2011 21:43:04 +0200</pubDate>
		<guid isPermaLink="true">http://magneticstorm.eklablog.com/amskin-a5562809</guid>
		<dc:creator>Callirhoé</dc:creator>
		<dc:date>2011-09-14T21:43:04+02:00</dc:date>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Arrakas]]></title>
		<link>http://magneticstorm.eklablog.com/arrakas-a5561715</link>
		<description><![CDATA[&nbsp; AR RA K A S 
 dite la puissante &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;Arrakas d&eacute;tient, sans aucune h&eacute;sitation, le monopole de la puissance. Des 5 cit&eacute;-bulles, elle est la plus grosse exportatrice, et sans doute celle qui a le d&eacute;sir d'expansion le plus ardent. Sa technologie bien plus avanc&eacute;e que dans les...]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561715_1.jpg?8638" alt=""/></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: xx-large; color: #888888;"><strong>AR</strong>RA<strong>K</strong>A<strong>S</strong></span><br/><span style="font-size: medium;">dite <em>la puissante</em></span></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp; &nbsp; <em>&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;Arrakas d&eacute;tient, sans aucune h&eacute;sitation, le monopole de la puissance. Des 5 cit&eacute;-bulles, elle est la plus grosse exportatrice, et sans doute celle qui a le d&eacute;sir d'expansion le plus ardent. Sa technologie bien plus avanc&eacute;e que dans les autres villes et son Minist&egrave;re efficacement organis&eacute; font d'elle une ville &agrave; part.&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;<span style="font-size: xx-large; color: #888888;"><strong>E</strong>con<strong>o</strong>mi<strong>e</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Arrakas est tr&egrave;s riche, gr&acirc;ce &agrave; tous les produits de haute technologie que lui envient et lui ach&egrave;tent les autres villes. Elle est &eacute;galement relativement ind&eacute;pendante gr&acirc;ce &agrave; des cultures artificielles install&eacute;es en dehors de la ville, qui lui permettent de rem&eacute;dier &agrave; ses besoins premiers sans avoir &agrave; se tourner vers les autres cit&eacute;-bulles. Cependant, &eacute;tant une ville riche, elle peut se permettre d'importer de nombreux produits. Les arrakans raffolent par exemple de l'artisanat de Forrho&eacute;.&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;<span style="font-size: xx-large; color: #888888;"><strong>P</strong>ol<strong>iti</strong>qu<strong>e</strong></span></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Arrakas est clairement l'une des villes au syst&egrave;me politique le plus efficace. Le Minist&egrave;re y est tr&egrave;s bien organis&eacute; et bon nombre d'habitants sont tr&egrave;s satisfaits de la fa&ccedil;on dont sont men&eacute;es les choses.&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <span style="color: #888888;"><strong><span style="font-size: large;">&raquo; Comment je m'imagine Arrakas</span></strong></span></p>
<p><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561715_2.jpg?6205">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561715_3.jpg?2102" width="279" height="181" alt=""/></a><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561715_4.jpg?4364"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561715_5.jpg?9637" alt=""/></a><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561715_2.jpg?6205">&nbsp; </a></p>
<p style="text-align: left;"><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561715_2.jpg?6205">&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp; </a>by <a href="http://fcagno.deviantart.com/">fcagno</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; by<a href="http://jouey-.deviantart.com/"> jOuey</a></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561715_6.jpg?1579"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561715_7.jpg?5090" alt=""/></a></p>
<p style="text-align: center;">by <a href="http://hamsterfly.deviantart.com/">hamsterfly</a></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong>N'h&eacute;sitez pas &agrave; soumettre vos propositions, dessins, </strong></span><br/><span style="font-size: medium;"><strong>id&eacute;es, repr&eacute;sentations personnelles.... Tout, quoi!</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong><br/></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong><br/></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong><br/></strong></span></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p><br /><br /><div class="article_sharebtns"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Farrakas-a5561715&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=65&amp;action=like&amp;font&amp;colorscheme=light&amp;height=21" scrolling="no" frameborder="0" style="border:none; overflow:hidden; width:65px; height:21px;" allowTransparency="true"><br /></iframe><iframe allowtransparency="true" frameborder="0" scrolling="no" src="http://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.html?url=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Farrakas-a5561715&amp;text=Arrakas&amp;count=none" style="width: 55px; height: 20px;"></iframe><span><g:plusone size="medium" count="true" href="http://magneticstorm.eklablog.com/arrakas-a5561715"></g:plusone></span></div><br /><hr />Article original rédigé par Callirhoé et publié sur <a href="http://magneticstorm.eklablog.com">Magnetic Storm</a> <br /> Reproduction interdite sans autorisation]]></content:encoded>
		<pubDate>Wed, 14 Sep 2011 20:00:13 +0200</pubDate>
		<guid isPermaLink="true">http://magneticstorm.eklablog.com/arrakas-a5561715</guid>
		<dc:creator>Callirhoé</dc:creator>
		<dc:date>2011-09-14T20:00:13+02:00</dc:date>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Talliope]]></title>
		<link>http://magneticstorm.eklablog.com/talliope-a5561505</link>
		<description><![CDATA[&nbsp; TAL LI O P E 
 dite la magnifique &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Talliope est la plus riche de toutes les cit&eacute;s, et est &eacute;galement consid&eacute;r&eacute;e comme la plus belle et la plus int&eacute;ressante au niveau architectural et am&eacute;nagement de l'espace. Ici l'on ne retrouve rien du d&eacute;sordre et de l'animation qui...]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561505_1.jpg?7562" alt=""/></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: xx-large; color: #888888;"><strong>TAL</strong>LI<strong>O</strong>P<strong>E</strong></span><br/><span style="font-size: medium;">dite<em> la magnifique</em></span></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Talliope est la plus riche de toutes les cit&eacute;s, et est &eacute;galement consid&eacute;r&eacute;e comme la plus belle et la plus int&eacute;ressante au niveau architectural et am&eacute;nagement de l'espace. Ici l'on ne retrouve rien du d&eacute;sordre et de l'animation qui peut r&eacute;gner &agrave; Forrho&eacute; ou a Amskin.</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<span style="color: #bd4641;"> <strong>&raquo; Comment je m'imagine Talliope</strong></span></p>
<p><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561505_2.jpg?7127" alt="Talliope"/></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561505_3.jpg?9005"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5561505_4.jpg?9696" alt="Talliope"/></a></p>
<p style="text-align: center;">by <a href="http://jenovah-art.deviantart.com/">jenovah-art</a></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong>N'h&eacute;sitez pas &agrave; soumettre vos propositions, dessins, </strong></span><br/><span style="font-size: medium;"><strong>id&eacute;es, repr&eacute;sentations personnelles.... Tout, quoi!</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong><br/></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong><br/></strong></span></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p><br /><br /><div class="article_sharebtns"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Ftalliope-a5561505&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=65&amp;action=like&amp;font&amp;colorscheme=light&amp;height=21" scrolling="no" frameborder="0" style="border:none; overflow:hidden; width:65px; height:21px;" allowTransparency="true"><br /></iframe><iframe allowtransparency="true" frameborder="0" scrolling="no" src="http://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.html?url=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Ftalliope-a5561505&amp;text=Talliope&amp;count=none" style="width: 55px; height: 20px;"></iframe><span><g:plusone size="medium" count="true" href="http://magneticstorm.eklablog.com/talliope-a5561505"></g:plusone></span></div><br /><hr />Article original rédigé par Callirhoé et publié sur <a href="http://magneticstorm.eklablog.com">Magnetic Storm</a> <br /> Reproduction interdite sans autorisation]]></content:encoded>
		<pubDate>Wed, 14 Sep 2011 19:41:21 +0200</pubDate>
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		<dc:creator>Callirhoé</dc:creator>
		<dc:date>2011-09-14T19:41:21+02:00</dc:date>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Forrhoé]]></title>
		<link>http://magneticstorm.eklablog.com/forrhoe-a5560973</link>
		<description><![CDATA[&nbsp; F o rrh o &eacute; 
dite l'exotique &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Forrho&eacute; fut construite sur les rives de l'Onde, certaines zones de la ville sont donc partiellement immerg&eacute;es dans l'eau, ce qui en fait un d&eacute;cor tout &agrave; fait unique que l'on ne retrouve dans aucune autre des cit&eacute;-bulles. Forrho&eacute; semble...]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560973_1.jpg?2664" alt="Forrho&eacute;"/></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: xx-large; color: #888888;"><strong>F</strong>o<strong>rrh</strong>o<strong>&eacute;</strong></span><br/>dite <em>l'exotique</em></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>Forrho&eacute; fut construite sur les rives de l'Onde, certaines zones de la ville sont donc partiellement immerg&eacute;es dans l'eau, ce qui en fait un d&eacute;cor tout &agrave; fait unique que l'on ne retrouve dans aucune autre des cit&eacute;-bulles. Forrho&eacute; semble ne jamais rien vouloir faire comme les autres. On ne peut observer de telles couleurs et une telle animation nulle part ailleurs. C'est une ville palpitante, pleine de vie et de loufoqueries &agrave; chaque coin de rue.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><br/></em></p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <span style="font-size: xx-large; color: #888888;"><strong>E</strong>con<strong>o</strong>mi<strong>e</strong></span></p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Forrho&eacute; est la cit&eacute;-bulle la plus pauvre de toutes. Bien que son artisanat soit appr&eacute;ci&eacute; par les autres villes pour son exotisme, tout ce qu'elle exporte est vendu tr&egrave;s bon march&eacute; et elle ne parvient donc pas &agrave; relever la barre &eacute;conomiquement. Cette pauvret&eacute; est par ailleurs clairement visible au sein m&ecirc;me de la ville, ne serait-ce qu'&agrave; voir les milliers de personnes qui dorment sous tente faute d'un toit. Par ailleurs il y a tr&egrave;s peu de commerces stables et organis&eacute;s comme &agrave; Talliope par exemple. A Forrho&eacute; l'extr&ecirc;me majorit&eacute; du commerce se fait sur les march&eacute;s, les stands isol&eacute;s ou les vendeurs ambulants.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <span style="font-size: xx-large; color: #888888;"><strong>P</strong>o<strong>liti</strong>qu<strong>e</strong><strong></strong></span></p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le Minist&egrave;re de Forrho&eacute; a bien du mal &agrave; contr&ocirc;ler la ville, compte tenu du chaos qui y r&egrave;gne. Elle semble n'en faire qu'&agrave; sa t&ecirc;te et se moduler toute seule. Le Minist&egrave;re est relativement impuissant au sein de Forrho&eacute;, et ce sont en fait tous ses artisans, ses activistes et ses habitants qui la r&eacute;inventent chaque jour. En terme de relations avec les autres villes, Forrho&eacute; est certainement la plus sereine en ce qui concerne les tensions. Trop occup&eacute;e par ses probl&egrave;mes internes, elle n'est pas encore rentr&eacute;e dans la comp&eacute;tition qui r&eacute;git les autres cit&eacute;s. C'est une ville pour laquelle les autres ont en g&eacute;n&eacute;ral de la sympathie, et compte tenu de sa position avantageuse (elle se trouve pr&eacute;cis&eacute;ment au milieu du continent) d'autres cit&eacute;s se sont r&eacute;cemment mis en t&ecirc;te de lui apporter leur aide sur plusieurs aspects afin de se faire de Forrho&eacute; une alli&eacute;e.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <span style="font-size: xx-large; color: #888888;"><strong>S</strong>p&eacute;c<strong>if</strong>i<strong>c</strong>it<strong>&eacute;s</strong><strong></strong></span></p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'endroit le plus atypique et le plus repr&eacute;sentatif de la ville est, sans h&eacute;siter, la rive de l'Onde. L&agrave; o&ugrave; l'eau se m&eacute;lange avec la ville, on trouve une effusion de couleurs, de march&eacute;s, de stands en vrac o&ugrave; l'on trouve de tout. La nuit c'est une zone &agrave; &eacute;viter, puisque c'est l&agrave; qu'installent leurs tentes tous ceux qui n'ont pas de logement. Il arrive parfois, suite &agrave; des conflits, que l'on retrouve plusieurs corps morts au matin.</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium; color: #254f21;"><strong><br/></strong></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: medium; color: #254f21;"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &raquo; Comment je m'imagine Forrho&eacute;</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://fc08.deviantart.net/fs70/f/2010/285/2/e/waterway_by_artbytheo-d30mqzd.jpg"><img src="http://fc08.deviantart.net/fs70/f/2010/285/2/e/waterway_by_artbytheo-d30mqzd.jpg" alt="Forrho&eacute;" width="254" height="254"/></a><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560973_2.jpg?7"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560973_3.jpg?8422" alt="Forrho&eacute;"/></a><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560973_2.jpg?7"></a><a href="http://fc08.deviantart.net/fs70/f/2010/285/2/e/waterway_by_artbytheo-d30mqzd.jpg">&nbsp; </a></p>
<p style="text-align: left;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; by <a href="http://artbytheo.deviantart.com/">artbytheo</a>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; by<a href="http://jenovah-art.deviantart.com/"> jenovah-art</a></p>
<p style="text-align: left;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560973_4.jpg?4480"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560973_5.jpg?2663" alt="Forrho&eacute;"/></a></p>
<p style="text-align: center;">by <a href="http://jouey-.deviantart.com/">jOuey</a></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong>N'h&eacute;sitez pas &agrave; soumettre vos propositions, dessins, </strong></span><br/><span style="font-size: medium;"><strong>id&eacute;es, repr&eacute;sentations personnelles.... Tout, quoi!</strong></span></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p><br /><br /><div class="article_sharebtns"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Fforrhoe-a5560973&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=65&amp;action=like&amp;font&amp;colorscheme=light&amp;height=21" scrolling="no" frameborder="0" style="border:none; overflow:hidden; width:65px; height:21px;" allowTransparency="true"><br /></iframe><iframe allowtransparency="true" frameborder="0" scrolling="no" src="http://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.html?url=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Fforrhoe-a5560973&amp;text=Forrho%C3%A9&amp;count=none" style="width: 55px; height: 20px;"></iframe><span><g:plusone size="medium" count="true" href="http://magneticstorm.eklablog.com/forrhoe-a5560973"></g:plusone></span></div><br /><hr />Article original rédigé par Callirhoé et publié sur <a href="http://magneticstorm.eklablog.com">Magnetic Storm</a> <br /> Reproduction interdite sans autorisation]]></content:encoded>
		<pubDate>Wed, 14 Sep 2011 19:27:14 +0200</pubDate>
		<guid isPermaLink="true">http://magneticstorm.eklablog.com/forrhoe-a5560973</guid>
		<dc:creator>Callirhoé</dc:creator>
		<dc:date>2011-09-14T19:27:14+02:00</dc:date>
	</item>
	<item>
		<title><![CDATA[Tsegaya]]></title>
		<link>http://magneticstorm.eklablog.com/tsegaya-a5560817</link>
		<description><![CDATA[&nbsp; T SE GAYA 
 dite la secr&egrave;te &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tsegaya est la ville la ville situ&eacute;e le plus au Sud de tout le continent. On raconte qu'il faut des d&eacute;cennies pour en percer les myst&egrave;res. En effet l'architecture de la ville a elle seule est une &eacute;nigme, et il r&egrave;gne dans les rues de...]]></description>
		<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><img src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560817_1.jpg?476" alt="Tsegaya"/></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: xx-large;"><span style="color: #adadae;"><strong>T</strong>SE<strong>GAYA</strong></span><br/><span style="font-size: large;">dite <em>la secr&egrave;te</em></span></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tsegaya est la ville la ville situ&eacute;e le plus au Sud de tout le continent. On raconte qu'il faut des d&eacute;cennies pour en percer les myst&egrave;res. En effet l'architecture de la ville a elle seule est une &eacute;nigme, et il r&egrave;gne dans les rues de Tsegaya une atmosph&egrave;re &eacute;trange que seuls les habitants ont appris &agrave; ignorer. On dit qu'il reste &agrave; Tsegaya de nombreux myst&egrave;res &agrave; percer.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <span style="font-size: xx-large; color: #888888;"><strong>E</strong>con<strong>o</strong>mi<strong>e</strong></span></p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tsegaya est une cit&eacute;-bulle tr&egrave;s ind&eacute;pendante compar&eacute;e aux autres. D'&eacute;normes cultures ont &eacute;t&eacute; am&eacute;nag&eacute;es tout autour de la ville, cultures qui sont exploit&eacute;es par les petites villes sous-jacentes qui bordent la ville principale, pour un prix ridicule. Si une extr&ecirc;me pauvret&eacute; r&egrave;gne dans sa p&eacute;riph&eacute;rie, Tsegaya reste haute et fi&egrave;re et s'en sort plut&ocirc;t bien. Elle produit la quasi totalit&eacute; des produits qu'elle consomme, et ne s'int&eacute;resse aucunement au commerce des autres cit&eacute;-bulles sauf s'il s'agit d'outils absolument n&eacute;cessaires et qu'elle ne peut pas fabriquer elle-m&ecirc;me. L'artisanat de Forrho&eacute;, par exemple, n'int&eacute;resse pas du tout les gens de Tsegaya.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'intense croissance &eacute;conomique de cette ville n'a pas manqu&eacute; de retenir l'attention des autres cit&eacute;-bulles derni&egrave;rement.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <span style="font-size: xx-large; color: #888888;"><strong>P</strong>ol<strong>iti</strong>qu<strong>e</strong><strong></strong></span></p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La ville de Tsegaya est celle qui cherche le moins le contact avec les autres cit&eacute;-bulles. Elle suit une politique d'expansion plus drastique encore que les autres, souhaite se rendre totalement ma&icirc;tresse d'elle-m&ecirc;me, c'est &agrave; dire arriver &agrave; l'autarcie. Tsegaya a la r&eacute;putation, aupr&egrave;s des autres villes, d'&ecirc;tre une "boudeuse" et l'on &eacute;vite g&eacute;n&eacute;ralement de traiter avec elle car des accords mal interpr&eacute;t&eacute;s ou mal pris en main peuvent tr&egrave;s vite aboutir &agrave; des tensions.</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le syst&egrave;me &agrave; Tsegaya est un peu diff&eacute;rent de celui des autres cit&eacute;-bulles. En effet, dans le syst&egrave;me classique, le pouvoir est aux mains du Minist&egrave;re qui r&eacute;partit les pouvoirs entre ses diff&eacute;rents membres et ne prend de d&eacute;cisions qu'&agrave; la suite d'en entente collective. A Tsegaya, le Minist&egrave;re est assez corrompu et depuis plusieurs ann&eacute;es c'est un leader charismatique qui se trouve au pouvoir, qui r&eacute;pond au nom de Endrike et c'est justement lui qui pousse Tsegaya en ce sens depuis qu'il a pris le pouvoir.</p>
<p>&nbsp; <span style="font-size: xx-large;">&nbsp;</span></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #888888;"><strong>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &raquo; Comment je m'imagine Tsegaya<br/></strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #888888;">&nbsp;</span></p>
<p><strong><br/></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560817_4.jpg?8736"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560817_5.jpg?320" alt="Tsegaya"/></a></strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>by <a href="http://hideyoshi.deviantart.com/">Hideyoshi</a><br/></strong></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #888888;"><strong><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560817_2.jpg?4993"><img style="display: block; margin-left: auto; margin-right: auto;" src="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560817_3.jpg?2050" alt="Tsegaya"/></a></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: small; color: #888888;"><strong>by <a href="http://targete.deviantart.com/">targete</a><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560817_2.jpg?4993">&nbsp; </a></strong></span></p>
<p><span style="font-size: medium; color: #888888;"><strong><a href="http://data0.eklablog.com/magneticstorm/mod_article5560817_2.jpg?4993"><br/></a></strong></span></p>
<p style="text-align: center;">&nbsp;</p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong><br/></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong><br/></strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong>N'h&eacute;sitez pas &agrave; soumettre vos propositions, dessins, </strong></span><br/><span style="font-size: medium;"><strong>id&eacute;es, repr&eacute;sentations personnelles.... Tout, quoi!</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span style="font-size: medium;"><strong><br/></strong></span></p><br /><br /><div class="article_sharebtns"><iframe src="http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Ftsegaya-a5560817&amp;layout=button_count&amp;show_faces=false&amp;width=65&amp;action=like&amp;font&amp;colorscheme=light&amp;height=21" scrolling="no" frameborder="0" style="border:none; overflow:hidden; width:65px; height:21px;" allowTransparency="true"><br /></iframe><iframe allowtransparency="true" frameborder="0" scrolling="no" src="http://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.html?url=http%3A%2F%2Fmagneticstorm.eklablog.com%2Ftsegaya-a5560817&amp;text=Tsegaya&amp;count=none" style="width: 55px; height: 20px;"></iframe><span><g:plusone size="medium" count="true" href="http://magneticstorm.eklablog.com/tsegaya-a5560817"></g:plusone></span></div><br /><hr />Article original rédigé par Callirhoé et publié sur <a href="http://magneticstorm.eklablog.com">Magnetic Storm</a> <br /> Reproduction interdite sans autorisation]]></content:encoded>
		<pubDate>Wed, 14 Sep 2011 19:21:00 +0200</pubDate>
		<guid isPermaLink="true">http://magneticstorm.eklablog.com/tsegaya-a5560817</guid>
		<dc:creator>Callirhoé</dc:creator>
		<dc:date>2011-09-14T19:21:00+02:00</dc:date>
	</item>
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